‹ Histoire générale de la Champagne et de la Brie depuis les temps les plus reculés jusqu'à la division de la province en départementsChapitre 25 sur 232 · LE ROI VIENT ASSIEGER SAINTE-MENEHOULD · texte numérisé non relu

LE ROI VIENT ASSIEGER SAINTE-MENEHOULD

jusqu'à Laon, y avait tenu un conseil, où l'on avait résolu que Turenne s'opposerait aux Espagnols, tandis que le roi, avec les troupes qui revenaient de Guyenne, assiégerait Sainte-Menehould, et que le maréchal de La Ferté se tiendrait prêt à porter secours à celui qui en aurait besoin '. En conséquence, le roi était retourné à Soissons, d'où il partit le 18 octobre, accompagné de la reine mère et de Mazarin, pour venir coucher à la Fère-en-Tardenois. Le lendemain, 19, il se rendit à Epernay en passant par Binson, où l'attendait une députation de vingt principaux habitants de la ville, et par Damery, où elle lui avait envoyé trois capitaines des quartiers avec leurs compagnies. Reçu par le corps de ville, comme de coutume, au bruit des canons et coulevrines des remparts, il alla loger à la maison abbatiale, décorée pour la circonstance de festons, de trophées, d'inscriptions et de vers à sa louange-. Le 20, Louis XIV arriva à Ghâlons, par la porte Marne, où il fut complimenté par le lieutenant de ville, M. Horguelin. Comme ce magistrat lui présentait les clefs de la cité : « Gardez-les, lui dit le jeune roi, « elles sont entre bonnes mains ». Après avoir entendu un Te Deum à la cathédrale, il se rendit au palais épiscopal, préparé pour sa demeure. La ville était pleine de soldats ; personne n'avait été dispensé d'en loger, et l'intendant avait même commandé qu'on en mit chez les veuves et les filles ; mais l'évêque s'opposa à l'exécution de cet ordre 3.

Deux jours après (22 octobre), Sainte-Menehould était investie par les marquis d'Huzelles, de Gastelneau et de Navailles, lieute-

1 Mèm. de Montglat p. 292. Par suite de cette disposition, La Ferté dut se porter vers la Meuse daJis le Clermontois pour s'opposer à M. de Lorraine, dont on taisait craindre une diversion en faveur de la garnison do Sainte Menclioiild [Mèm. de Turenne, \\. 457.) — FjC 17 octobre, il quittait les environs de Saint-Thierry pour « tirer à Saint-Souplet », non sans avoir laissé ses gens bien battre les environs de Reims. En moins de I.*) jours eux et les coureurs de Saintc-Meneliould avaient pris :{00 chevaux. La Ferlé lui-même avait dans ses écuries de Nancy « (ÎO chevaux « des plus beaux », i)lus <[ue n'en avait le roi, et qui étaient pour lui tout aussi « aisés à nourrir » qu'ils Tavaienl été à acheter ; car « tout cela se « l'ait du pillage ». (0. Coq., p. 269, 270 et 271.)

2 Conclusions du 17 octobre IGolL

3 Vie de Mgr Vialart, ^. S'a.

08 LA PHOVLXCIi: DE CHAMPAGNE. mz.

liants g(''ii('raux, « losqucls, ayant srpan' leurs quartiers, se prépaa rèrcnt ù l'ouverture de la tranchée ' ». Le roi ne tarda pas à visiter le camp on compagnie du cardinal (26), et demeura là deux jours, après quoi il revint à Chàlons auprès de la reine. La ville lui avait donné, le 2(5 octobre, dix mille livres, pour subvenir aux dépenses du siège, ce dont il la remercia par lettre du 8 novembre -. Cependant il y avait dix jours que la tranchée avait été poussée jusqu'à l'Aisne^, sans que le siège avançât. Comme les « lieutenants géné- « raux jetaient la faute de ce retardement les uns sur les autres », Mazarin « envoya pour les mettre d'accord le maréchal du Plessis», chargé du commandement supérieur de l'armée. Dirigés surtout d'après les indications de Vauban, qui servait cette lois dans l'armée royale sous les ordres de l'habile ingénieur de Clerville *, les travaux du siège marchèrent dès lors rapidement ; déjà la brèche était ouverte, et dans la nuit du 23 au 24 novembre, on avait miné le bastion de la porte Florion. En cette extrémité, Montai, dont toutes les sorties avaient été repoussées avec de grandes pertes, crut pouvoir sans déshonneur capituler, et envoya au maréchal ses conditions. Comme elles étaient celles d'un guerrier trop fier pour sa situation, Praslin les rejeta et proposa les siennes ; mais comme celles-ci furent jugées trop humiliantes pour la garnison. Montai y répondit en déclarant qu'il aimait mieux mourir sur la brèche que de les accepter.

Informé de ce qui se passait, le roi, qui était au château de Hans avec le duc d'Yorck^, part pour Sain te-Menehould et vient au quartier général. Là, considérant la rigueur de la saison et les souffrances du soldat, qui était presque nu, la possibilité pour Montai d'être secouru, et le danger qu'il y avait à réduire au désespoir une

» Mèm. de Montgîat, p. 292.

2 Arcli. (le la ville .

2 Elle fut ouverte dans la nuit du 30 octobre au 1'^'' novembre et poussée dès le lendemain jusqu'à la rivière.

■* Vauban, tombé tpieique temps auparavant dans un parti de j'armée royale, ne s'était rendu qu'avec tous les honneurs de la guerre. Conduit devant Mazarin, il fut, comme il le dit lui-même, « dûment confessé et « converti. »

s Le duc, après avoir pris congé de Turenne, pensait suivre les opérations du siège ; mais, à son passage à Châlons, la cour l'avait retenu.

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