‹ Histoire générale de la Champagne et de la Brie depuis les temps les plus reculés jusqu'à la division de la province en départementsChapitre 6 sur 232 · SOULEVEMENT A REIMS · texte numérisé non relu

SOULEVEMENT A REIMS

Mais ce n'était pas assez pour la cour. Après que le roi, a pour « reconnaître les dispositions des peuples et les retenir dans « l'obéissance », eut envoyé en Champagne le sieur de l'Hospital, qui « fit peu de séjour « à Reims, Gondé crut devoir donner à cette ville un gouverneur particulier, dont 1' « authorité s'étendait sur les a villes de Reims, Rethel, Maizières, Rocroy etFismes^ », La Vieuville, investi de cette commission et sachant que le Parlement avait dans la ville un parti puissant avec lequel il entretenait une correspondance active, voulut mettre un terme à ce commerce de lettres, et, « dès le commencement de février », il fit apporter chez lui les valises des courriers et des messagers, et ouvrir en sa présence les lettres qu'elles renfermaient.

Ce procédé despotique blessa a la bourgeoisie, qui n'attendait « que le moment pour éclater ».

L'occasion s'en présenta le 1*" mars. On avait arrêté un courrier qui passait par la ville, et l'on avait ouvert sa valise. Le courrier « s'en plaignit, en fit grand bruit, et comme il pressait qu'on lui <( remit les dépèches, le marquis, par l'ordre duquel tout s'était « passé, lui parla avec hauteur et menaçait de le faire pendre ». L'affaire excite l'intérêt des bourgeois ; « le peuple y prend part », particulièrement les gens de métier fabriquant serges, razes, dont le commerce était alors suspendu. On s'attroupe devant le logis du marquis, on s'échauffe, on redemande à grands cris les paquets et lettres, et comme on n'obtenait rien, on « fonce » la porte et la foule se précipite en tumulte dans la maison. La Vicuville, qui allait se mettre à table, car il était environ midi, n'a que le temps

de Champagne et Picardie^ pour les inciter de se résoudre à pi'endre le bon par ty du Roy et du Parlement. Du doriziême février mil six cens quarante-neuf. Paris, chez François Prevvcray, 1649. In-4° de 7 pages. A la suite des Mémoires de Oudard Coquault, Appendice I, (. 11, p. 541.

' Fin janvier. — Reims « avait déjà un gouverneur dans la personne « de Henri d'Orléans-LonguevilIe, l*"" du nom, marquis de Rolhelin. 11 « avait été reçu en cette qualité, malgré les protestations du conseil, le « 14 janvier 1642 ; et le 19 janvier 1649, son tils avait obtenu des lettres « portant commission de le suppléer dans cette charge ». (Conclus, du 27 janvier.) — Oud. Coq., p. H, note 1. — Il reçut ensuite provisions, le 8 juin 16oO(A}T/t. a(^»/n/s<r. de Reims., Statuts, 11" vol., p. 463), après la niort de son père.

12 LA PROVINCR \)]i CHAMPAGiXK. m9.

de se réfugier au grenier, d'où il gagne, par le loit, celui de la maison voisine, « la(juelle appartenait au sieur Marlot )>. Mais il est aperçu, poursuivi dans ce nouvel asile, et trouvé dans la cave. On l'en tire ignominieusement, et on le traîne du bourg Saint-Denis jusque bien au-delà de la porte Cérès, en l'accablant d'outrages. Le lieutenant et quelques conseillers qui s'étaient attachés aux pas des mutins l'arrachent enfin, et non sans peine, à la mort ; ils le remettent à la garde du sieur de Montigny, gouverneur de Rethel, qu'ils rencontrent, comme il venait à Ueims assister à la nomination des députés aux états, et celui-ci, ayant fait monter le marquis à cheval, le conduit jusqu'à Islc-sur-Suippe.

Cependant, une fois déchaînée, la multitude poursuivait le cours de ses violences, pillant les maisons des financiers les plus opulents et recherchant leurs personnes. Il fallut en venir à la force pour la dissiper, et multiplier les corps de garde pour assurer la tranquillité de la nuit. Le lendemain, les rebelles reparaissaient, mais en suppliants, demandant du pain. On prit des mesures pour assurer la subsistance de ces malheureux; mais, en même temps, pour empêcher le retour du désordre, le conseil de ville fit pendre, le 3 mars, deux pauvres diables moins coupables que beaucoup d'autres, tout prêt d'ailleurs à aller plus loin pour peu que la Yieuvilleeùt désiré « plus grande satisfaction » ; mais le marquis, qui était allé se rétablira Saint-Martin d'Ablois, demanda lui-même aux députés du conseil la grâce de ceux qu'on aurait pu poursuivre. Le roi, de son côté, informé du tumulte et de la répression, félicite le corps de ville de sa conduite (4 mars), et, quelques jours après (11 mars), lui « envoie lettres d'abolition de ce qui s'estait passé contre le « marquis ^ ».

