ALIÉNATION DU DOMALNE DE SAINTE-MENEHOULD
mains de la reine-mère, mais non sans l'avoir dépouillé de ses principales richesses. Elle devait être remplacée par M"^^ d'Orléans, fille naturelle du duc de Longueville, qui prit possession en 1645. La dynastie des Guises avait vécu à Reims ^
En la même année 1644, le domaine de Sainte-Menehould, qui, dix ans auparavant, avait été racheté par Louis XIII, fut de nouveau aliéné, malgré les remontrances présentées au roi, le 1" juillet de cette année, par les trésoriers de France en Champagne. Ce domaine, disaient-ils, « est tellement à la bienséance des autres domaines de « S. M. que, s'il estait en autres mains, on serait obligé par toutes « sortes de raison, mesme par maxime d'estat, d'en traiter à quelce que prix que ce fust : il est aux extrémitez de la province de « Champagne et lui sert de borne ; il avoisine les domaines de « Clermont, de Stenay, de Sedan, de Donchery, de Mouzon et de « Rocroy ; il consiste en une ville considérable pour la scituation « et grandement recommandable pour la fidélité de ses habitans, « qui, durant la Ligue, ont soustenuz les efforts du duc de Lorraine, « luy ont courageusement résisté et empesché l'entrée en la pro- « vince, qui couroit risque d'estre entièrement perdue pour le Roi. a II consiste encore en une chastellenye d'où relèvent grand nombre « de bourgs et de beaux villages, en un bailliage, au plus beau « grenier de Champagne, eslcction, maistrise des eaux et forest ; « toutes ces juridictions composées d'ungrand nombre d'officiers -». Tant et de si bonnes raisons vinrent échouer contre les nécessités du moment, et le domaine fut, pour une somme de cent mille livres, aliéné au profit de François Poussart, marquis de Fors et de Vigean. 11 demeura à ce seigneur jusqu'en 1667, où, le 10 février, fut rendu un arrêt du conseil du roi portant réunion définitive de Sainte- Menehould au domaine royal ^ L'année 1646 vit, le 11 mai, le duc d'Enghien à Reims K Le
^ Kenô Bourgeois, ann. 1644 et 1645,
2 Arch. dcp. de la Marne, C 2500, P 131.
3 Buirelte, Hist. de Sainte-Menehould, p. 286, et Annales de la Ville. p. 37.
'' René Bourgeois. Comme nous l'avons dit plus haut, t. Il, p. 575, n. 3, le duc devait prendre, le 26 décembre suivant, lo lilrc de pt-ince de Condè à la mort de son père.
8 LA PROVIXCI- 1)1-: CIIAMPAGNIi 1646-1648.
prince était venu, un an auparavant (29 mai 1045), à Châlons, et le conseil de Reims s'était empressé de lui envoyer une députation chargée de le complimenter et de lui offrir en présent « quatre « pièces de vin, mayans (jambons de Mayence) et langues ache- « tées » à cet effet'. Celte fois le duc, étant venu à Ueims, y fut reçu et harangué par tous les corps de la ville : on ne manqua pas de lui témoigner l'obligation que lui avait son gouvernement de Champagne, et le diocèse de Reims en particulier, d'avoir été protégé contre l'ennemi par sa valeur à la journée de Rocroy. Les Jésuites, qui désiraient avoir à Reims une seconde maison, profitèrent de l'occasion pour l'intéresser à leur cause, qu'ils lui avaient déjà recommandée l'année précédente. Affable et gracieux pour chacun, le duc promit tout ce qu'on voulut. S'il ne put faire prévaloir le vœu des Jésuites contre l'opposition du conseil de ville (8 juin), il se montra du moins préoccupé de l'intérêt public, en ordonnant qu'à l'avenir on l'avertit des subsistances imposées aux habitants, afin qu'il pût aviser aux moyens de les soulager. Mais ce n'étaient que paroles auxquelles les faits devaient donner plus tard un triste démenti. 11 ne tarda pas d'ailleurs (10 janvier 1647) à céder son gouvernement à Armand de Bourbon, prince de Conti, son frère, qui en avait fait la demande au roi.
On était arrivé à l'année 1648, où les prétentions du Parlement, appuyées sur l'excès des impôts et l'impopularité de Mazarin, allaient précipiter Paris et la France dans la guerre civile. 11 était naturel que la royauté s'émût des assemblées tumultueuses, des déclamations séditieuses de ses adversaires, et qu'elle considérât les décisions du Parlement comme autant d'attentats à l'autorité souveraine. Mais les violences de langage et de conduite^ de la régente étaient peu propres à calmer les esprits : on sait qu'elles aboutirent à la Journée des barricades (26 août), de même que ses dédains pour les airs de médiateur que prit en cette circonstance le coadjuteur et neveu de l'archevêque de Paris, eurent pour effet de le jeter dans le parti des mécontents et de donner à la Fronde un chef qui ne se plaisait que dans le trouble, les conspirations et les mouvements populaires. Aussi, bien qu'elle pût compter sur l'ap-
* Goncl. du conseil. Le présent dut être transporté à Verdun. 2 Arrestation de Broussel, le 26 août.
