LA RELNE SE DÉCIDE A FAIRE SACRER LE ROL
« gardée à Saint-Denis pour ce sujet ' », sans oublier les tapisseries du sacre, qui, apportées, le 20 mai, avec la vaisselle du roi, devaient être ramenées à Paris sous l'escorte de douze fusiliers '.
La ville, de son côté, bien qu'il lui eût été défendu de faire aucune dépense, trouvant cet ordre trop rigoureux, ne put s'empêcher de témoigner son attachement au jeune monarque, en le recevant aussi magnifiquement que le permettait le respect dû aux volontés de sa mère^.
Quand tout fut prêt, le roi quitta Paris le 30 mai et alla coucher à Meaux ; le l^"" juin, il vint à la Ferté-Milon ; le 2, à Fismes, alors qu'arrivait à Reims « le premier seigneur de marque, qui fut mon- « sieur le maréchal de l'Hospital, lieutenant général au gouverne- « ment de Champagne * »; le 3, il fit son entrée à Reims en carrosse et sans plus de pompe ^qu'il l'avait voulu ^, au milieu d'une haie de « deux mille hommes d'élite, toute jeunesse bien faite, bien habillée, « bien armée tous de mousquets et de mesches, point de fuzil avec « ordre exprès », et rangée « soubs la conduite des capitaines du « jardin de l'arquebuze avec le roi du jardin *• ».
Le lendemain 4, jour de la Fête-Dieu, il y eut procession solennelle à laquelle Louis assista. Le 5 et le 6, il se prépara par divers
1 Métri. de Montglat, p. 297.
2 Conclus, du 2o juin.
3 Anquetil, Hist. de Reims, t. III, p. 311. — Dès la fin de mars on écrivait aux députes qui étaient à Paris de ramener un artiste capable pour faire les préparatifs du sacre. Conclus, du 23. — Les 9, 13, 17 avril, on s'occupe des dessins et poésies. — On achète 40 pièces de vin pour le diner. — On fait raccommoder les ponts et pavés, renouveler à la moderne les vaisselles d'étain, e(c. (0. Coq., p. 27G et sq. et note.)
^ Le maréchal était chargé de suppléer Conti en ses absences, ainsi qu'on le voit dans l'acte royal du 12 juillet 1655 [Arch. de Reiiiis, l. IJ des Statuts, p. 464).
^ Ainsi point de rues tendues de tapisseries, comme au sacre de Louis XIII ; point de pucelle sortant de l'onde pour offrir au roi les clefs de la ville, comme à ceux de Henri III et de Charles IX .
'î La reine descendit chez Jean Maillefer, marchand bourgeois, don! M. Jadarl a pidjlié les Mémoires en 1889. Sa maison, qui était la plus belle de Reiius, était située au n" 40 de la rue de l'Univcrsilé. (V. lesdits Mémoires, p. 56 et sq.)
actes de dévotion à la cérémonie du sacre. Enfin, le 7, s'accomplit celle-ci, de quatre heures du matin àmidi, non sans émouvoir grandement le roi ; car, alors qu'il était « dépouillé, tête nue, restant « avec son jupon de satin rouge lendu aux endroits où devaient « se faire les onctions », on le vit « pleurer par trois ou quatre « fois », pénétré sans doute de la « grandeur du sacrement » qu'il recevait, et de « ce que; le roi des rois, qui est le seigneur des « armées faisait pour lui en l'élevant par dessus tant de milliers « d'hommes pour leur donner la loi ». L'émotion gagna le peuple, quand, après le baiser de paix donné à l'oint royal par l'évèque officiant et les ducs et pairs \ les portes de l'église furent ouvertes et les largesses d'or et d'argent faites au bruit de l'artillerie, des tambours et des trompettes, tandis que les voix harmonieuses de la musique du roi chantaient le Te Deum en actions de grâces, et que des prisons où ils étaient retenus s'échappaient des centaines d'oiseaux heureux de recouvrer la liberté et portant jusques aux nues leurs chants de reconnaissance et d'allégresse -.
Le roi continuant de séjourner à Reims après son saere, on ne manqua pas de lui soumettre l'affaire du gouvernement de la ville, dont le marquis de Rolhelin avait reçu les provisions. Le conseil s'était alors opposé à l'enregistrement de cet acte et s'y opposait encore, en se fondant sur les lettres patentes qu'il avait obtenues de Louis XIII. Mais la contestation ne devait prendre fin qu'en 1655, où Louis XIV, par acte du 12 juillet, révoqua les lettres du marquis et ratifia celles de Louis XIII en faveur du lieutenant et du conseil de ville, « désirant, dit-il, faire ressentir à nos chers et bien amez
1 0. Coq., p. 27o à 291, et Appendice XVII, p. 613.
- Il ne se trouvait à la place qui leur avait été assignée du côté de l'Epitre, que trois pairs ecclésiastiques eu personne : c'étaient les évêques de Beauvais, de Châlons et de Noyon ; les archevêques de Rouen et de Bourges servaient en la place des évêques de Langres et de Laon, comme l'évèque de Soissons officiait pour l'archevêque de Reims. — Quant aux pairs laïques, placés du côté de l'Evangile, tous étaient figurés et représentés : le duc de Boiu'gogne par Monsieur, frère du roi : celui de Normandie par le duc de Vendôme ; celui de Guyenne par le duc d'Elbeuf ; le comte de Flandre par le duc de Caudale : le comte de Champagne par le duc de Roannès, et celui de Toulouse par le duc de Bournonville.
