‹ Histoire générale de la Champagne et de la Brie depuis les temps les plus reculés jusqu'à la division de la province en départementsChapitre 43 sur 232 · LES COMPAGNIES D'ARBALÉTRIERS DISPARAISSENT · texte numérisé non relu

LES COMPAGNIES D'ARBALÉTRIERS DISPARAISSENT

Depuis 16()8, la ville ne pouvait plus envoyer de députation hors de la province sans l'autorisation de l'intendant. Bientôt (1672) la correspondance entre la ville et la cour devait se faire par le lieutenant général de la province ; celui-ci correspondit même directement avec le gouverneur de la ville, après la création de cet office, pour ce qui concernait les étapes et le logement des gens de guerre.

Enfin, le 4 août 1685, l'intendant allait jusqu'à demander au conseil s'il ne serait pas à propos qu'à l'avenir le maire ne fût plus élu en assemblée générale de tous les habitants, mais que chaque conseiller de ville, suivant l'ordre du tableau, remplît cette fonction. Le conseil pria M. le maire a de supplier Mgr l'intendant de vouloir « bien, lorsqu'il adressera son procès-verbal à S. M., leur procurer « la conservation de leurs privilèges et de préférer le sentiment de a la plus grande et plus saine partie du corps de ville à celui d'un « petit nombre de particuliers qui se sont portés à demander ces « règlements plutôt par chaleur et pour satisfaire leur ambition « que par motif de justice ou de raison h).

Mais le coup était porté, et, comme nous venons de le voir incidemment, le moment n'était pas éloigné où les offices municipaux issus de l'élection devaient être convertis en offices royaux (août 1692) ; où les maires, de représentants des communes qu'ils avaient été jusque-là, devaient prendre le caractère d'agents du roi. La révolution se faisait sous le prétexte de mettre fin aux brigues et aux troubles qu'entraînaient les élections libres, mais en réalité pour accroître les ressources de l'Etat par la vente des offices ; car Louis XIV ne se bornait pas à « créer des maires perpétuels en « titre dans toutes les villes et lieux de son royaume », mais il allait jusqu'à leur donner, sous le nom àHasscsseurs^ un certain nombre de conseillers « tirés d'entre les plus notables bourgeois », et dont les offices, comme celui de maire, devaient être « levés aux « revenus casuels » dans le mois du jour de la publication de l'édit -.

La mesure avait donc à la fois un côté fiscal et un côté politique. Mais les villes n'étaient pas riches, et si quelques-unes, Reims, Vitry, Chàlons mirent un certain empressement à acquérir les nouveaux offices pour avoir le droit de choisir elles-mêmes leurs ma-

' Bouliol, t. IV, ibid., p. Ml et 43:2.

^ Recueil des anciennes lois, t. XX, p. 105 ot S({.

gistrats, la plupart s'attardèrent à entrer dans cette voie, et même se résignèrent à accepter to crmii^re du rui^. A Chaumont, les officiers de justice, en présence deschai'gesqui pesaient sur la ville, se cotisèrent [)Our acheter en leur nom l'office de maire, et désigner entre eux, chaque année, à la pluralité des voix, le magistrat municipal *. La ville de ïroyes ne racheta cette charge qu'en 17U, au prix de 40,000 liv.,et comme le procureur du roi y faisait des objections en assemblée générale : « Le privilège, s'écria l'un des « assesseurs, dans lequel les habitants rentreront de nommer leur (( maire est si précieux, que je n'estime pas qu'aucun député veuille « perdre une occasion si favorable ^ » .

Mais la vie communale ne s'en éteint pas moins. De quelle considération la vénalité des charges municipales pouvait-elle les entourer? Quelle ambition pouvaient-elles inspirera des âmes tant soit peu généreuses ? Pour le prix qu'elles coûtaient, offraient-elles du moins quelques compensations ?

Non-seulement le maire n'était plus, à de rares exceptions près, l'élu des habitants, mais il n'avait même plus ces attributions militaires qui relevaient sa dignité parle péril même de l'honneur dont il était investi. Il avait, en effet, dans des temps meilleurs, avec la surveillance des portes, des remparts et des patrouilles, la garde des clefs de l'artillerie, des armes et des munitions ; il commandait en chef la milice, disposait les postes, faisait les règlements et donnait les ordres en conséquence. Mais quand l'autorité royale eut désarmé les villes, comme il arriva à celles de Chaumont, de 1673 à 1677*, de Troyes en 1682 s, d'Epernayen 1684, qu'elle dépouilla, sans indemnité et malgré leur réclamation, d'une intéressante artil-

^ Comme la ville de Langres {Hist. de Langres, p, 222). A Saiute- Menehould la place de maire resta vacante (Buirette, p. 374).

2 Jolibois, Hist. de Chaumont, p. 181. — Ce régime dura dix ans; c'est ce qu'on appelle la période des maires associés.

3 Arch. de l'Aube, C 1845.

* Jolibois, ITtsf. de Chaumont, \i . 183. — L'artillerie fut conduite à Nancy .

° L'artillerie de Troyes fut transportée à Auxonne (Boutiot, t. IV, p. 484).

