RETABLISSEMENT DU BAILLIAGE DE TROYES
des places était de 6 livres sur le théâtre, de 3 livres aux secondes et de 2 livres au parterre.
Un des gracieux effets du sacre, autant qu'une des conséquences de la restauration des parlements, fut le rétablissement du bailliage et siège présidial de Troyes. La mesure toutefois se fit attendre, car l'édit ne parut que le 19 septembre. L'opposition du parlement de Paris aux réformes de Turgot peut expliquer ce retard ; d^abord sourde et latente, elle finit par éclater, dès le commencement de 1776, à l'occasion desédits (9 février) qui abolissaient les maîtrises et les jurandes, et qui supprimaient la corvée, en la transformant en un impôt applicable aux propriétaires de biens-fonds ou de droits réels sujets aux vingtièmes. Le monarque eut raison des résistances de la cour, et dans un lit de justice, pour ne pas dire, comme Voltaire, de bienfaisance, qu'il tint, le 12 mars, à Versailles, il fit procéder d'autorité à l'enregistrement des édits ; mais le parlement ne s'en montra que plus acharné à entraver les innovations roturières du ministre ; il se déclara ouvertement le champion des droits féodaux, au risque de s'aliéner les sympathies populaires, et multiplia si bien les obstacles, que Louis XVI, découragé, finit par abandonner Turgot (12 mai 1770). La royauté semblait abdiquer son droit et sa volonté de faire la réforme pour laisser à la Révolution le soin d'accomplir son œuvre.
Voltaire, dont la philosophie railleuse avait préparé celle-ci, pouvait maintenant descendre dans la tombe (30 mai 1778), en se redisant avec orgueil :
J'ai plus fait dans mon temps que Luther et Calvin.
Le public réclamait pour le chef de l'école encyclopédiste les honneurs funèbres que le clergé était décidé à lui refuser. Inquiet, embarrassé, le gouvernement ne trouvait rien de mieux que d'imposer aux journaux le silence sur sa mémoire. L'abbé Mignot, neveu de Voltaire, vint couper court à la difficulté, en enlevant le corps de son oncle et en le faisant inhumer dans son abbaye de Scllières en Cluunpagne ' , avant que l'évèque diocésain eut le temps de s'y opposer. C'est là que, treize ans plus tard, la Constituante devait
' Au diocèse de Troyes.
502 LA mtoviNCH i)K (:iiampa(;m<:. 1777.
envoyer chercher les restes de Voltaire, pour les transférer solennellement en son Panthéon.
Dans l'intervalle de ces deux événements, le pouvoir, lonl en confirmant, dans l'intérêt des justiciables, un édit de novembre 1774, qui conférait aux présidiaux la faculté de connaître en dernier ressort jusqu'à la somme de 2,000 livres de principal, avait cru devoir restreindre l'exercice de la juridiction de ces tri!)unaux, en leur interdisant la connaissance d(» certaines causes, en même temps que, pour éviter des conflits, propres à altérer la subordination, il supprimait tout recours des présidiaux au grand conseil contre les arrêts contradictoires des parlements, « leurs supérieurs légitimes « et naturels », et que, pour simplifier l'action de la justice, il déclarait qu'en tout bailliage et sénéchaussée où il y a présidial, le bailliage ou sénéchaussée et le présidial ne formeraient désormais « qu'un seul et même siège» (12 août 1777)'. Ces dispositions nouvelles, en portant atteinte aux anciens droits des officiers de justice, provoquèrent de leur part de nombreuses réclamations. A Troyes, dans un long et curieux mémoire arrêté le 22 décembre, le corps entier de la magistrature soumet au garde des sceaux « ses « très humbles et très respectueuses représentations sur l'édit du « 12 août » ; à Sens, les officiers du bailliage prennent à cet effet un arrêté, que le parlement supprime (20 septembre)* ; à Châlons, c'est le conseil de ville qui, à l'instigation des officiers du présidial, et en considération de ce que l'édit est « destructif de la présidialité, « en réduisant à peu de chose près l'étendue de leur pouvoir », décide qu' « il sera adressé réclamation à Mgr le Garde des Sceaux « et aux autres ministres de S. M., pour obtenir à la juridiction « présidiale de la ville la jouissance de la plénitude des pouvoirs « qui lui ont été attribués par les édits de création^ . » Ce mouve-
< Jsamb., t. XXllI, p. 57, et tome XXV, p. 84 et sq. — On se rappelle que les présidiaux ne connaissaient auparavant que jusqu'à SJ50 livres ; mais « le changement des valeurs numéraires et l'augmentation du com- « merce » avaient insensiblement fait perdre à l'institution son utilité, et il était devenu nécessaire d' « augmenter les sommes dont les présidiaux « avaient droit de connaître » (p. 8G).
2 Ibid., t. XXV, p. 132.
3 Concl. du 10 décembre.