‹ Histoire générale de la Champagne et de la Brie depuis les temps les plus reculés jusqu'à la division de la province en départementsChapitre 22 sur 232 · FÉVRIER 1653 — 9 MARS · texte numérisé non relu

FÉVRIER 1653 — 9 MARS

Excursions des garnisons Condéiennes sur le territoire des villes voisines. — Montai à Sainte-Menehould se rend particulièrement redoutable. — L'armée royale se remet en campagne pour arrêter le fléau. — Le roi arrive à Châlons. — Investissement de Sainte-Menehould. — Montai, vivement pressé, se décide ci rendre la place, — Louis XIV revient à Paris," où il récompense Turenne de ses services. — Le Parlement, de son côté, condamne à mort Condé et ses partisans. — Conli avait fait sa paix avec la cour et recouvré son gouvernement de Champagne. — La reine se décide à faire couronner son fils. — La ville, profitant du séjour du roi, sollicite de S. M. la révocation des lettres de Rothelin ; elle l'obtiendra l'année suivante. — Au sortir de Reims, le roi vient visiter l'armée de Fabert qui assiégeait Stenay. — Cette ville ne tarde pas à capituler, et La Ferté à s'emparer de Clerniont. Mais la charge des garnisons et des impôts s'accroît. — Soulèvement que ceux-ci provoquent à Châlons ; émigration qui en est la conséquence. — Cependant les incursions de la garnison de Rethel avaient pris fin à la suite d'une victoire remportée sur Montai par Grandpré, et, s'il faut encore payer une contribution à Condé, celle-ci cessera avec la soumission du prince. — Misère et charité. — Vitalité des populations. — Difûcultés à Reims entre le chapitre et le corps de ville. — Les compagnies d'arquebusiers reprennent leurs concours de tir. —Joie que cause la paix des Pyrénées. — Mazarin n'y survit pas longtemps. — Il léguait au roi Colbert ; à la Meilleraie, époux de sa nièce Hortense Mancini, sa fortune et son nom.

Les derniers succès de l'armée royale étaient bien propres à ranimer dans les populations de la Champagne septentrionale l'espoir d'une prochaine délivrance. Mais il ne les avait pas mises à l'abri des entreprises audacieuses des officiers à qui Condé avait confié le gouvernement de ses places champenoises. L'un d'eux, du Buisson, qui avait commencé d'étendre jusqu'aux portes de Reims ses « contributions », venait, à la vérité, de disparaître en remettant à Turenne Château-Porcien ; mais le marquis de Persan, qui commandait à Rethel, y exerçait une despotique autorité, en même temps qu'il faisait chaque jour battre la campagne et rançonner tous les villages, quand ils n'étaient point livrés au pillage, à l'in-

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cendic. Ce seigneur normand était d'ailleurs bon prince : il consentait volontiers à garantir la sécurité des particuliers en leur donnant des passeports pour la somme de 13 livres. Ces passeports n'étaient valables que pour un mois, et ne dispensaient pas de payer pour la maison de campagne une sauvegarde, dont le prix variait selon que la maison était « bonne et bien fournie' » ; mais du moins ils étaient elTicaces, et « il faut dire, à l'honneur de nos pirates de « gouverneurs, qu'ils n'ont point, après les paroles données, violé « leur foi - ».

Quoi qu'il en soit, si la situation était dure pour Rethel, elle avait cela de particulier à Sainte-Menehould, qu'elle n'était pas moins intolérable à la garnison qu'aux habitants : car, tandis que ceux-ci cherchaient par tous les moyens à s'enfuir, se déguisant, les uns en religieux, d'autres en paysans, quelques-uns aimant mieux, au risque de la vie, se précipiter du haut des murailles que de vivre plus longtemps sous la tyrannie de Montai, la garnison, réduite par la désertion ou les maladies, et contrainte de demeurer, dans la crainte que les habitants ne profitassent de son absence pour la laisser dehors, souffrait mille privations '■'. Elle sortit cependant assez pour faire beaucoup de mal ; car, dès le 25 décembre 1652, le roi, informé que les troupes de Condé avaient brûlé plusieurs villages des environs de Sainte-Menehould, faisait menacer le prince, si elles continuaient à faire ainsi la guerre, d' « user des mesmes « voyes contre ses biens et ceux de son parti ^ ». « Les laboureurs « des environs de Sainte-Menehould, Châlons, Vitry et Saintce Dizier », disent de leur côté les relations des prêtres de la Mission à la date du 3 janvier 1653, « sont dans la dernière misère et incom- « modité, ne jouissant pas de leurs biens. M. de Montai leur a ence voyé dire de venir déclarer ce qu'ils peuvent avoir de grains... et « de l'amener, faute de quoi lisseront pillés et brûlés ; ils sont dans

' 0. Coq., p. 253.

3 S'il fallait en croire une correspondance de la Gazette, Sainie-MenenouUl se serait trouvée réduite un instant à 53 habitants. Ce chiffre n'est guère compatible avec les craintes de la garnison.

* Mém. de Turenne, p. 430, note 1. Lettre du roi à Messieurs les maréchaux de Turenne et La Ferté-Senneterre.

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