‹ Histoire générale de la Champagne et de la Brie depuis les temps les plus reculés jusqu'à la division de la province en départementsChapitre 29 sur 232 · TROUBLES CAUSES PAR LES IMPOTS · texte numérisé non relu

TROUBLES CAUSES PAR LES IMPOTS

l'assemblée générale du clergé de France décide-t-elle, en 1656, que les diocèses des ironlières de Picardie et de Champagne ne seront tenus, jusqu'à ordre contraire, qu'à prouver par informations, trois mois avant la tenue des prochaines sessions de l'assemblée, leur ruine et leurs spoliations. De là la grande enquête de 1656, qui constata toute l'étendue et la gravité du mal'.

Mais si le clergé trouvait un appui dans ces assemblées, il n'était point de protection pour le bourgeois contre les impôts dont le chargeait le gouvernement, et, « pour achever son estât », voilà qu'à la fin d'août 1655, « le droit de Maubouge », ainsi appelé, dit-on, du nom de son auteur, était venu frapper les vins-. Les maltôtiers envoyés à Reims, une première fois, après la vendange, furent « harcelés par quelque poignée de gens de la lie du peuple » . ils en prirent l'épouvante et s'en retournèrent à Paris. Mais bientôt ils reviennent avec de nouveaux arrêts, précédés d'un maitre des requêtes et de quelques huissiers du grand prévôt, qui les publient « eux-mêmes par les carrefours à la grande confusion du peuple ». Il faut se soumettre, « pas un sol de grâce ^ ».

Il n'en devait pas aller ainsi, l'année suivante, à Ghâlons, où le peuple était profondément mécontent de l'augmentation croissante

' Mayuard, Hist. de saint Vincent de Paul, t. IV, p. 188.

2 Suivant Roquefort, ce droit existait à Paris dès loOO ; on l'appelait encore subvention. Etendu par Louis XllI, en novembre 1633, à toutes les denrées et marcliandises, d'où vint qu'on l'appelait la subvention générale, il fut de nouveau, par la déclaration du 19 décembre 1643, restreint aux vins : il se percevait à l'entrée dans les villes du royaume, et selon le témoignage d'Oudart Coquault, il n'était d'abord à Reims que de 13 sols 4 deniers par queue, puis insensiblement, «par ruse de partisans », il était monté à 18 sols (p. 415).

•* O. Coq., p. 319, 3-M). Enhardis sans doute par le succès, les mallôliers vou(h'ont, cin({ ans plus tard (octobre 1600), imposer à l'entrée du vin « 40 « sols par queue oultre les 8 sols qui y sont déjà imposés » : mais, après avoir obtenu que l'augmentation fût acquittée par les faverniers sur le vin vendu en délail, ce ([u'un appela le droit de ISarclet, la ville se décidera à Irailcr ^9 décembre 1(560) avec le fermier général des aides « touchant le « (Iroil de subvention ou manliouge », cl à payer pour ce droit un abonnem<'nl de 6,500 livres, qui sera augmenlé de 2,500 par arrêt du 15 mars 16ti9. {Arch. léijisL, Statuts, t. 1, p. 490 et 494.)

78 liA PMOVlNCh: l)K CHAMPAGNE. 1667.

des impôts. Déjà, on 1(130, quand Louis Xdl lit taxer les cuirs, les poissons, etc., les corporations des arts et métiers sNHaient émues, et il avait l'allu l'aire appel à la milice pour faire rentrer celle des bouchers dans le devoir. Mais, quand, en 1057, Mazarin exigea que la ville payât 48,000 livres, au lieu de 30,000, pour les octrois, et que, pour lui donner satisfaction, l'assemblée générale du conseil et des habitants eut décidé, entre autres nouveaux droits, que chaque pièce de serge sortant de Châlons serait taxée de dix sols (septembre), les drapiers et les sergiers exaspérés résolurent de suspendre tout travail, et entraînèrent les fileurs, cardeurs et peigneurs dans leur révolte, avec le dessein avoué de piller la ville. Le jeudi, 13 septembre au matin, après avoir été chez M. de Glozier, l'un des échevins, qu'ils contraignirent de leur acheter une grande quantité de pièces de serge, sous prétexte qu'ils ne pouvaient trouver à les vendre et qu'ils avaient besoin d'argent, ils se rendirent devant l'hôtel de ville, où ils maltraitèrent le lieutenant Aubertin et le gouverneur Lorrain, qui s'efforçaient de les calmer. Puis, s'armant de bâtons et de haches, ils allèrent piller de fond en comble les maisons de M. Lorrain, du receveur Caillet, qu'ils blessèrent grièvement, de M. de Glozier, qu'ils tuèrent dans sa cour, et celles de plusieurs autres conseillers ; ils menaçaient déjà de mettre le feu à la ville. Mais M. de Vaubécourt avait, sur ces entrefaites, réuni quelques bourgeois et les archers de la prévôté ; à leur tête il chargea les insurgés, en saisit quelques-uns et dispersa les autres.

