‹ Histoire générale de la Champagne et de la Brie depuis les temps les plus reculés jusqu'à la division de la province en départementsChapitre 19 sur 232 · IL ARRIVE A PARIS. MESURES PRISES PAR MAZARLX · texte numérisé non relu

IL ARRIVE A PARIS. MESURES PRISES PAR MAZARLX

« comme au faubourg Saint-Eloy ; le meurtre en tous lieux, Saint- « Basle, Saint-Tbiorry, la maison du sieur de Ludes, les Maretz, « Bailleux, sans excepter aucune maison de gentilhomme \ »

(1 n'y avait alors à Reims ni troupes, ni vivres, ni munitions, et la milice, épuisée par ses derniers travaux, était incapable d'une longue défense. En cet état de choses les magistrats jugèrent prudent, pour écarter l'orage qui grondait à leurs portes, d'envoyer au duc une députation solennelle (18 mai), chargée de lui offrir, avec les compliments de la \'i\\q, « quatre pièces de très fin vin, dont « une estait en bouteilles y>. Le présent mit le duc en belle humeur, et quand les députés se plaignirent des désordres de ses cavaliers : « Que voulez -vous ? leur dit-il ; ils ont chacun un diable dans le « corps. Je leur en mets bien, quand je veux, deux, trois et quatre « selon l'exigence des rencontres ; mais tout cela ne tend qu'à « disposer le roi et son conseil à me rendre mon pays. Pour vous, « messieurs, j'entends vous traiter en amis -». Et le lendemain, 19 mai, jour de la Pentecôte, il décampait et allait loger à Jonchery, d'où il envoyait demander pour son armée du grain ou du pain, qui lui furent accordés pour de l'argent^. On se réjouissait déjà de son départ et l'on avait réduit les gardes, quand on apprend qu'il faisait faire quantité d'échelles. Il faudra redoubler de vigilance (28 mai) et multiplier les gardes : les ecclésiastiques n'en seront pas exempts. Pourtant les Lorrains ont poussé, le 29, jusqu'à Fismes et au Pontà-Ver, où ils « pillent, tuent et brûlent journellement châteaux et « villages* ». Les voilà sur la route de Soissons ; ils passent près de cette ville, et s'avancent par les plaines du Valois, où des ruines, des membres épars marquent leur passage. Arrivé à Dammartin ^,

' 0. Coq., p. 220 et 221.

2 Concl. du 18 mai. Récit des députés envoyés vers le duc de Lorraine. — 0. Coq., pp. 220, 221 et 222, note.

3 Reims avait déjà fourni, le 10 mai, 6,000 rations de pain pour l'avantgarde.

^ 0. Coq., p. 226.

^ Hist. de Château-Thierry, p. 57. — L'abbé Poquet, dans son histoire, dit ([ue « Tennemi s'empara de Château-ïliierry vers la mi-mai ». On a peine à s'expliquer ce fait, qui est en complète contradiction avec la direction suivie par l'armée lorraine, et l'époque où elle quitta les environs de Reims.

le duc se sépare de son armée, et, tandis que celle-ci traverse la Marne prés de Lagny (^ juin), « à dessein de fain; un pont de bateau « sur la Seine, et marche au secours d'Etampes », il se dirige avec peu de suite sur le Bourget, où Gaston, accompagné de Condé, vient le recevoir comme « le salut du parti », et l'amenant à Paris (2 juin), le loge en son palais '.

Cette entrée de Charles de Lorraine dans la capitale fut un coup de foudre pour le ministre. Dès le lendemain, 3, il expédie de toutes parts les ordres destinés à remédier au mal : à Desprez, « bailli et conseiller de Château-Thierry », celui de « rassembler « la noblesse des environs pour empêcher aux ennemis les passages « des rivières de Marne. Seine, Aisne, Yonne, et s'opposer à « toutes leurs entreprises... » ; à du Plessis-Praslin, celui de réunir aux environs de Montereau les seigneurs de ces quartiers, car « il « est temps de veiller pour n'être pas surpris. » A Fabert il remet la libre disposition des troupes de la Champagne, en lui ordonnant de pourvoir, d'accord avec les gouverneurs de la frontière, à la sûreté des places de la Meuse ^ Le 4, il s'adresse aux villes les plus importantes de la Champagne pour les prémunir contre les mauvais desseins que le duc pourrait méditer : le gouvernement a foi du reste dans la fidélité et le zèle de ses bonnes villes, qui doivent être prêtes à obéir aux ordres des maréchaux de L'Hospital ou de la Ferté. « On fait venir, ajoute-t-il, ce dernier de Lorraine avec ses c( forces pour les opposer aux troupes de Charles, s'il changeait sa « première résolution de nous suivre, dont il nous a tant donné « d'assurances^».

