RÈGLEMENT EN FAVEUR DES ARQUEBUSIERS
compagnie n'est pas aussi ancienne que la ville, elle l'est du moins autant que la monarchie, et « elle n'a fait que changer de nom à « mesure que l'usage des armes a changé : archers d'abord, ensuite « arbalétriers, et lorsque l'usage de la poudre et de l'arquebuse a « été connu, arquebusiers ». De plus, elle « est sans contredit la plus « nombreuse et la plus considérable du royaume, ayant toujours « été composée des habitants principaux et plus qualifiés et dis- « tingués dans tous les états de la ville, au nombre de 400, même « dans la noblesse » ; aussi a-t-elie « toujours été regardée comme « la première et la colonelle de toutes les autres ; en sorte que ce « serait un renversement hors de toute sorte de raison, d'ordre, « de règle, de proportion et de subordination, de vouloir qu'une « compagnie de cette distinction fût précédée, et plus encore, qu'elle « fût commandée parune milice bourgeoise, où, pour quelques per- « sonnes de distinction qu'il s'y pourra trouver, il y aura cent arti- « sans, la plupart sans discipline et sans expérience d'aucun usage « des armes, et sans aucune décoration pour la ville ». La réplique n'était pas galante, mais elle parut décisive à Mgr le prince de Rohan, qui, voyant dans les arquebusiers « une espèce de cohorte ce prétorienne et favorite qui rappelait et représentait l'ancienneté « du gouvernement de la ville », et « comme la compagnie des gre- « nadiers de tout le corps de la milice bourgeoise », non moins soumise que celle-ci « à l'autorité des maire et échevins », ordonna (5 décembre 1715) l'exécution pleine et entière du règlement fait par le « feu roi en faveur des arquebusiers des provinces de Cham- « pagne et Bric * ».
Nous avons vu plus haut- le succès qu'avait eu à Soissons, en 1658, la compagnie de Reims, et la remise qui lui avait été faite du bouquet pour le plus prochain concours possible, lequel eut lieu en 1600^. En 1662, pendant les fêtes de la Pentecôte, ce fut le tour de Châlons; puis vint, en 1666 (fin d'août), celui de Château Thierry. Connue à cedernier prix se rendirent de Reims « plus
^ Viirin, Statuts, l. 111, ]). 103-101). Ija dale ilii 9 février doiméo par M. Babean, p. iJ9^, noie % est inexacte.
" V. ci-dessus, p. 87.
>^ Cliàlons donna à celle occasion 'lOO 1. à ses anpiehusiers pour les « ayder aux frais du voyage fait à Reims » [Comptes de la ville, CG 115).
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« d'arlisanz que de rnarchautz » : « L'abondance de l'artisan, dit à « ce sujet notre chroniqueur, passe sans comparaison celle du petit « marchant, et nostre ville en a plus que d'autres ; et les artisantz « travaillant bien en leur art sont plus tranquilles et plusaisez le pire « jour de la semaine que ne sont ces petits marchantz au meil- « leur ». Et il ajoute avec ce bon sens exquis qu'on voudrait voir de nos jours : « Voilà les effets de notre ambition. 11 vaudraitmieux « faire ung bonhomme de mestier qu'ung chétif marchant ^ ».
Il y eut ensuite plusieurs prix tirés, semble-t-il, séparément, en 1672, à Charleville, Meaux, Pont-Sainte-Maxence ; en J07.3, à Rethel. Après quoi, le 29 juin 1682, lesarquebusiersd'Epernay, qui n'avaient encore donné aucune fête publique et solennelle, ouvrirent leur jardin aux chevaliers de la Champagne et des provinces voisines. Les capitaines des quartiers avaient été chargés de choisir des bourgeois aussi bien équipés que possible, pour se rendre, sous le drapeau de l'Arquebuse, aux lieu et heure qui leur seraient marqués, « à peine de dix livres contre les défaillants », afin d'aider les chevaliers de la ville à recevoir dignement les invités. On avait, en présence du syndic, tiré des magasins de la poudre « pour être dis- « tribuée aux bourgeois », et des salves d'artillerie avaient accueilli l'arrivée des compagnies étrangères^.
Enfin Reims rendit de nouveau le prix général le 15 juin 1687, avec une solennité sans égale. Le grand roi avait autorisé ses arquebusiers à lui élever une statue dans leur jardin : « Sa Majesté, « disaient-ils dans leur invitation, nous a permis de lui ériger une c( statue dans le lieu de nos exercices orduiaires, afin de dresser un « monument éternel à sa gloire, et de marquer à toute la terre que « nous ne manions les armes que pour son service, et qu'il estl'àme « et le sujet de toutes nos fêtes... ^ ». Louvois avait mis ce genre
* 0. Coq., p. 500. — Dans rintervalle de ces deux tirs généraux, Compiègne en avait eu un en 1661 ; Montdidicr eut le sien en 1677, où les arquebusiers de Châlons remportèrent le prix.
2 Concl. du 16 juin, ap. Nicaise, p. 204.
3 Voyez dans VEist. de Vabbaye d'Avenay par Paris, la curieuse lettre d'invitation qu'adressèrent les chevaliers de l'arquebuse de Reims à ceux d'Avenay (tome P'", p. 464 et 465, et t. Il, p. 367). Un graveur rémois, Jean Colin, a perpétué cette fête provinciale par une gravure que possède la bibliothèque de Reims, et qui représente les compagnies