L'affaire fut immédiatement évoquée par le présidial, et un arrêt du conseil privé du 21 septembre nomma M. l'intendant Voisin juge en dernier ressort en cas de contestation. Tous les drapiers et sergers, fileurs, peigneurs, cardeurs et manouvriers furent désarmés ; ceux qui n'étaient pas originaires de Châlons durent quitter la ville dans les vingt-quatre heures. Les privilèges de la corporation furent considérablement réduits et la nomination des maîtres donnée au Conseil. Douze cents familles, dit-on, suivies d'un grand nombre d'ouvriers, émigrèrent à la suite de ces mesures. L'année suivante (7 septembre 1658), une conclusion décidait qu'à l'avenir on célébrerait, le 13 septembre, une messe du Saint-Esprit pour remercier Dieu d'avoir préservé la ville K

1 Tous ces détails sont empruntés à l'nrrêt du conseil privé, transcrit

1G57-1658. CONSÉQUEiNCES DE CES TROUBLES A CHALONS. 79

Los troubles qui l'avaifiit ensanglantée étaient d'autant plus insensés que, depuis dix jours, la Champagne n'avait plus rien à redouter des incursions de la garnison espagnole de Rocroy. Tant qu'il n'avait rencontré aucun obstacle sérieux, l'ancien gouverneur de Sainte-Menehould, à qui Condé avait remis le commandement de Rocroy, semblait avoir pris à cœur de justifier la confiance de son maître en sa vigueur et sa rapacité. Car il ne se passait, pour ainsi dire, pas de jour, ou plutôt de nuit, que ses coureurs, franchissant l'Aisne, ne fissent une pointe à travers le pays, et fondant sur un village souvent très éloigné, ne le missent au pillage et ne le livrassent aux flammes. Le coup fait, le butin empaqueté et jeté en croupe, ces soldats, qui de loin ressemblaient à des Arabes écumant le désert, fuyaient au galop de leurs durs chevaux ardennais. ils étaient déjà rentrés dans leurs repaires que, à quelques lieues du village pillé, on ne savait pas encore qu'ils fussent venus '.

Ils traitaient ainsi tout ce qui ne voulait pas leur payer contribution, et ils faisaient « contribuer jusques à Fisme et jusques à c( Chàlons, et même tous les villages de Champagne jusques aux « particuliers, des laboureurs et routiers des faubourgs, pour avoir « liberté et mesme éviter l'incendie-». Châlons, dès le mois dé janvier 1653, alors que Montai était gouverneur de Sainte-Menehould, avait été invité à s'abonner, et le conseil n'avait rien épargné pour échapper à cette onéreuse humiliation. Il avait besoin, répond-il d'abord, de consulter les habitants (30 janvier) ; puis : il convient de communiquer à M. de Vaubécourt, gouverneur de la ville, les conditions imposées (31 janvier) ; puis : M. de Vaubécourt

dans le registre des conclusions de ville (septembre 1057). — Cf. Y Histoire de Châlons par Barl)a(, p. 37-i.

' M. E. t^lcury : Le Diocèse de Laon pendant la Fronde. — Ainsi outils surpris, la nuit, et traité « ce pauvre peuple d'Escry (Asfeld, dans les Ardennes), pour ne s'être voulu rabonner à eux » (0. Coq., p. 3-M, tin d'août 16jo). — Quckpiefois ce sont soldats au service du roi qui se comportent do la sorte, témoins ces espèces de routiers qui, envoyés de Retiicl en Catalogne, se présentent, le soir (octobre iGoo), à Trois-Puits, en forcent l'entrée et font main basse sur les pauvres habitants, dont ils boivent le vin. (Id., p. 322.)

'^ 0. Coq., p. 333.

80 LA PROVINCR DE CHAMPAGNK. 1650-1668.

est d'avis qu'on les transmette à la cour (6 février)'. Bref, l'affaire avait ('[(', si bien conduite (iiie, s'il y eut coniposition faite, Montai dut abandonner au roi Sainle-iMenehould avant d'avoir rien touché. Mais, en passant à Rocroy, il n'avait pas entendu lâcher sa proie, et comme on faisait à Châlons la sourde oreille, il n'épargnait rien pour rappeler la ville à ses engagemenls, si bien que celle-ci finit par négocier. C'était le 15 septembre 1656 : Montai était pressant, voulant réponse pour le 20, et « l'un des habitants envoyés à Rocroy « avait rapporté que, moyennant la somme de trois cents jiistolcs en « espèces et les frais, et un quartier de la composition faite avec « le sieur Montai^ lorsqu'il était encore à Sainte-Menehould, il y « aurait moyen de mettre en assurance les personnes et les biens « des habitants de la ville et faubourgs », Considérant les pertes que Châlons avait déjà faites et celles dont elle était menacée, puisque les vendanges s'ouvraient la semaine suivante ; obligé de renoncer aux « secours que l'on attendait de la cour », et appuyé sur l'avis de M. de Yaubécourt, « baillé par sa lettre du huit des « présents mois et an », qu' « il vaut mieux se rédimer du feu et « des ruines par argent que d'encourir le dommage fait à Verzy et « à Yerzcnay [lesquels avaient été brûlés]'^, et que l'on ne peut être « blasmé, dans la prétention des maux, d'en choisir les moindres « pour en quitter des plus grands », le Conseil résolut d'envoyer à Rocroy pour « offrir de fournir lesdites 300 pistoles », et tâcher d'obtenir de Montai, en échange du quartier réclamé, « la meilleure « composition » possible, « pourvu qu'elle n'excède 1250 livres^ ». A ces conditions, il reçut « pour la ville de Chaalons, les faubourgs « et dépendances », une sauvegarde du prince de Gondé, qui fut renouvelée d'année en année jusqu'en 1058 K

' Coiicl. du conseil de ville.

2 Ainsi que Chigny. Ce fut le fait de 300 cavaliers, qui, dans la nuit du dimanche 3 septembre au lundi, s'étant fait passage à Septsaulx, firent, le 4, coniribner toute la Montagne Jusqu'à Vi!lc-Dcmanche, et vinrent « faire la bravade jusqu'à la première maison de Sainl-Esloy ». (0. Coq.

3 Concl. du 13 septembre 1656. — Arch. de la ville : lettre autographe de Yaubécourt, de Paris, 8 septembre, ap. E. de Barthélémy, Hist. de Châlons, page 237 .

* La dernière est de Bruxelles, le 1'^'' mars 1658, pour conqjter à date

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