1634. AFFAIIiE DU GOUVERNEMENT DE REIMS SOUMISE AU ROI. 73
« les habitants do notrodite ville de Reims la bonne volonté que c( nous avons toujours eue pour eux, à cause de leur ancienne affec- « tion et fidélité au bien de notre service, dont ils nous ont rendu « des preuves signalées en ces derniers temps par la résistance « qu'ils ont faite à plusieurs armées ennemies et par autres actions « dont il nous reste toutes sortes de satisfactions. [Reconnoissons « d'ailleurs que] notre dite ville ne peut être en plus grande seureté « qu'en leurs mains, attendu leurs bonne union et correspondance, « l'ordre qu'ils observent pour le fait de la guerre, garde et conser- « vation d'icelle, dont nous avons été informé pendant le séjour que « nous y avons fait lors de notre sacre ^ ».
Le roi quitta Reims le jeudi 18 juin vers les neuf heures du matin, après avoir entendu la messe à Notre-Dame. Au sortir de l'église, il monta à cheval, en recommandant au peuple de prier Dieu pour le roi, et partit pour Rethel, oîi il arrivait le même jour. La ville était réduite au cinquième de sa population ; elle était pauvre, désolée, endettée de plus de 300,000 livres, et n'avait « pour « toute parade à sa porte que les armes du roy - » ; mais elle parut oublier ses maux en voyant le jeune monarque, et fit éclater sa joie sur son passage : ce fut pour Louis et toute la cour un sujet de grande compassion.
De Rethel, le roi se rendit à Sedan, oîi il fut accueilli par des salves d'artillerie et les acclamations enthousiastes des habitants. 11 laissa la reine en cette ville et alla coucher, le 27, à Mouzon. De
^ Arch. de la ville de Reims, Statuts, t. II, p. 463 et 464.
2 Si lelle élait alors la siluation de Rethel, que devait donc être celle du reste de l'élection ? Entre 1600 et J6l!2, la populalion du pays, qui était à la première date de 18,998 feux avait diminué d'un tiers. Elle était, en 1636, ainsi que l'établit nn relevé publié par M. Jadart [Statistique de l'élection de Rethel, Reims 1884), do 12,341 ménages pleins et de 3,331 demi-ménages. On comptai! alors 2,026 laboureurs, 7,101 bêtes do trait tant chevaux (jue bœufs, et la taille atteignait la somme de 33,20o livres. Ce fut bien pis vingt ans plus tard, (piand les désastres de la Fronde eurent accablé et pres([ue anéanti les villages d'entre Aisne et Meuse. Ibid., p. 5. — Voyez sur ce sujet les notices de Terruel publiées soit dans les Travamr dr rAmdéiiiie de Reims, \. LXXII et t. I.XXiV, 1882-83, soit dans rouviitgedn connnandanl J. Bourelly : Le marérlinl Abraham de Fahert, 1599-1()62, p. 142 à 15o, et l'Appendice, p. 3(î:> à 379.
là il vint visiter son camp devant Stenay. Cette ville, « le donjon « de la rébcUion condcienne, et dont la citadelle était une des plus « belles qu'il y eût en France », aprrs avoir rté, depuis six mois, bloquée parFabert, était, depuis le 19 juin, investie par un corps d'armée d'environ 4,700 hommes, dont le brave général avait, le lo, reçu le commandement supérieur. Fabert, que secondait le comte de Grandpré, ne s'était point attardé à l'aire commencer la ligne de circonvallation, et, dès le 20 juin, s'armant le premier d'un pic, il avait donné l'exemple aux travailleurs. Satisfait des dispositions prises, Louis retourna à Sedan, d'où il devait revenir « fort souvent « avec Mazarin » encourager par sa présence les assiégeants. 11 importait de pousser vigoureusement l'attaque et d'occuper promptement la place ; car, impuissant à la secourir, Condé, pour en réparer la perte probable, avait décidé le prince Léopold à venir, dès le 3 juillet, avec 30,000 Espagnols et Lorrains, investir la ville d'Arras. C'était dans la nuit même du 3 au 4 juillet qu'avait lieu devant Stenay l'ouverture de la tranchée. Le chevalier de Cherville, qui dirigeait les travaux d'attaque, avait amené avec lui de Sainte- Menchould le jeune Yauban, dont il estimait particulièrement le caractère et les services.
C'est, « en vérité », écrivait-il le 27 juin à Mazarin, « un fort brave « garçon, dont Votre Eminence pourra se servir quand et où bon « lui semblera. Je ne lui ai donné que peu d'argent, pour s'accom- « moder de quelques habits ; mais comme il lui manque encore « beaucoup de choses, je supplie Votre Eminence de lui faire « donner les 200 livres qu'Elle m'a ordonné de lui promettre^ ». Grâce au zèle de ces ingénieurs et à la haute intelligence de Fabert, qui présidait à toutes les opérations, tout alla si bien que Stenay dut enfin capituler le 5 août.
Tranquille de ce côté, mais « impatient de voir ce qui se pourrait « faire pour sauver Arras, dont la conservation lui était si pré- « cieuse », le roi partit, le 7, pour Rethel, où une députation de la ville de Reims vint le complimenter, et de là, le 8, pour Sissonne. Le 9, qui était un dimanche, il faisait à Liesse ses dévotions, et allait coucher à la Fère : le 12, il était à llam, et le 13 il arrivait à Péronne, où il donnait à d'Hocquincourt le commandement des
' Le maréchal Fabert, par Bourelly, t. Il, p. 41 et sq.