‹ Histoire générale de la Champagne et de la Brie depuis les temps les plus reculés jusqu'à la division de la province en départementsChapitre 44 sur 232 · LA CONSTITUTION DE LA MILICE S'ALTÈRE · texte numérisé non relu

LA CONSTITUTION DE LA MILICE S'ALTÈRE

en particulier, concourent au siège de Besançon (février 1668), et Louis XIV, au retour de son expédition de Franche-Comté, passant par Chaumont, daigne, pour reconnaître leurs services, leur confier la garde de sa personne. Plus tard (1712), en une irruption d'ennemis dont nous parlerons plus loin, les arquebusiers rémois se signaleront par leur valeur. Une telle situation faisait de ces compagnies des corps d'élite et leur donnait un caractère que n'avait point au même degré la milice bourgeoise, dont elles se séparaient encore quelquefois par un drapeau distinct.

Chacune d'elles a son hôtel, et cet hôtel est de noble apparence. Nous avons déjà parlé de celui de Troyes et de ses charmants vitraux. Celui de Chàlons contenait, au rez-de-chaussée, avec une salle d'armes, la salle du conseil, décorée des portraits de Charlemagne, de saint Louis-, de Henri III, de Henri IV, de Louis XIII, du Grand Dauphin, aïeul de Louis XV, et du maréchal duc de Vendôme; au premier étage, une vaste salle dite du Fer-à-Cheval, où l'on donnait les festins et les fêtes, et qui était ornée de douze portraits équestres des empereurs romains ^ Mais, s'il fallait en croire les arquebusiers de Chaumont, leur hôtel était « superbe pour faire c( envie à ceux des villes les plus considérables du royaume^ ».

Ces compagnies ne reconnaissent au-dessus d'elles que le roi, le gouverneur de la province et le maire de la cité. Celle d'Epernay ira même jusqu'à déclarer au maire (fin juillet 1712) qu'elle ne reconnaît que le roi ; elle l'insultera « à la porte de son logis avec « armes », et le pauvre magistrat se croira obligé de pourvoir à sa sûreté, en instituant provisoirement un nouveau valet de ville pour joindre aux trois anciens. Le roi fera instruire l'affaire, et le 25 octobre suivant, interviendra un règlement sur « les préroga- « tives, fonctions et prééminences respectives » des parties ^.

Faut-il s'étonner que des chevaliers si chatouilleux aient refusé de céder le pas à la milice bourgeoise, et que ces débals de préséance, du reste fort communs à cette époque, soit entre les autorités civiles, soit entre celles-ci et les autorités militaires, aient

' Sellier, Notice Inst. sur les arqucbus. de Chàlons, y. 20, 21. - A. Cousin, p. 19.

3 Cond. du Cons.,a|). Nicaise, y. 210 à 2ta, et la note 2 île la pa^e 118 de ce volume.

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tourné à la sédition « dans plusieurs villes de Champagne et Bric » ? Ce l'ut ce qui arriva notamment à Sézanne, « à la publication de la « paix générale «(Traité d'Utrecht, 11 avril 1713)'. « Les plus mu- « tins de la milice, autheurs do la sédition », ne lurent pas seulement frappés de sévères châtiments ; mais le roi en prit occasion de donner, le 15 janvier 1715, un règlement général par lequel il accordait la préséance aux arquebusiers de la Champagne sur la milice bourgeoise, « non-seulement dans toutes les cérémonies « publiques, mais encore dans toutes les occasions militaires », « tant pour récompense des services qu'ils ont souvent rendus à « l'Etat cl à la patrie dans les occasions de guerre et d'irruption « d'ennemis, que parce qu'elles ont toujours été composées de l'élite « des habitants, des principaux bourgeois, marchands et négociants, « des premiers officiers de milice, justice et police, et de plusieurs « gentilshommes ; qu'elles ont toujours été considérées comme une « école publique pour former la jeunesse de toutes sortes d'états et « de condition à l'exercice, dextérité et usage des armes, et comme « un corps de troupes aguerries et expérimentées, toujours prest à « se porter partout au premier ordre, et à servir utilement en toutes « occasions '^ ».

Ce règlement blessa la milice bourgeoise de Reims, et a messieurs « les lieutenant, maire, échevins et gens du conseil de ville », après la mort du roi, prièrent le gouverneur de la province de vouloir h\Q\\ Xg?, excepter du r(?^^<?;;ie??^, donnant pour raison de leur requête que « l'institution de la milice bourgeoise était aussi « ancienne que la ville, et que les arquebusiers n'étaient connus « que depuis 1537 : ceux-ci n'étaient-ils pas d'ailleurs « citoyens <( avant que d'être arquebusiers »,et, dans le cas d'un service commun, ne devaient-ils pas « préférer le drapeau de la milice à celui « de l'arquebuse »? A quoi les arquebusiers répondirent : Si notre

^ Le prince de Soubise, gouverneur de Champagne, avait déjà dû intervenir, le 16 août 1701, pour calmer un différend soulevé entre les arquebusiers et la milice bourgeoise de Sézanne. Plus tard, quand Bar-sur- Aube vit ces deux corps divisés au sujet de la préséance dans les cérémonies publiques, Soubise leur appliqua l'ordonnance qu'il avait rendue en 1701 (Collect. de Champagne, l. III, p. âij.

2 Varin, Statuts, t. 111, p. 103 et 104.

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