‹ Histoire générale de la Champagne et de la Brie depuis les temps les plus reculés jusqu'à la division de la province en départementsChapitre 154 sur 232 · RESTRICTIONS DE LA JURIDICTION DES PRÉSIDIAUX · texte numérisé non relu

RESTRICTIONS DE LA JURIDICTION DES PRÉSIDIAUX

ment d'opposition fut d'autant plus sensible au gouvernement que des officiers de justice n'avaient pas craint de publier leurs observations : le roi fit de nouveau connaître ses volontés par une déclaration d'août 1778, et le garde des sceaux, M. de Miromesnil, se chargea peu après (octobre) d'exprimer le mécontentement de Sa Majesté à Toccasion de la conduite desdits officiers.

Telle était la faiblesse du monarque, qu'après s'être avancé, sous l'inspiration d'un esprit droit et généreux, dans la voie du progrès, il reculait devant les premières résistances qu'il rencontrait, enhardissant de la sorte l'opposition des partis hostiles à toute réforme. Ainsi la retraite de Turgot, en mettant à néant les plans du ministre, consacra-t-elle les prétentions surannées des classes privilégiées, au risque de compromettre les heureux fruits de sa gestion financière. L'avènement de Clugny fut, en effet, signalé par la chute immédiate du crédit public, et le nouveau ministre tenta vainement d'y remédier en organisant la loterie royale de France (30 juin 1776). Contraint de céder à l'impopularité qui accueillit le rétablissement de la corvée (11 août) et des jurandes, il fut remplacé par Necker, dont l'expérience et l'habileté inspirèrent aux capitalistes assez do confiance pour lui permettre de soutenir par des ejuprufits les frais de la yticrre d'Amérique. Mais Necker avait de ses mérites une trop haute opinion pour ne pas éveiller la jalousie du vieux Maurepas, et le comyte-rendii de son administration, considéré d'ailleurs comme une dégradation de la royauté, relevait avec une trop superbe emphase les fautes d(^ ses prédécesseurs pour ne pas exciter les haines et les clameurs des courtisans. Mal soutenu par le roi, toujours trop docile aux bruits de la cabale qui l'entourait, il donna sa démission (ia mai 1781).

Cependant les questions intérieures, dont la guerre avait momentanément distrait les esprits, revenaient d'autant plus pressantes, que l'exemple de l'Amérique et le spectacle de sa démocratie leur avaient donné une valeur plus réelle, un intérêt plus saisissant. « Les opinions philosophiques, passées de l'état de combat à l'état « de triomphe, avaient perdu une partie de leur effervescence et « de leur caractère d'agression ; mais elles n'en étaient que plus « vulgaires. Elles inspiraient aussi bien la chaire évangélique que « les édits royaux ; on les retrouvait dans la bouche même des gens « qui les désapprouvaient ; nul n'eût osé secouer ce nouveau des-

504 LA l'UOVI.NCI': Di; (:il.\.MI'A(JM-:. 1776-1782.

« polismo sans être honni par la foule, sans «'•prouver même des « persécutions' . w Sous celle influence, les âmes semblaient devenir plus accessibles aux senliments charitables comme aux charmes de la nature : « les mots d'humanité, de bienfaisance et « surtout de sensibilité ('taient sur toutes les lèvres, assaisonnaient « tous les écrits, accompagnaient inévitablement tous les projets, « même du gouvernement, en même temps qw l'agricultur».' et les « cham[)s devenaient à la mode-. » C'était l'époque où ]\l. Handon de Pommery, receveur général des finances et garde des meubles de la couronne, acquérait (3 février 1770), au nom et comme fondé de procuration de très hantes, très puissantes, très exceWentes et très illustres princesses, MM'"«^ Marie-Adélaïde et Sophic-Philippine- Elisabeth de France, tantes du roi, le marquisat de Louvois, que, l'année suivante (juin). Sa Majesté érigeait pour elles en duché'. Les petites sœurs de charité, fondées par Louvois, ne furent pas les dernières à éprouver la libéralité des dames royales, heureuses d'assurer, avec leur subsistance, le soulagement des pauvres cl des malades '* . Aussi ces princesses ne venaient-elles point visiter leur terre sans y causer une émotion profondément sympathique et sans éveiller la muse des beaux esprits de la contrée, empressés de célébrer leurs vertus et leurs grâces. Elles y vinrent particulièrement en 1782, accompagnées de la reine, et les couplets éclos à cette occasion sont empreints d'une apparente bonhomie qui n'a d'égale que la franchise du langage ^ . Mais Paris ne ressemblait pas à

' Th. Lavallée, t. 111, p. 578.

2 là., ihid., p. 579.

3 Arch. départ, de la Marne. C 2507,^250.

* Don de 200 livres par an, le 24 octobre 1778 {Hist. de l'abbaye d'Avenay, par Louis Paris, t. Il, Appendice, p. 422 et sq.)

s Id., ibid., p. 424. La chanson, imprimée à Reims le 30 août 1782, a quatorze couplets ; en voici quatre :

Louvois, qu'on le traite bien !

Te v'ià lancé dans rgraud monde :

Est-il sort pareil au tien Dans toute la machine ronde?

N'y a point d'village, eu honneur, Qui possèd'ed pareil bonheur !

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