PRISE DE STENAY. — DÉLIVRANCE D'ARRAS
troupes qui avaient pris Stenay. Douze jours après, attaqués, dès 2 heures du matin, par les maréchaux d'Hocquincourt, de Turenne et de La Ferté, les assiégeants étaient forcés dans leurs lignes et obligés de battre en retraite (8 h, du matin), laissant au pouvoir de l'armée royale presque toute leur infanterie, leur canon, leurs bagages et jusqu'à la vaisselle d'argent du duc Léopold et de presque tous ses généraux.
C'était le 25, « le jour même de saint Louis, roi de France, patron « et aïeul de Sa Majesté », qu'une si éclatante victoire avait été remportée ^ Le roi en rendit au Ciel de grandes actions de grâces, et, rentré à Paris le 4 septembre, invita ses bonnes villes à l'en remercier avec lui. Sa lettre étant arrivée à Reims le 7, dès le 8, jour de Notre-Dame, un Te Deuni fut chanté à l'issue des vêpres, et le soir, devant l'hôtel de ville, un feu de joie fut allumé au son des trompettes et au bruit des boîtes tirées sur les remparts. Le lendemain, 9, des feux particuliers illuminaient « plus de six vingt « places par la ville », et aux cris de T7ve le Roy, la plupart des habitants, « hommes et femmes, soupèrent ensemble de voisinage « en voisinage ». Ce même jour avaient lieu à Langres les mêmes actions de grâces et les mêmes réjouissances 2.
La Ferté devait, trois mois plus tard, clore la campagne par un nouveau succès, que les habitants de Sainte-Menehould appelaient de tous leurs vœux : Clermont, qui faisait partie, comme Stenay, du domaine de Condé, fut occupé, le 24 novembre, après un assez long siège ^, dont Yauban conduisit les opérations avec d'autant plus de sûreté que Condé lui avait remis, en 1652, le soin de fortifier la place. La démolition du château, rasé par corvée de tous les paysans des environs, garantit à toute cette partie de la frontière champenoise la sécurité et les fruits de la paix *.
1 Mém. de Montglat, p. 2!)'J-:{()1 . 0. Coq., p. 292 à 302.
2 Cl. Macheret, t. Jl, p. 209.
3 Investie le 2o octobre, la place ne capiltila ([n'après s'être assurée qu'elle ne pouvait échapper aux effets désastreux de lamineet d'un assaut. (Montglat, p. 302.)
* Vingt-cinq ans plus tard, par loltros i)atentes du mois de janvier 1(577, le roi supprima les trois Ijailliages de Clermont, Sicnay et Jamofz. ci pour tout le Clermoutois eu établit un seul à Varenue, lequel était régi
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Mais, si la province voyait se rétrécir le champ des incursions ennemies, et s'affaiblir, sinon s'évanouir complrlement, la crainte qu'elles devaient lui inspirer, elle n'était pas à l'abii du fardeau des quartiers d'hiver et de l'insolence des garnisons. On ne devait au soldat, il est vrai, « que le pot et l'oscuelle, place au feu et à la « chandelle ' » ; mais ses exigences allaient bif-n au-delà, et si l'habitant ne se mettait lui-même en frais, « pour s'cxempicr do ne « l'avoir toujours au coin du feu », où il s'(Mitcndai! mfrveilleu.sfv ment à ècumer la marmite de son hôle sans trop de bruit, c'était la ville qui intervenait pour assurer par ses largesses la tranquillité du bourgeois. Ainsi voyons-nous Epernay, peu content d'accorder 600 livres aux gens de guerre logés dans ses murs, donner encore aux officiers 400 livres «pour contenir lesdites troupes- ». «L'argent « de leur dépense et pain de munition » était cependant en général « distribué par les commissaires du Roi ». Aussi les villes étaientelles toutes endettées. Qu'on en juge par ce que dit le chroniqueur rémois de la situation financière de Reims : « La fin du règne de c( Louis XIII nous a obérés de plus de 400,000 livres, qui courent ce intérest, et le commencement du règne de Louis XIY nous a fait « payer plus de 500,000 livres jusques en 1649 », sans compter cent mille livres d'arrérages « que les créanciers ont bien voulu « joindre au fond ». Ajoutez à cela les pertes que nous avons faites et que vingt millions ne répareraient pas, en sorte que « le tout « excède la valeur de tout le bien du pays ^ ».
Au demeurant le peuple des villes qui ne cesse de travailler « gagne sa vie » ; on prétend même qu'il « s'engraisse » : les toiles, les serges et étamines de Reims et de Chàlons, les futaines de Troyes ^, paraissent du moins continuer à alimenter son activité et à soutenir son existence. Mais « les bourgeois et les ecclésiastiques (f vivantz de leur rente se morfondent tous les jours », parce que la terre est désolée et manque de bras pour la cultivera Aussi
par la coutume de Clermorit, rédigée en lo72, et ressort issait au Parlement de Paris.
1 0. Coq., p. 310, 311 el3î(3.
2 Conclusion du 13 décembre 16o;ï.
'■^ 0 Coq., p. 330.
* Rechcrclies sur les finances, par Forl)i)nnais, année 1654. S 0. Coq., p. 314 et 31o.