ASSEMBLEE DES NOTABLES
Louvois, et plus les mœurs devenaient démocratiques, plus la cour devenait odieuse avec sa frivolité et son luxe, plus la famille royale y était, dans d'indignes pamphlets, signalée au mépris.
Cette situation, jointe à l'état de plus en plus alarmant de la dette publique, indiquait assez à Galonné, que la faveur de la cour avait élevé, le 4 octobre 1783, à la direction des finances' , par quels moyens il pouvait en prévenir la ruine. Après trois années d'expédients, il dut déclarer au roi qu'il n'y avait de remède aux embarras du Trésor que dans l'abolition des privilèges financiers, et que le pouvoir devait saisir celle occasion de se rendre mailre de la révolution en frappant d'un coup tous les abus. C'était revenir aux plans de Turgot : mais le ministre se flattait d'éviter le sort de ce grand réformateur en faisant concourir les privilégiés eux-mêmes à la réforme, et il obtint de Louis (29 décembre 1786) la convocation d'une assemblée /le notables.
Cette assemblée, à laquelle le roi se proposait de « communiquer « ses vues pour le soulagement de ses peuples, l'ordre de ses c( finances et la réforme de plusieurs abus », s'ouvrit à Versailles le
0 vous, l'amour des Français, L'pu bian bijou d'ia couronne !
Voyez en nous d'bons sujets Qui font leur cour en personne, Et qui front toujours d'ieur mieux, Pour trouver grâce à vos yeux.
Mettez à profit le temps
Pendant ([u'vous êt'jeune et belle ;
Donnez-nous de biaux aiïants
Une ampe et bonn'kirielle :
J'en s'rons toujours ben contents,
N'y a jamais trop d'honnèt'gens.
Grande re'ne, c'est assez, N'prolongeons point not'bommage ; Quand j's'rons un peu moins pressez, J'vous f'rons ben meilleur ouvrage, Pu travaillé que s'I'ici, Mais jamais pu franc. Dieu merci !
* 11 succédait àd'Ormesson, qui avait reniplacé Joli de Fleury, successeur de Necker.
hm LA l'hOVl.N'CK l)l<: CIIAMI'AGMi 1787.
22 f(''vrior 1787. Ellr- était composée de 144 membres, d(''sif>:nés par le roi, et au nombre desquels la Champagne comptait Alexandre- Angélique de Talleyrand-Périgord, archevèque-duc de Reims, premier pair de P'rance ; César-(îuillauiiie de la Luzerne, évéque-duc de Langres, pair de France ; Claude Huez, maire de Troyes, et François-Joseph Souyn, maire de Reims, sous la dénomination de lieutenant des habitants et gouverneur paiticulier de la ville. Le maire de Châlons, M. de Parvillez, trésorier des finances, avait également été invité à se rendre à Versailles, mais il dut s'excuser sur son âge et ses infirmités, qui devaient bientôt le ravir à ses concitoyens, et si le conseil de ville sollicita un autre choix, celui-ci se fit en dehors des villes de la province * .
Comme il arrive d'ordinaire, le contrôleur général, en son exposé de la situation, ne manque pas de s'exalter aux dépens de ses prédécesseurs. « Lorsque le roi avait daigné lui confier l'administration <( de ses finances, elles étaient dans l'état le plus critique... ; le a déficit était de six cents millions, et il n'y avait ni argent ni « crédit....; toutes les caisses étaient vides, tous les effets publics « baissés, toute circulation interrompue; l'alarme était générale et « la confiance détruite... Maintenant l'argent était abondant, le c( crédit rétabli, les effets publics tous remontés ; leur négociation « était fort active, et sans le trouble causé par l'agiotage (fléau « éphémère que les mesures prises par Sa Majesté feraient bientôt « disparaître), elle ne laisserait rien à désirer - . »
A quoi pouvaient tendre dès lors les innovations proposées par Galonné : liberté du commerce des grains, établissement d'assemblées provinciales chargées, non du vote, mais de la répartition de l'impôt, suppression des corvées, impôt du timbre, subvention territoriale sans distinction de privilèges et remplacement des vingtièmes ? A quoi bon tant de remèdes, si la situation était florissante ? La défiance s'emparant des esprits, l'assemblée demande Vétat au vrai des finances ; elle veut connaître exactement les recettes et les dépenses, l'étendue et la nature du bénéfice. Vainement Galonné refuse toute communication, vainement le roi fait signifier aux bureaux qu'ils ont à délibérer, non sur le fond, mais sur la forme
1 Conclus, du 3 janvier 1787. L'invitation était du 30 décembre 1786. ^ Introduct. au Moniteur.