‹ Histoire générale de la Champagne et de la Brie depuis les temps les plus reculés jusqu'à la division de la province en départementsChapitre 24 sur 232 · PRISE DE RETHEL ET DE MOUZON PAR TURENNE · texte numérisé non relu

PRISE DE RETHEL ET DE MOUZON PAR TURENNE

(( vieux colonel allemand ' ». On les avait tirés « des meilleurs ré- « giments de l'armée », et ils le montrèrent bien par leur courageuse défense ; mais ils durent céder à l'habile direction des travaux, comme à l'impétuosité des attaques, et se rendre, après dix-sept jours de siège (27 septembre).

Ce jour-là même, l'armée s'avança dans la direction de Rocroy, pour tenter d'en faire lever le siège ; mais, arrivé à Varnicourt, on apprit que la ville s'était rendue le 30 septembre. Montaigu, qui la défendait, « était un homme de cœur et d'intelligence, et fort « expérimenté dans le métier », outre que « les grandes pluies « qu'il fit durant ce siège incommodèrent fort les assiégeants, « parce que c'est un terrain fort fangeux, et qu'ils étaient « dans Teau jusqu'à mi-jambe dans les tranchées ». Mais les effets désastreux de la famine obligèrent le gouverneur de traiter et de se retirer.

Condé, à qui la place devait être remise, ne l'avait convoitée que pour y trouver une compensation à la perte de Rethel. Cette compensation ne lui manqua pas, grâce à l'odieux brigandage qu'il y organisa. « On conçoit à peu près, dit très justement M. Feillef-, (( que la guerre nourrisse la guerre ; on excuse la maraude du trou- « picr affamé ; mais un prince du sang qui envoie aux villes un « ordre imprimé de contribuer de leur argent pour soutenir sa a révolte contre son pays ; qui date cet écrit de Rocroy, le premier « théâtre de sa gloire, témoin maintenant de son opprobre, en « osant faire précéder cette sommation de tous ses titres et dignités, « qui l'obligent à la défense et non à la ruine de son pays, commet « à nos yeux autant de chefs de condamnations que le génie du « grand capitaine ne peut faire oublier, et dont toute l'éloquence « d'un Rossuet ne saurait jamais l'absoudre ». On vit en effet « le « prince de Coudé », s'intitulant « premier prince du sang, prête micr pair et grand maître de France, duc d'Anguien, Chàteauroux, « Montmorency, Albert et Fronsac, gouverneur et lieutenant géné- « rai pour le roi en ses provinces de Guyenne et Rerry, généralis- « simc des armées de Sa Majesté », ordonner, par exemple, « aux ( habitants de Pargmj de députer quelqu'un d'entre eux qui le

' yiém. du duc d'Yorc/i, p. oG8.

2 Paiços 4(51 et 4G2.

fiG LA PROVINCE OK CHAMPAGM- . 1C53.

« vienne trouver, inconliiient le pr(^'senl ordre reccu, avec pouvoir u de traiter pour leur communauté à peine d'être courus' ». Et la menace n'était pas vaine ; aussi Fabert, dans une lettre du 9 novembre 1053, nous apprend-il que le prince avait déjà exigé contribution de 100 villages dépendant de Charleville et de Mézières, et de 60 du côté de Sedan et Mouzon, et cela en « un mois et quelques « jours- ». Condé, comme on le voit, ne perdait pas son temps et s'entendait à battre monnaie. Les villes qui ne voulaient pas contribuer étaient frappées d'une sorte d'interdit : nul ne pouvait communiquer avec elles sans s'exposer aux peines les plus graves. C'est ce qu'éprouvèrent lescensicrs du sieur de Germinon qui étaient au village de Pargny. Comme ils amenaient du blé à Chàlons, qui s'était jusque-là, malgré les invitations réitérées de Montai, refusé à contribuer, ils furent, « quoique composés », pris avec leurs chevaux, harnais et grains, et conduits à Sainte-Menehould. De mars à septembre, la garnison de cette place « alla piller Verzy, Ycrzenay, « Cumières, Poix, Ambonnay, et faire des courses jusques aux « portes deChâlons, Vitry, Troyes et Paris^ ». C'est pourquoi « les « habitants de Chàlons, se voyant chaque jours ainsi courus,... et (( que tous les villages d'où ils tiraient leur nécessaire étaient « réduits en contribution, sous la condition de ne mener à « Chàlons ni grains, ni vins, ni bois, ni autres denrées, . . . après « conseil tenu, se décidèrent à composer moyennant 10,000 livres c( par an^ ».

Heureusement pour la ville, le roi, qui s'était avancé de Soissons

1 La circulaire ajoute : « Fait à Rocroy, le 14® jour de novembre rail six cent cinquante ». Les mots de Pargny sont écrits à la main dans le ])illet original. Celui-ci s'adressait sans doute aux habitants de Pargny-sur-Saulx .

2 « Montfancon, Gandres, Challerange, Autry, Sogny, Hans, Cernay et « presque tous les villages de laA'allée de Bourcj^, furent contraints même « avec canon de recevoir garnison du prince. Ville-sur-Tourbe échut à de « Taisy, qui devint colonel dans l'armée de M . le prince, sans argent et « sans honneur, se qualifiant baron de Ville-sur-Tourbe. » {Annales de Sainte-Menehould, p. 33.)

^ Ann. de Sainte-Menehould, p. 33.

* Arch. nat., i° 518, KK 1072, ap. Feillet, p. 463. — Annales de la ville de Sainte-Menehould, p. 33.

Page 1