‹ Histoire générale de la Champagne et de la Brie depuis les temps les plus reculés jusqu'à la division de la province en départementsChapitre 3 sur 232 · LA FRONTIÈRE CHAMPENOISE ET LES COURSES · texte numérisé non relu

LA FRONTIÈRE CHAMPENOISE ET LES COURSES

régler le montant des contributions à lever en pays ennemi ; et de même qu'en France les intendants des places frontières fixaient les taxes suivant l'importance des localités étrangères auxquelles elles s'appliquaient, et délivraient, après payement et en guise de reçus, des sauvegardes portant exemption des courses des troupes du roi et liberté de commerce dans les seuls lieux contribuables ', ainsi la Champagne était-elle assujettie à la nécessité de payer des contributions au Luxembourg et au Hainaut. Ces contributions ne s'élevaient pas, en 1644, à moins de cent mille écus par an.

Mazarin, à cette même époque, avait songé à garantir la province des incursions ennemies en fermant les passages guéables de la Meuse, et il avait à cet effet approuvé, le 12 février, un projet de construction détours avec toits en mâchicoulis et fossés palissades le long de cette rivière. Châtillon, ingénieur ordinaire du roi, avait dressé les plans et devis des travaux à exécuter, et ceux-ci, commencés en août 1G46, se poursuivaient sous la direction de l'intendant Dosny, avec le concours des populations riveraines. Dosny devait d'ailleurs (1647) « imposer Verdun et le pays verdunois de la « somme de 20,000 livres, pour payer les frais de levée de trois « compagnies de cavalerie légère destinées à couvrir la frontière « et les passages de la Meuse contre les courses de l'ennemi, et à a faciliter les moyens d'étendre les contributions le plus loin pos- « siblc ^ ». Mais la Fronde, en déchaînant bientôt sur la Champagne ses fureurs, paralysa ces mesures ^.

Pour le moment, depuis 1641 que la Petite Paix a remis le duc de Lorraine en possession de la Mothe, le gouverneur de la place, Cliquot, ne cesse d'inquiéter le Bassigny. Vainement du Hallier avait-il fait bloquer la place le 25 juillet 1642 ; la négligence de son lieutenant avait entraîné la levée du blocus le 10 juillet 1643, et la

^ Arch. du dépôt de In Guerre, t. Clli, ap. Le maréchal de Fabcrl, t. 1", p. 353, 356.

2 Id., ibid., p. 357.

3 Fabert ne devait cependant pas les perdre do vue, et grâce au soin qu'il prit de faire rebâtir les tours ruinées et d'entretenir la fermeture des principaux passages de la rivière, une ordonnance du 30 mai 16.")5 put défendre à Ions sujets du roi en Champagne de payer des contributions aux places du liiixeiabourg. [Archives du Dépôt de la Guerre, t. CXLV.)

4 LA PROVINCK l)K CHAMPAGNE. 1644-1045.

retraite des assiégeants n'avait fait qu'enhardir la garnison '. Pour mettre un terme à ces incursions, le conseil du roi n'-solut le siège de laMothe (septembre 1644), et en confia la direction à l'italien Magalotti, en qui « le cardinal se fiait fort » et qu'il « voulait élever « bien haut *». Dès le 6 décembre, le blocus commençait avec l'aide des Chaumontois, dont l'artillerie et l'argent furent mis largement à contribution. Le 14 décembre, Langres recevait l'ordre d'envoyer charpentiers et manœuvres tant de la ville que du i)ays voisin, afin de « tailler bois et aider à faire hottes pour le siège "». Le 4 mai 1645, la tranchée était ouverte, et Magalotti songeait à faire sauter la forteresse en poussant la mine jusqu'au cœur de la montagne sur laquelle elle était assise, quand un coup de mousquet vint le frapper à la tête (20 juin)''. Appelé à le remplacer, Villeroy n'eut qu'à se présenter. Effrayés des pertes qu'ils avaient subies et de celles qui les menaçaient, les principaux de la ville demandèrent à capituler, et le 7 juillet, Cliquot abandonnait la place aux Français. La capitulation avait garanti aux habitants le respect de leurs propriétés : mais les paysans des élections de Chaumont, Langres et Bar-sur-Aube, conviés à la destruction de la forteresse, n'épargnèrent pas même les églises de la ville. Quand elle ne fut plus qu'un monceau de ruines, on chanta à Chaumont et à Langres un Te Deum et on alluma des feux de joie ''. Le Bassigny était vengé et n'avait plus à redouter un voisinage depuis longtemps odieux ; mais la sécurité n'avait été acquise qu'au prix de nombreux sacrifices, et Chaumont n'échappait à la crainte de l'ennemi que pour tomber sous la main des huissiers et se débattre contre leurs étreintes^. Aussi, le 7 décembre 1645, la royauté eut-elle à cœur

• Journal de Cl. Macheret, p. 279, 293, 298, 302, 307, 312, 316.

2 Mémoires de Monglat.

3 Cl. Macheret, p. 331 . Langres expédia aussi, le 3 avril 1643, avec un mortier qui venait de Besançon, un gros canon portant balles de 30 livres, bientôt suivi de six autres petits (p. 338).

* 11 mourut, le 22, de sa blessure, et fut enterré, le 3 août, avec pompe dans la ville de Chaumont. Suivant Cl. Macheret, il aurait été frappé le 14 juin et serait mort treize heures après (p. 344).

^ A Langres, l'évêque alluma le feu (il juillet), assisté du maire et des échevins. (Cl. Mach., p. 347.)

^ Hist. de Chaumont, p. 240 et sq.

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