FABERT ET LÉONOR D'ESTAMPES A SEDAN
de décharger les contribuables des élections de Chaumont et de Langres de ce qui leur restait à acquitter sur les contributions des années précédentes jusques et y compris 1644, afin de les dédommager des pertes qu'ils avaient essuyées « avant la prise du château « de la Mothe ' ».
A Reims, le nouvel archevêque, Léonord'Estampesde Valençay, qui avait pris possession de son siège le 30 mars 1643, n'eut rien de plus pressé que de répondre au désir que lui avait manifesté la reine de voir rétablir à Sedan la religion catholique dans la jouissance d'une liberté qu'elle ne connaissait plus depuis soixante ans. Le maréchal Fabert 2 avait reçu, au mois d'avril, le serment de fidélité de tous les fonctionnaires et habitants de la principauté ; les ministres protestants, les régents du collège, les professeurs de l'Académie s'étaient, à cette occasion, montrés profondément touchés « des grâces et faveurs particulières du roi » à leur égard, et « ceux de la religion de Sedan, Raucourt et Saint-Menges «n'avaient pas hésité à lui présenter, en mai, une requête tendant à « être « conservés en leurs libertés et privilèges. » « L'édit de Rueil (30 « juin), fruit de l'esprit de tolérance religieuse dont Mazarin, à « l'exemple de Henri IV et de Richelieu, n'avait cessé de donner « des preuves depuis qu'il dirigeait les affaires de la France, avait « été la réponse de la régente à l'acte de soumission des Sedanais « et à la requête de leurs députés^ ». Les avantages qu'il accordait ou confirmait cimentaient chaque jour la concorde des partis et assuraient au gouverneur, dont la généreuse initiative les avait provoqués, la reconnaissance de tous les citoyens. Aussi, lorsque l'archevêque, parti de Reims le 10 août, et accompagné, depuis la chartreuse du Mont-Dieu, d'une escorte d'infanterie que Fabert lui avait envoyée, fit, le 13, son entrée dans la ville, il y fut reçu au bruit des canons et des cloches mêlé à celui des acclamations enthousiastes de la population. Deux jours après, il officiait dans l'hospice des PP. Capucins, et édifiait une nombreuse assistance par l'onction de sa parole, qui fut telle qu'il ramena dans le sein de
1 Arch. dcp. de la Marne, C 2o00, {°219.
2 Fabert, du rang de sergent de bataille, avait été élevé, le 4 février 16'i4, à celui de maréchal de camp.
3 LeifWarcchal de Fabert. t. I, p. 2o2.
6 LA PROVINCE DE CHAMPAGNE. 1643-I6i4.
l'Eglise de nombreux calvinistes, déjà gagnés par la loyale conduite dugoiivernour à leur égard. Il ne quitta pas Sedan sans avoir ordonné la restitution des biens ecclésiastiques et pourvu à la célébration du culte.
A son retour il passa par Mouzon, Donchery, Mézières, Charleville, et dans ces dil'l'érentes villes son zèle produisit les fruits les plus avantageux '.
Mais, en rendant compte à Mazarin de sa mission (24 août), Léonor n'omit pas de lui signaler les mérites du gouverneur de Sedan : « Je ne saurai assez, lui écrivit-il, vous représenter avec « combien d'honneur et d'acclamations j'ai été reçu tant par les a catholiques que par ceux de la religion prétendue réformée, que c( j'ai trouvés également prêts à obéir ponctuellement aux volontés « de Sa Majesté. Véritablement il ne se peut rien ajouter à leur « affection, non plus qu'à celle de M. Fabert, qui sait, par sa douce « conduite, tenir ce peuple dans toute l'obéissance que Votre Emi- « nence saurait désirer. Cette place ne pouvait être confiée à une a personne plus intelligente et plus sage, et qui, par sa vertu et « ses bons exemples, fût plus capable de faire du fruit dans sa a religion... Je n'ai rien fait en cette ville que par ses avis* ».
Léonor n'avait pas, du reste, multiplié ses visites pastorales sans constater plus d'un abus. Il songeait à réformer la discipline dans son diocèse, et, dès le mois de mars 1644, il avait convoqué tous les évêques et les chapitres de la province à un concile, où il se proposait d'examiner particulièrement ce qui concernait l'observance des fêtes, les charités paroissiales, l'éducation de lajeunesse et la direction des séminaires, lorsqu'un avis du roi vint l'obliger d'ajourner la réunion, à cause des mouvements de troupes que nécessitaient le siège de Gravelines et les opérations du duc d'Enghien dans le Palatinat ^.
Pendant ce temps-là, M™de Guise, abbesse de Saint-Pierre, prenant occasion de la mort subite de quelques religieuses pour abandonner Reims, s'était retirée à Paris après avoir remis le couvent entre les
1 Marlot, p. 570, 571.— Anqueti!, if/s^ de Reims, p. Ti 9.— Biographie ardennaise de BouUiot de Couhigny, art. Fabert. '^ Le maréchal de Fabert, t. 1, p. 287. 3 Marlot, ibid.