CONCLUSION. S
s'expliquer que par la perte d'un principe qui vivifiait autrefois la société et calmait les émotions du malheureux. Quand le peuple croyait à l'Evangile et à un Dieu rémunérateur, en même temps qu'il ne s'étonnait pas qu'il y eût toujours des pauvres, il supportait sa misère avec d'autant plus de résignation qu'il en attendait une glorieuse compensation par delà cette vallée de larmes. Mais depuis qu'avec la foi s'en sont allées ses espérances, il n'a plus vu qu'une iniquité révoltante dans l'inégalité des conditions, et au lieu de frères que la religion lui avait appris à aimer dans les riches, ou tout au moins à supporter, il n'a plus aperçu que des exploiteurs et des ennemis, contre lesquels il est toujours prêt à se lever.
C'est ce qu'avaient bien compris les conducteurs spirituels des peuples, quand, au milieu de la tourmente du protestantisme, le grand cardinal de Lorraine, après avoir pris une part active aux délibérations du Concile de Trente et favorisé l'admission en France des Jésuites, dont les méthodes d'enseignement devaient donner aux études un nouveau lustre, dota la Champagne d'une Université destinée» à la préserver des séductions de l'erreur ; quand, pour rapprocher par le lien de la charité des hommes trop longtemps étrangers les uns aux autres, saint Vincent de Paul institua la Congrégation des missions et l'association des Filles de la charité, après en avoir fait l'essai en Champagne ; quand, pour doter les déshérités de la fortune des bienfaits d'une instruction morale et religieuse, La Salle, à l'issue des guerres civiles, fonda un ordre religieux, qui devait se répandre par le monde entier, et contribuer à faire bénir sur les plages les plus lointaines, avec le nom du vrai Dieu, celui de la France.
Après avoir ainsi travaillé à réparer les maux de la patrie par la diffusion des lumières, il eût pu sembler étrange que la Champagne, déjà illustrée par tant de noms, n'eût pas sa part des gloires qui ont illuminé le xvii« siècle : celle qui lui appartient n'est assurément pas la moins brillante. Ainsi peut-elle être justement fière de compter parmi ses enfants Colbert, le fondateur de notre industrie et de notre commerce, de nos colonies et de notre marine, le créateur de l'Académie des Inscriptions, de celles des Sciences et des Beaux-Arts ; ïurenne, le plus grand homme de guerre peutêtre des temps modernes ; La Fontaine, si juslenienl nomme'
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rinimilablf ' ; Mabillou, le [)liis savaiil religieux rie son temps, le eiiti(jiie le [)liis IV-coiid el le [)liis solide, le ciw-uleiir (le la iJiploinali(jiie ; dans les ails, à la siiile de Jean (^uiisiii, (iirardon, Mignard, Nanlciiil, Uoiicliarduii.
Une province aussi française n'auia pas sans doute un de ces caiiU'ières trauelK's (jui distinguent la plu|)ail des autres, sans leui' assigner pour cela la inèini> action ni la même part dans les destinées d(^ la France : Champagne était synonyme de bravoure, do j)alriotisme, et c'était tout, comme c'était tout ce qui importait au r()le au(iiiel la province était destinée. D'ailleurs elle lut peut-être la seigneurie de la France proprement dite où la féodalité fut le plus tempérée, parce que la noblesse féodale y était plus rare et partant moins puissante.
La bourgeoisie y occupa de bonne heure une certaine place, et sut en justifier la possession par la sagesse de son esprit, son respect profond de l'autorité et son dévouement éclairé aux intérêts dont elle avait la garde. Les rois purent s'appuyer sur elle, et elle se montra jalouse de répondre à leur confiance.
Cette situation fut, pour la Champagne, la source d'importants privilèges et de précieuses libertés auxquels n'a rien de comparable la liberté fille de 89. Faut-il rappeler la défense des villes confiée à la vaillance de leurs habitants, les remparts élevés et armés à leurs frais, l'organisation et l'équipement des milices dus à leur seul patriotisme ; la médiocrité des impôts pendant des siècles entiers ; l'assiette et la perception de ces impôts par les populations elles-mêmes, qui n'accordaient pas toujours au souverain ce qu'il leur demandait ; la correspondance directe et immédiate entre celui-ci et les sujets depuis au moins Charles Y jusqu'à Louis XIII ; les traités passés entre le roi et les habitants ; ces derniers appelés à approuver, à sanctionner, pour ainsi dire, ceux que les souverains concluaient entre eux ?
' 11 est d'usage d'associer au nom de La Fontaine cehii de son ami Racine ; mais c'est une errcnr que rieu ne jusiilio, Racine étant né à la Ferté-Milon-en-Valois, et cette ville, qui appartenait à l'élection de Crespj-, n'aj-ant fait partie de ta Champagne que pendant une cinquan. faine d'années. (V. ci-dessus ce qui intéresse la création de la généralité de Soissons.)