CONCLUSION
Nous croirions être incomplet, si, après avoir parcouru la série des événements qui intéressent la Champagne, nous ne tentions d'en fixer le caractère et de déterminer le rôle qu'a rempli cette province dans les évolutions sociales et politiques de la France.
Placée comme elle l'était à l'un des points les plus vulnérables du royaume, elle semblait être une sentinelle avancée chargée de veiller à son salut, une garde vigilante appelée aie protéger contre les entreprises de ses ennemis. Ses vastes plaines, coupées de rivières, en faisaient d'ailleurs un champ de bataille à souhait pour permettre à la valeur française de soutenir l'honneur de la nation, et ses cités offraient des remparts moins redoutables encore par leur assiette que par le patriotisme de leurs défenseurs. Après avoir été par les Rémois le plus solide appui de la fortune de César, qui devait conquérir la Gaule à la civilisation, elle avait vu successivement expirer dans ses champs une dernière protestation de la liberté gauloise contre la domination romaine (273), et s'abattre la fierté des hordes asiatiques qui menaçaient de relever la barbarie sur les ruines du monde chrétien (451). Plus tard tout le fracas de la puissance anglaise venait tomber sous les murs de Reims (1.359); les feux redoublés de la place de Mézières, défendue par Rayard, déterminaient à la retraite le duc de Nassau (1521), et Chàlons voyait avec orgueil défiler à distance respectueuse de ses remparts les impériaux de Charles-Quint (1544), déjà fatigués du siège de Saint-Dizier.
La Champagne n'avait pas seulement l'honneur périlleux de couvrir la France contre les entreprises de l'Allemagne ; elle avait encore l'avantage de posséder la ville du sacre : le fondateur de la monarchie s'était fait sacrer à Reims, et en lui donnant l'onction sainte, après l'avoir converti au catholicisme, saint Rémi avait à la fois contribué à ranger la Gaule entière sous la loi du Christ, comme