Il importait à la cour de se montrer indulgente. Le parlement avait accepté les offres d'alliance et de service que lui avait fait faire, en février ", le gouverneur des Pays-Bas, l'archiduc Léopold,

< Oud. Coq., p . 1:2 à 24. — Marlot, p. 576 à 578, et à l'Appendice n° 109, la lettre royale du 4.

2 Dès le 19 février (Id., p. M). Léopold Guillaume, qui fut évêque de Passau, de Strasbourg, d'Halberstadt, d'Olmutz et de Breslau, maître de rOrdre tculonique et abbé de Mourbach, gouverna les Pays-Bas de 1647 à 1656, et mourut en 1662.

1649. L'ARCHIDUC LÉOPOLD EiN CHAMPAGNE. 13

généralissime des armées du roi d'Espagne, et, dès le 6 mars, — la veille même du jour où le duc de Bouillon recevait du maréchal de Turenne, son frère, une lettre par laquelle ce vaillant capitaine, manquant à tous ses devoirs, offrait son armée « au parlement et « au public » contre Mazarin (7 mars), — l'avant-garde espagnole était à Crécy, où elle demeura douze jours, rassurant et surprenant les populations par sa discipline et sa douceur, car elle ne faisait aucun dégât, ne pillait point, payait ses vivres et voulait même que le paysan restât à sa charrue.

Le 20, elle est à Pont-à-Ver (Pontavert) et àBerry-au-Bac, toujours respectueuse du bien d'autrui, si bien qu'un bateau de Rouen étant alors arrivé pour Reims, l'ennemi, peu content d'acquitter le prix des denrées qu'il crut devoir en tirer, fit informer les propriétaires de la marchandise de venir la prendre en toute sûreté : ce qui fut fait « avec la mesme liberté qu'en une profonde paix », et ce qu'on n'eût point obtenu d'une armée française '.

La conduite des Espagnols était à la vérité calcul politique plutôt qu'affaire de mœurs. Les villes de la Champagne ne s'y laissent point prendre-, et chacun se tient sur ses gardes. On double à Troyes l'aumône générale pour en appliquer le produit à la réparation des fortifications ^ ; Reims, plus menacé, tient prêts ses canons et ses chaines, et fait faire le guet sur le clocher de Saint-Nicaise *. Fabert, peu content d'avoir assuré Sedan contre toute surprise, s'entend avec les gouverneurs des places voisines pour entraver par un concert d'action les desseins de l'ennemi, et fait imprimer et répandre dans la Champagne des bulletins de nouvelles destinés à rétablir la vérité, odieusement altérée dans les relations des frondeurs parisiens et de leurs partisans ^ Gondé, de son côté, s'empresse de détacher de son armée de Paris 3 ou 4,000 hommes et de les en-

« Oud. Coq., p. 23.

- 0(1(1. Coq., p. 16 : « Point de ville en Champagne ne se déclare pour « le Parlement ; chacun le voudrait, personne n'auserait, et chacun attend cf les progrez du Parlement ».

3 Boutiot, p. 384.

■* Conclus, des 20 et 21 mars.

5 Lettre de Fabert à Mazarin, du 28 février [Le maréchal de Fabert, t. 1, p. 311).

14 LA PHOVINCr: DE (^IIA.MPAGNK. 1649.

voyer à Fismes sous le commandement du mart'chal Praslin ' tandis qu'arrive de l'Alsace le baron à'Erlach, à la lùtc d'un corps de Suédois, de Polonais et d'Allemands-. Menacé d'ôtre pris entre les deux armées, l'archiduc quitte Ponl-à-Ver (22 mars) et va reprendre son poste de Crécy ; mais sa diversion a permis de ravitailler Paris, et les populations de la Champagne ne sont délivrées du voisinage d'un ennemi pacifique que pour fuir devant leurs libérateurs,

A la nouvelle de l'arrivée des troupes de Praslin, chacun déserte, « chacun desmeuble de Fisme et se sauve à Reims », la noblesse comme le bourgeois ; car « ces bonnes gens » ne respectent rien, ni le sexe ni l'âge ; c'est une « troupe de voleurs )> qui, à peine entrée dans Fismes, y « mect tout en proye ». ,>

Praslin, il est vrai, en apprenant que l'étranger a quitté son poste, fait de même le sien, les 24 et 2o mars, et va se loger à Cormicy et aux environs ; mais en changeant de quartier, ses troupes ne changent point de conduite, et à leur ordinaire pillent tout : le plus malheureux est « celui qui n'a pu sauver son faix ». Reims tremblait qu'elles ne voulussent établir garnison dans ses murs, et déjà s'apprêtait à leur fermer ses portes; mais Praslin se

' Maréchal depuis 1645, fait duc et pair en 1665, mort en 1673.

