LA MISERE S'ACCROIT
règlements somptuaires édictés par le parlement ou les villes; le mal avait triomphé de toutes les défenses, et le luxe continuait de se répandre ^ C'était là un des fruits de la paix dont on jouissait depuis six à sept ans. Mais on était à la veille d'une nouvelle guerre, et, le commerce s' amortissant ,\\ ne se passait pas de semaine dans les grandes villes qu'il n'éclatâtquelque banqueroute : « ledésordre « des banqueroutiers est journalier », dit 0. Coquault^.
Déjà, trois à quatre ans auparavant, il représentait la manufacture comme ne marchant pas : Si l'ouvrier, dit-il, « a débit de son « travail «, c'est « à prix bien médiocre, tellement qu'il n'y a que « les advisés ^ qui subsistent ; les faibles et peu ménagers tombent « à vue d'œil à la charge du peuple, tant dans les hospitaux « que de subsistances qu'il leur faut donner * ».
Les secours ne leur manquent pas, mais il semble qu'ils n'aient d'autre effet que de les « acoquiner à mendier ». Indépendamment de V Hôtel-Dieu, dont l'origine remonte aux premiers temps du christianisme, et qui était destiné à recevoir les pauvres dont les maladies étaient accidentelles et curables^, Reims possède un hôpital général de charité, érigé par lettres patentes du 0 juillet 1633, et enrichi des biens des léproseries de Saint-Eloi, de Sainte- Anne, et des Chartreries ^ des paroisses qu'on y avait réunies. Cet établissement ne devait d'abord recevoir que les enfants des deux sexes ; mais, peu après (1661), on y admit aussi les vieillards, et en 1683, un quartier spécial y fut ouvert aux femmes. Les pauvres affligés de maladies incurables sont en même temps recueillis dans
* A Langres, luie partie des juges de police publie, le 28 novembre 1G47, « un règlement général pour l'ordre des habits de soie, tant eu « coeffcs comme en chaperons, manchons, esguiilettes et autres orne- « ments » ; mais les autres refusent d'y rien entendre. — Il y eut dans la même ville arrêt du parlement publié le 10 janvier 1657 ; n)ais on ne voit pas qu'il ait porté aucun fruit sérieux. (Cléni. Macheret, t. 1^% p. 409 et t. II, p. 229.)
2 Ann. 1667, p. 510.
3 Les sages, les prudents.
* Ann. 1663, p. 432.
^ V. l'hlst. de rUùk'l-Dlfudans Marlol, t. L p. 397. ^ C'était un corps do 24 administiaU'iu's, gouvernant le revenu dos pauvres de chaque paroisse.
128 LA PROVliNCI-: Dli CIIAMFAGM:;.
un hospice érigt'i on lOoO sous lo vocable do Saint-Marcoul, qui s'agrandit, do la maison dos orphelins qu'avait i'ondéc en 1022, la charité de Marie Brisset, épouse de Georges Varlet, bourgeois de la ville. L'entretien do cet hospice n'exigeait pas moins de irj,000 liv. : des aumônes et des legs y pourvin-ent d'abord ' .
Ces maisons reçoivent de rarchevêque de sages règlements. La haute direclion de rhùpital général, en particulier, est confiée à un bureau d'administrateurs nommés par le conseil de ville, et la surveillance du quartier des femmes à une supérieure choisie par le bureau et assistée d'autres religieuses. Des maîtres de métiers, bonnetiers, tailleurs, sergiers, peigneurs, cardeurs, boulangers, sont chargés de présider aux travaux manuels et de pourvoir aux nécessités de la maison. Des sergents ou gardes, ayant pour mission d'empêcher la mendicité, doivent, chaque matin, se rendre d'abord à l'Hôtcl-Dieu pour y prendre les passants reçus le soir précédent, et les conduire de là aux portes de la ville, puis parcourir les églises, les places publiques et les rues, afin de réunir les mendiants, de déposer à l'hôpital ceux de la ville et de mener hors des murs les étrangers^.
Mais la charité a beau se montrer ingénieuse autant qu'active et ferme, la libéralité publique a beau s'épuiser : c'est en vain que, « depuis quatre-vingts ans, dit 0. Goquault (1657) avec un accent qui « n'a rien de tendre, la ville a commencé à lever environ 2,000 l. « par an sur tous les habitants, y compris le clergé, pour nourrir « les pauvres appelés invalides qui n'étaient capables de gaigner « leur vie », La distribution des secours leur était faite, « comme à c( présent », par semaine, et depuis environ quarante ans, pour bien les distinguer, on les avait « marqués d'une petite croix de « drap jaune sur leur habit au droit du tetin. Cette formalité a « cessé, mais l'aumône continue sans aucune diminution de men- « diants tant aux églises que par les rues; et c'est reconnu qu'elle « ne leur sert qu'à mieux dîner » .
Le mal est du reste général, et toutes les grandes villes en sont accablées. « 11 y a plus, grand nombre de friponaille ne tenantz ni « feu ny lieu, vont perpétuellement tracassants par le royaume,
< 0, Coq,, p. 331. Arch. admin., Statuts, t. P"", p. 129 et sq. Etude sur Charles-Maurice Le Tellier, par M. l'abbé Gillet, p. 99.