Mais déjà Turenne, au bruit de l'arrivée du duc, avait levé le siège d'Etampes pour ne point se trouver engagé entre deux armées et avait marché droit à la Seine, qu'il passa sur le pont de Corbeil, pour attaquer, avant l'arrivée des princes, les Lorrains campés à Villeneuve-Saint-Georges. Il les surprit si bien par sa diligence, que, se voyant contraint d'accepter un combat inégal ou les propositions d'accommodement que lui apportait le roi d'Angleterre,

1 Mémoires de Montglat, 18^ campagne, 1652, p. i269 de l'édit. Michaiid et Poujoulat, t. XXIX.

2 Le maréchal de Fabert, t. I, p. 406.

3 Arch. nation., KK. 1072, ap. Feillet, p. 3o3 et 3S6.

1652. TUREiNNE FORCE LE DUC A LA RETRAITE. 49

Charles se décida à conclure (6 juin) avec le roi un traité par lequel il s'obligeait, le siège d"Etampes levé, à sortir du royaume pour se retirer vers le Luxembourg, sans faire acte d'hostilités, « à condi- « tion qu'on lui ferait fournir les étapes jusque sur la frontière ». Le traité signé, et après échange d'otages ', il partit le 17 juin pour sortir de France, sans rien mander à son beau-frère 2. Celui-ci, en apprenant cette nouvelle, en fut d'autant plus consterné qu'il se voyait en pire état qu'auparavant ; car, en même temps que, sur l'ordre de la cour, La Ferté amenait de Lorraine un corps de 3,000 hommes à travers la Champagne et la Brie, Turenne se dirigeait de Villeneuve-Saint-Georges (19 juin) sur Lagny, où ce renfort devait parvenir le 27, et allait se loger à Dammartin, pour empêcher la jonction de Condé avec les troupes espagnoles que ce prince attendait de Flandre ^.

Tandis que l'armée royale, ainsi renforcée, allait tourner celle des rebelles et leur livrer à la porte de Paris une formidable bataille dont le canon seul de la Bastille devait lui ravir le gain, en favorisant l'entrée de Condé dans la capitale (2 juillet), Charles de Lorraine s'acheminait vers la frontière de France, logeant aux lieux déterminés par le roi, et dont un mémoire avait été remis au sieur de Bezançon ainsi qu'au maréchal de Turenne. Sur le premier bruit de sa marche, Reims avait pris l'alarme, croyant « qu'il retournait a sur les pas qu'il avait passés », et « tout le pays de Fisme et Fère-

^ Les otages fournis en garantie de la bonne foi réciproque des partis furent, du côté du roi, le sieur de Bezançon ; du côté du duc, le baron de Ligneville.

■^ C'est à ce départ, aussi bien qu'aux indignes pilleries commises aux environs de Paris par l'armée Lorraine, que fait allusion 1' « Elégie de la « France aux frondeurs », par le sieur Montlleury, comédien ordinaire du roi, 1052, 4 pages :

« Les Lorrains, enrichis de mes champs désolés, Revendent dans leur camp les biens qu'ils m'ont volés ; Et leur perfide prince, où votre espoir se fonde. Qui se trompe lui-même, en trompant tout le monde, Ce Juif errant, que Dieu ne peut voir sans courroux, S'en rêva sans combattre, et se moque de vous ». 3 Mém. de Turenne, col. Mich. et Pouj., t. XXVIl, p. 14â et 443 : Lettre du roi à M. le maréchal, « du 21 juin lGo2, à Melun ».

« en-Tardenois s'était sauvé à la ville » ; mais bientôt on sut qu'il avait « pris sa route vers la Brie », et l'on se rassura, si l'on ne s'en réjouit point, a Que pouvait-il attendre de la Champagne du (( nord tant de fois dévastée et naguère encore si cruellement man- « gée par ses troupes? La Brie lui offrait au contraire une petite « province riche et conservée ; jugez » quelle bonne aubaine pour des « soldais gloutons et gourmands, qui ne marchent » et ne travaillent que « pour leur ventre ^ ». Aussi bien, en dépit des dispositions prises par le gouvernement, ne se firent-ils faute de piller les contrées qu'ils traversaient ; mais la noblesse de Brie ne le cédait en rien à la vaillante noblesse de Champagne ; elle prit la « réso- « lution de s'assembler avec les armes pour se défendre contre ces « voleurs, et des communes de Colomiers, de la Ferté-Gaucher, de « la Ferté-sous-Jouarre, de Chasteau-Thierry, de Fismes, d'Ouchyc( le-Château et de plus de cent bourgs que villages », s'élancèrent sur les flancs de l'armée lorraine d'ardents cavaliers, qui, secondés par les paysans, « tous portant arquebuses, fuzils, pistolets, faulx « ou fléaux », ne faisaient aucun quartier aux partis isolés. S'il faut en croire un document contemporain ^, cette armée aurait ainsi perdu « plus de douze cents cavaliers et piétons ». Arrivé près de Sermaize ^, le duc envoya sommer le gouverneur de Bar de lui en ouvrir les portes, et sur le refus qu'il essuya il se mit à battre les

* Déjà un bourgeois de Paris, Dubuisson-Aubenoy, écriv^ait dans un journal rédigé en 1652 : « Son armée est de 5 à 6,000 soldats et de 30 à 40,000 bouches. Il y a 15 à 20,000 vaches et moutons, et grand nombre de chariots de blé et de vin. Les soldats donnent pour des bottes, baudriers, habits, chapeaux et autres choses que les gens de Paris leur portent, des vaches à très vils prix en payement ». (Copie du manuscrit brûlé en 1871. Bibî. Maz., n° 2786, t. VI, f° 149.)

* La défaite des trouppes du duc de Lorraine par la noblesse et les communes de Brie et de Champagne.^ oh il est demeuré douze cents /lommes. Brochure petit in-4° de quatre feuillets. Si l'on peut accuser d'exagération les termes de cette annonce, parce qu'il n'y a pas eu proprement défaite, aucun engagement général n'ayant eu lieu, il y aurait assurément quelque témérité à faire entendre que les faits relatés sont mensongers (Digot, Hist. de Lorraine, t. V, p. 333).

3 II était à Vertus le 22 juin.

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