EXCURSIONS DES GARNISONS DE RETHEL ET S'^-MENEHOULD
« le désespoir et disent qu'il faudra prendre un parti, si on ne leur « donne un prompt secours, en reprenant Sainte-Menehould ' ».
Le secours vint, mais non sans s'être fait attendre. La France était affaiblie par cinq années de guerre civile, et ne commençant qu'à prendre haleine, elle avait senti le besoin de laisser « rafraîchir « ses troupes fatiguées, pour demeurer sur la défensive et empê- « cher les Espagnols de rien entreprendre '-». On ne se remit donc en campagne qu'assez avant dans le mois de juin, et tout d'abord on prit le parti d'aller assiéger Rethel, d'où Condé entretenait par La Gapelle des communications faciles avec les Pays-Bas, comme il en avait par Stenay et Mouzon avec le Luxembourg : si l'on parvenait à rompre ces communications, on couvrait les pays qu'elles menaçaient, « comme Verdun, Saint-Dizier et Vitri, d'un côté ; de (( l'autre, Guise, Laon et Soissons, et en tête, Reims et Ghàlons^ ». L'armée de Turenne ne comptait que 302 compagnies d'infanterie et 260 de cavalerie, mais elle pouvait être, en cas de besoin, renforcée de celle de La Ferté-Senneterre, qui était composée de 372 drapeaux et de 256 cornettes ^, et toutes ces troupes, rompues à la fatigue, habituées à la victoire, avaient dans leur chef une confiance absolue.
Elles remontent la Marne, et, le 18 juin, M. de Turenne est à Château-Thierry. Avis est donné à Epernay qu'il sera le lendemain dans cette ville ; le 19 même, le conseil de la ville de Reims décidait qu'il y enverrait saluer le maréchal. Le 28, celui-ci quitte Epernay et Bisseuil pour aller prendre son poste à Pont-Givard, d'où il se dirige sur Ghâteau-Porcien. Là il franchit l'Aisne et va camper au nord de Rethel, tandis que La Ferté et Grandpré s'établissent au sud. 11 y a dans ce moment du côté de Reims un grand mouvement de troupes, mais tout se passe « au meilleur ordre qui « se puisse voir » : on sent qu'une main puissante préside à l'organisation des marches et à la discipline de l'armée. Aussi arrêtc-t-on à Reims des officiers pour vol de chevaux, et décide-t-on que M. de
1 Arch. nat. KK 1072, Relations, etc., ap. Feillet, p. 46o.
2 Mém. de Montglat, p. 290.
3 Mém. lie Turenne, p. 453 et 4-f)4.
* Journal inédit et anonyme, cité par M. Cliôruel dans son lùstoire de ['administration monarchique en France, t. 11, p. 51.
Turenne en sera informé * . La ville a pris d'ailleurs pour sa sûreté toutes les dispositions que requérait la prudence. 11 y a eu, « au « jour Sainl-Jcan-Haptiste )î, revue générale des jeunes gens en état de porter les armes, et bénédiction solennelle de leursdrapeaux. On fait conduire à Melun, sous bonne escorte, les prisonniers de guerre qui encombraient les séminaires, la maison des Chartreux, etc., en même temps qu'on envoie au camp de Rethel les pièces d'artillerie restées dans la ville, et qu'on s'engage à fournir pour le siège 200 poinçons de vin et SOO septiers d'avoine -. Mais déjà la ville, cernée le 5 juillet et vigoureusement attaquée, a ouvert (8 juillet) ses portes à Turenne, qui ne la quitte qu'après l'avoir bien approvisionnée et pourvue d'une bonne garnison. C'était pour Condé et les armées espagnoles un grand échec. La chute de Bordeaux en devait être un plus sensible encore (30 juillet); car, en mettant fin à la Fronde, elle permettait au roi de porter sur la frontière du nord toutes ses forces et tous ses efforts. Aussi la Champagne accueillit-elle avec bonheur la nouvelle de la réduction de Bordeaux : on tira le canon à Chàlons, à l'issue de la procession du 15 août ^ ; il y eut feu de joie à Reims, le 21 août ''.
Déconcertés par la rapidité de l'attaque de Turenne, Condé et Fuensaldagne se décidèrent à tourner vers la Picardie et pénétrèrent entre la Somme et l'Oise ; mais Turenne, en se portant sur leurs flancs avec sa petite armée, paralysa leurs mouvements et les obligea de rétrograder. Ils vinrent alors assiéger Rocroy (5 sept.), tandis que Turenne investissait Mouzon (10 septembre). Cette dernière place était « fortifiée d'une bonne muraille ancienne flanquée « de tours rondes, et avait une garnison d'environ loOO hommes « d'infanterie et de deux ou trois cents chevaux commandés par un
■1 25 juin (0. Coq., p. 262). Le roi avait rendu, le 28 avril, une ordonnance sur la police des gens de guerre, et l'Hospital en avait sans doute donné récemment avis au conseil de ville, comme il fit à Châlons. (Concl. du 13 mai 1653. )
Md., ibid.,25 juin, 2 juillet.
3 Conclus, du 12 août.
-* 0. Coq., p. 264. Il ne restait plus, pour achever la pacification du midi, qu'à soumettre Périgueux. Une insurrection de la bourgeoisie livra cette ville à l'armée royale, le 16 septembre.