LES MAIRES DÉPOUILLÉS DES ATTRIBUTIOxNS MILITAIRES. 117

lerie qui leur avait coûté fort cher ^ ; quand elle eut, en août 1696, créé clans chaque ville close du royaume un office de gouverneur ^, et que, sur l'ordonnance de l'intendant (1689), il fallut enlever les chaînes séculaires qui entravaient, en temps de guerre ou de sédition, la circulation des rues ; quand les charges de colonel et de major purent échapper aux maires, alors ces magistrats furent à peu près réduits aux fonctions civiles.

Ils conservèrent sans doute l'autorité supérieure sur les bourgeois armés, et s'ils furent parfois obligés de disputer aux gouverneurs la juridiction sur la milice, ces contestations mêmes témoignent de la persistance de leurs droits. Mais il faut convenir que, depuis la fin de la Fronde, le service de la bourgeoisie avait à peu près perdu son caractère d'utilité militaire. Aussi le clergé, qui jusqu'alors y avait été assujetti, qui devait du moins se faire remplacer en cas de lièril imminent, comme il le jugea lui-même à Reims, le l^"" août 1650^, commença-t-il d'en être affranchi.

Cette exemption en amena d'autres, si bien que la milice, où dominait d'abord l'élite do la bourgeoisie, finit par se recruter dans des classes moins élevées, et que les charges de capitaine, qui se payaient du reste assez cher et qui étaient recherchées, parce qu'elles conféraient l'exemption des logements militaires, devinrent à Troyes par exemple l'apanage do négociants, « soit à boutique, a soit à magasin M) . La petite ville de Méry aura un apothicaire

1 A Troyes, on mentionnait encore, dans l'inventaire de 1664, une pièce à la Salamandre, des fauconneaux, des jeux d'orgue (comme on en voit un du XYI** siècle à l'arsenal maritime de Brest), des coulevrines, la grosse Guillcmette qui était de fer, des arquebuses à croc, etc. (Boutiot, ibid.). — A Epernay, on voulut conserver une piùco appelée le Chien d'Orléans ; mais, comme on la descendait des remparts, elle échappa aux mains qni la dirigeaient, et se brisa en plusieurs fragments, que les habl" tants cachèrent dans leurs malsons (Journal de Berlin du Rocheret, ap. Nicaisc, p. 105).

2 Reims à cet égard conserva ses franchises.

3 0. Coq., p. 97.

'" Lettres inédites de Grosley, n"80. — A Reims, elles furent longtemps briguées par les plus riches, et ceux que nommait le Conseil avaient, depuis 1640 environ, rbabitudc de payer faut aux portiers qu'aux muralllicrs (gardes des remparts) de leur compagnie une bienvenue, qui était, au milieu du XVI1° siècle, de 3 à 400 llv. (0. Coq., p. 290).

118 LA PROVINCR DE CIlAMPAG.Mi:.

pour capitaine-major ; à Bar-sur-Aubc, le major sera à la lois directeur de la poste et marchand de bois '.

La milice n'avait pas encore d'uniforme ; elle «'■tait armc''e d'arquebuses ou de piques, et marchait sous un diapeau aux couleurs de la ville.

Tandis que, sous l'influence des M'ûs royaux, s'altère la constitution de la milice, celle des compagnies volontaires d'arquebusiers, qui avaient succédé ou survécu aux compagnies d'arbalétriers et d'archers, continue de se fortifier. Ces compagnies d'arquebusiers sont au nombre de quarante-trois dans la province. Si elles comptent dans leurs rangs, comme à Chaumont, des « gens mécaniques ' », c'est en bien petit nombre : les chevaliers de l'arquebuse étaient trop fiers de leur titre pour faire accueil à tout venant ; et puis les frais d'admission et de bienvenue, d'armement et d'entretien, d'exercices et de déplacements pour les tirs provinciaux, d'agapes fraternelles et parfois de présents aux personnages influents ^, étaient beaucoup trop élevés pour permettre à chacun d'aspirer à l'honneur de porter ce titre ■*. Ils peuvent d'ailleurs prendre part aux opérations de la guerre, et ils ne s'y épargnent point : ceux de Chaumont,

^ Babeau, La Ville sous l'ancien régime, p. 263.

2 Alcib. Cousin, Les chevaliers de l'Arquebuse... une page de V histoire de Chaumont, p. 13o.

3 « Pour hure de sanglier, langues de moulons envoyées à Mon-

a seigneur le marquis d'Argenson, compris 3 liv. 14 sols pour le port par « le caresse, et pour fromage de cochon et langues envoyés à MM. Mabile « et Colin, chargés des affaires de la compagnie. ... cy 49 liv. 14 sols. » Reg. de l'arquebuse de Nogent. Arch. de l'Aube, E 306.

^ Dans un débat entre le maire et la compagnie d'Epernay (1712), on voit les échevins et syndics, « étant tous arquebusiers », abandonner le maire, « menaçant de dresser contre lui procès-verbal de ce qu'il n'a point « fait assembler les notables ; ce que lui maire a cru ne devoir pas faire, « parce que tous les notables sont arquebusiers ». . . . (Concl. ap. Nicaise, p. 211). — « Ne seront reçus ni admis à la compagnie aucuns artisans et « gens mécaniques, attendu que. ... ils pourraient être souvent distraits « de leur travail, et obligés de payer pour les droits et frais des deniers « plus nécessaires à la subsistance de leurs familles » . (Règlement de la Compagnie Châlonnaise, ratifié le 28 décembre 1718 par Hercule de Rolian, article 13.)

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