SOUMISSION DE SAL\TE-MENEHOULD
garnison déterminée à se défendre jusqu'à la mort, il incline à des conditions moins dures et consent à accorder aux assiégés les honneurs de la guerre qu'on leur avait d'abord refusés. La place se rend alors le 2u novembre, pour être remise au roi le 26, et le lendemain 27, sur les dix heures du matin, les troupes de Montai défilaient tambour battant et enseignes déployées, devant le roi escorté du duc d'Yorck, du cardinal, des quatre généraux de l'armée et d'une cour assez nombreuse. Chaque officier saluait de sa pique le roi, qui rendait le salut. Mais lorsque s'avança Montai à la tête de son état-major, alors que toute la cour fixait ses regards sur cet homme qui venait de défendre la place avec tant de constance et de courage. Sa Majesté détourna la tète et ne le regarda point. Le défilé terminé, Louis XIV s'avança vers la ville et, ayant mis pied à terre, il y entra par la brèche en s'appuyant sur un échalas '. Après avoir entendu un Te Deum dans l'église paroissiale, que le canon avait fort éprouvée, et avoir fait le tour de la place, il vint à l'hôtel de ville, où, à la prière de l'un des échevins, il accorda gracieusement aux habitants, en récompense de leur belle conduite pendant la durée du siège, la faveur de porter sa livrée. Il devait y ajouter, par arrêt du 20 mai 1656, celle d'être exemptés de toutes tailles, quartiers d'hiver et autres impositions quelconques, dont Sainte-Menehould jouit pendant assez longtemps ^.
Le roi alla coucher à Hans, et le lendemain, 28, il retourna à Chàlons, où il demeura jusqu'au 4 décembre. Ce jour- là, il « fut « coucher à Vertus, le 5 àMontmirel, le 6 à la Ferté-sous-Jouarre, « le 7 à Meaux, où il séjourna le 8 ; et le 9 il arriva à Paris, où, pour « récompense des services du maréchal de ïurenne, il lui donna « le gouvernement du Limousin ^ » .
Bientôt (28 mars 1654) le parlement instruisait le procès de
^ Celfc circonstance est de tradition locale. A l'échalas Buirctte substitue un bâton de saule : il n'importe.
^ V. sur ton) ce siège Y Histoire de Sainte-Menehoidd,(}ie'è\\\ve\\o^^di^es 310 à 332, eWc?. Annales de la ville de Sainte-Menehould, p. 33 et 36. Tant qu'avait duré l'occupation de la ville par les Cond»;cns, les officiers du bailliage avaient rendu la justice à Ghâlons; la ville reprise, ils y reprirent l'exorcicc do leurs fondions. Annales, p. 3o.
^ Mém. de Montcjlat, p. '293.
70 LA PROVlNCIi; DK CHAMPAGNIil. i6V,.
Condé, qui s'était retiré à Bruxelles, condamnait ce prince à la peine de mort comme criminel de Irse-majesté, le déclarant déchu de toutes charges, dignités et honneurs, et ordonnant que ses biens seraient confisqués et réunis à la couronne. Pareil ariét fut donné contre tous ceux de son parti ^ Conti, frère de Condé, n'avait pas attendu ce moment pour entrer en accommodement avec la cour, et sachant que « le cardinal Mazarin y était le maître », il lui avait fait proposer d'épouser mademoiselle Martinozzi, sa nièce. Le cardinal, flatté de l'offre, s'était empressé de l'accueillir, et dès le 22 février les fiançailles avaient été célébrées en présence de Leurs Majestés *. De ce jour-là Conti était rentré dans la possession de son gouvernement de Champagne ^.
« La Reine, voyant la France pacifiée, et le Roi, son fils, maître « absolu de son royaume, jugea dès lors qu'il était à propos, pour ce confirmer les peuples dans le respect qu'ils lui devaient, de le « faire sacrer et couronner à Reims, selon l'ancienne coutume des « rois de France ». Annoncée d'abord pour le 24 mai 1654, jour de la Pentecôte, puis remise au 31, jour de la Trinité, la cérémonie fut enfin fixée au 7 juin, qui était le dimanche dans l'octave du Saint-Sacrement. Le siège archiépiscopal de Reims étant vacant*, la reine « fit avertir l'évêque de Soissons de se tenir prêt, comme « premier suffragant de Reims auquel appartenait l'honneur de « sacrer nos rois au défaut de l'archevêque s. Elle fit aussi porter à « Reims les ornements royaux et la couronne de Charlemagne,
* Mém. de Montglat, p. 296.
2 Dans ce même temps, 25 février, les Espagnols, pour se mettre on garde contre les armées du duc de Lorraine, le faisaient arrêter et transférer dans la citadelle d'Anvers, d'où, quatre mois après, on le conduisit à Tolède. Fabert tenta vainement, sur les ordres du roi, de gagner à la France les troupes de Charles.
3 Mémoires de Montglat, p. 297. — Concl. du conseil de ville de Reims, du 23 février. — 6 mars. Le conseil députe vers le prince de Conti. (0. Coq., p. 27o, note 1.)
* V. plus haut, p. 34. — Marlot, t. IV, p. 600. — 0. Coquault, p. 280.
s 11 arriva à Reims dès le 29 mai pour concerter avec le chapitre ce qu'il aurait à faire. \\ se nommait Simon le Gras, et était lits d'un bourgeois de Troyes. (0. Coq., p. 280.)