‹ Histoire générale de la Champagne et de la Brie depuis les temps les plus reculés jusqu'à la division de la province en départementsChapitre 48 sur 232 · ASILES OUVERTS AUX MALHEUREUX · texte numérisé non relu

ASILES OUVERTS AUX MALHEUREUX

« tantôt prenants qualité de pèlerins de Saint-Jacques, de Lorette « ou aultres lieux de dévotion, tantôt de marchants volés, de la- « boureurs ruinés par la guerre, ou brûlez en leurs maisons, d'aul- « très faisants les estropiés, et tel qui l'est en effet aime mieux « gaigner sa vie, allant et venant aux foires, festcs et solennités de « villes et villages », que travailler honnêtement dans les asiles ouverts à Tindigence '. Aussi Louis XIY, s'inspirant de la déclaration royale du 4 juillet 1639, crut-il devoir (août 1661) édicter les peines les plus sévères contre les mendiants valides qui auraient été par trois fois surpris en état de vagabondage ^.

Mais ce n'était point assez. Beaucoup de ces malheureux se rendaient à Paris pour y être logés et nourris à l'hôpital général, au risque de ruiner cette maison: ils accoutumaient ainsi a eux et leurs « enfants à cette malheureuse fénéantise qui cause tous les désor- « dres et la corruption », outre que « les biens de la campagne « étaient en partie délaissés, n'y ayant pas assez de personnes « pour y faire le travail nécessaire ^ ». Le roi crut remédier au mal et rendre à leurs provinces les pauvres errants, en ordonnant qu'il fût établi, là où il n'existait pas d'hôpital général, un hôpital en chaque ville et bourg du royaume pour les pauvres malades, invalides et orphelins '\

L'édit de juin 1662 ne pouvait manquer de déterminer les villes à de nouveaux efforts, et la charité privée à de nouveaux sacrifices ; car la disette fut si grande cette année « que les pauvres se virent « réduits à la nudité et à ne se nourrir que d'herbes et de racines, « souvent sans autre assaisonnement que leurs larmes ^ ». Nous avons vu ce que fit Reims. Meaux fonda en 1667 son hôpital général, qui fut approuvé par lettres-patentes du roi eu 1676, et dont les Filles de la charité prirent en 1700 la direction.

A Château-Thierry, grâce au généreux dévouement de quelques familles'', l'hôpital s'enrichit d'un ecrlaiu nombre de lits, et pen-

'0. Co(i., p. ;i54.

Msambert, t. XYIll, p. 6.

3Id., ibitl., p. 18. Edit de juin 1662.

Md., ibid.

^ Yie de Mgr Yialart, p. L'{7.

c Les Brayer, les Josse et les Stouppe.

i:{0 LA pHoviXCK i)K chamfaom:.

(lanl longtemps les malades reçurent,, ehaque année, à l'entrée du carême, loutes les provisions de bouche dont ils pouvaient avoir besoin. Le roi, de son côté, contribua à l'agrandissement de l'hospice (KiSIt), en lui abandonnant à perpétuité la jouissance de 56 toises de terrain entre le jardin de la maison et l'enceinte de la ville, lesquelles procurèrent l'agrément de la belle terrasse qui existe encore sur les Petits-Prés ^

Deux ans plus tard (1()86), Condé, sans doute pour réparer les dommages qu'il avait, en des jours orageux, causés à la ville de Sainte-Menehould, laissait à il'Hôtel-Dieu une somme de dix mille livres, et la ville employait cette somme à l'achat de la ferme de Malassise, que l'hôpital possède encore aujourd'hui ^

Bientôt trois sœurs, filles de M. Ponce Lepoivre, lieutenant de l'élection à Rethel, allaient, par acte du 12 mai 1696^, consacrer leurs biens à la fondation d'un hôpital général dans cette ville.

Si M. de Miromesnil, intendant de la généralité, avait demandé vainement, en 1676, à la ville de Troyes de travailler, suivant les ordres de S. M., à la création d'un semblable établissement, c'est qu'en 1630 elle avait obtenu de Louis XIII, pendant son séjour dans la cité, l'union des hôpitaux et maladreries de la ville et des faubourgs, de fondation royale ou particulière, de même que celle de leurs biens et revenus. D'ailleurs les directeurs des hôpitaux n'omettaient pas d'offrir aux pauvres valides le moyen de sustenter leur existence par le travail *.

Cependant la plaie de la mendicité, que la royauté prétendait guérir en y appliquant les remèdes violents de l'emprisonnement, du fouet, du carcan et des galères ^, ne faisait que grandir et s'envenimer sous l'empire des circonstances. Dès 1673 la guerre de Hollande (1672-1678) avait causé de sérieuses alarmes à la partie

^ Poquet, Hist. de Château- Thierry, t. Il, p. 14o etsq.

2 Buiretfe, p. 370.

3 Confirmé parleur testament du l®"" février 1703. L'établissement fut ensuite consacré à recevoir les enfants délaissés et les vieillards pauvres.

* Ils obtinrent du roi (1700) d'émettre en loterie au profit de l'Hôtel-Dieu 13,000 billets à un louis d'or chacun. La loterie rapporta 10,000 livres. (Courtalon, t. 1, p. 216.)

s Recueil des lois françaises, t. XVllI (5 août 1661) et XX, p. 21 (12 octobre 1686).

Page 1