1649. LA FROiXDE. EXTENSION DES POUVOIRS DES PRÉSIDIAUX. 9
pui du vainqueur de Piocroy, surtout après qu'il eut été gratifié (décembre 1648) des comtés, terres et seigneuries de Stenay, Dun, Jametz, Clermont, Varennes et des Montignons, pour en jouir, lui et ses hoirs en tous droits de propriété et de justice, à la réserve des cas royaux, la cour, ne se croyant plus en sûreté dans Paris, et pensant par son éloignement amener sans coup férir le Parlement et la ville à composition, prit le parti de se retirera Saint-Germain (6 janvier 1649) '. A peine y était-elle arrivée que Gonti, jaloux de Gondé, son aîné, et entraîné par sa sœur, M™^ de Longue ville, rentrait dans la capitale et se mettait (11 janvier) au service du Parlement, qui le proclamait généralissime avec le duc d'Elbeuf pour lieutenant ^
La guerre était déclarée. Le roi informe les villes de la Ghampagne de la situation ; il se plaît à compter sur leur fidélité et veut que les ordres de Gonti et de ses adhérents soient repoussés (10 janvier) ^. En même temps, il remplace ce prince dans le gouvernement de la province par l'Hospital, et enjoint aux populations de ne reconnaître que le maréchal pour son lieutenant *. Puis, successivement, le 22 janvier % pour affaiblir l'autorité du Parlement, il expédie aux prèsidiaux « pouvoir. . . de juger souverainement dans « leur ressort jusques à ce qu'il en eust aultrement ordonné » ; et le
' En même temps Mazarin remettait la garde de son neveu et de ses nièces à Fabert, qui les emmena, du M au 17 janvier, à Sedan par des chemins détournés pour éviter toute surprise des frondeurs.
' Il ne devait pas tarder à envoyer à Bruxelles pour négocier avec l'arcliiduc. « Cet événeniout », dit Condé en rapprenant, le 12 mars, à Girard, « m'a cxtraordinairemeiit touché par la grandeur delà faute d'avoir « osé traiter avec le roi d'Espagne pendant une guerre ouverte » [Hist. des princes de Condé, par le duc d'AuraaIe, t. V).
3 Boutiol, t. IV, p. 395. — Mémoires de Oudart Coquault, avec une Introduction, un Appendice et des notes, par Ch. Loriquel, t. J"", p. 9. Le conseil de ville de Reims reçoit, le 13, la lettre du roi. Le 8, il avait eu connaissance de sa retraite à Saint-Germain. Le 9, Chàlons avait déjà assuré le roi de son dévouement.
* L'Hospital est reçu, le 20 janvier, à Reims, eu qualité de gouverneur. [Mém. de Oudart Coquault, p. 9.)
^ C'est la date à laqudie ces lettres s )nl adressées au présidial de Reims (Oud. Coq., p. 10).
10 LA PROVLNCE DE CHAMPAGM-:. i6«.
23, afin d'opposer aux rebelles la volonté de la nation, il convoque les états-généraux à Orléans pour le 15 mars. Mais nul ne prend au sérieux cette convocation, qui, le 24 lévrier, devait être renvoyée au 15 avril. Les assemblées appelées à désigner les électeurs des députés ne tentent même de se réunir à Troyes que pour constater la déchéance des libertés publiques. L'autorité supérieure ne veut plus entendre parler de l'intervention des corps de métiers ; elle juge la masse des habitants trop ignorante et inhabile à donner un avis en matière d'impôts, de justice, de police civile ou militaire. En vain invoque-t-on les précédents et ce qui s'est fait en particulier pour les états de 1614. Les assemblées dont il s'agit ne seront plus désormais que des assemblées de ville ou de bailliage dans le sens le plus étroit '.
A Langres, le bailliage royal eut à cette occasion, le 3 mars, sa première assemblée générale. Le clergé choisit l'évèque pour le représenter ; la noblesse, « le sieur abbé de Cormeil (frère du sieur « comte de Grançey), en qualité de seigneur de Vivey » ; le tiers état, « les sieurs Voinchet, lieutenant général audit bailliage, et ce Delecey, procureur du roi ^. »
Pour ce qui regarde les présidiaux, l'ordre du roi ne reçut point partout une exécution immédiate. Il flattait naturellement les magistrats attachés au cardinal Mazarin ; mais leur avis ne prévalut point à Reims, et pendant plus d'un mois on y « continua la « forme ordinaire des jugements. Le roi et le prince de Condé a pressaient l'enregistrement de la déclaration. On n'en alla pas « plus vite au présidial, et, au mois de mars suivant, il n'y avait « encore rien d'enregistré ^ ». C'est que les Rémois, pressés d'autre part par la ville de Paris de se joindre à elle « pour rendre un « notable service au roi », en le soustrayant, avec la France, à la violence de son « pernicieux ministre », entendaient, sans s'écarter de leur attachement à la couronne, tenir la balance égale entre les partis K
1 V. Boutiot, t. IV, p. 395 à 405.
2 Journal de Cl. Macheret, t. II, p. 7. La noblesse tint une assemblée à part, n'ayant point voulu « comparoître devant le lieutenant général « du bailliage, à cause qu'il n'y avait point de bailli ».
3 Oud. Coq., p. 10.
* V. Lettre circulaire contenant un charitable advis à quelques cilles