2 D'Erlach était Suisse d'origine, et depuis 1638 au service delà France, pour laquelle il combattit en Allemagne avec le duc Bernard de Saxe- Weymar. Appelé, à la mort de ce brave capitaine (1639), à prendre le commandement de son armée, il était venu (juin 16i-8) dans le duché de Luxembourg, sur l'appel deMazarin, qui méditait alors l'attaque de Montmédy ; puis, ce projet abandonné, il avait, après la journée de Lens, au succès de laquelle il eut la principale part, regagné ses quartiers d'Alsace et le gouvernement de Brisach, quand, en mars t649, un nouvel appel du cardinal le ramena en France, Mal payée, son armée avait pris des habitudes de pillage. Les excès qu'elle commit rendirent si odieux le nom d'Erlach, que celui-ci demeura dans la langue populaire pour désigner un homme brutal et dangereux, une sorte de loup-garou. D'Erlach valait cependant mieux que sa réputation ; nous savons aujourd'hui qu'il était le premier à gémir de l'indiscipline de ses troupes et de son impuissance à réprimer leurs brigandages. (V. Feillet, La Misère au, temps de la Fronde, p. 138-140). il mourut le 28 janvier 1630, à peine âgé de cinquantecinq ans.

1649. LE TRAITE DE SALNT-GERMAIN. lo

contente de requérir 30,000 rations de pain (27 mars) : on délibère et on se décide à refuser le pain ; menace d'assiéger la ville : on n'en a cure, et l'on gardera sa vie pour défendre sa liberté. Enfin le corps de ville, pour en finir, se résoud à donner (30 mars) « une « somme d'argent qui ne se sçait ' ».

Cependant le parlement, effrayé de l'exécution de Charles I*"", roi d'Angleterre (30 janvier 1649), et reconnaissant que la noblesse ne cherchait qu'à « perpétuer le désordre pour bouleverser l'Etat », était entré tout d'abord en négociation avec la cour, et après un premier accommodement - venait de conclure, le 1«'' avril, le traité de Saint-Germain ^. Mais la cour avait plutôt subi qu'imposé la paix. Les seigneurs, enhardis, après avoir « arraché quelque beau « lambeau des libéralités royales », ne s'en allèrent dans les provinces que pour y attiser le feu de la rébellion ; le parlement garda ses défiances ; la bourgeoisie continua ses injures et ses libelles contre Mazarin et la reine, et les séditieux, poussant l'audace jusqu'à proclamer le droit des peuples de faire la guerre à leurs rois *, fomentaient dans Paris l'esprit d'indépendance et de révolte. Le peuple, au reste, voulait partout respirer l'air de la liberté : les tailles n'étaient plus levées ou acquittées exactement ; les armées étaient sans solde, la maison du roi dans un état pitoyable, et la couronne réduite à mettre en gage une partie de ses joyaux ^.

Comment en une telle misère les pauvres paysans et laboureurs n'auraient-ils pas gémi, livrés qu'ils étaient à la brutalité d'une soldatesque affamée ? Plus de huit jours avant la conclusion du traité de Saint-Germain, on avait appris en Champagne l'arrivée d'Erlach dans les environs de Sainte-Menehould : le jour même de cette conclusion (l^"" avril), voici nouvelle qu'il est à Suippes avec « quatorze mille combattants, vingt-deux pièces de canon, et plus

< Oud. Coq., p. i2oà32.

2 Traité de Rueil, 12 mars.

3 La date du l^"" avril est celle de la vérification du traité, qui est luimême du 31 mars. — A la suite de ce traité, la cour vint résider à Compiègne (4 mai), et Mazarin (!27 mai] fit revenir ses nièces sous la garde d'une escorte. Le voyage se fit du l*"" au 3 juin.

* Mém. deM""» de M >tteville. Colloct. Michaul, I. XXIV, p. 278. 5 Id.,p. 284.

16 LA PHOVINCK ])!•: CHAMPAGNE. 1649.

« de mille chariots qui voiliirent incessamment en Lorraine tout ce « qu'ils prennent et dérobent S). Delà ses troupes se répandent comme un torrent dans le voisinage de Reims, à Prosnes, Sept-Saulx, et de l'autre côté de la Vesle, à Villers-Marmery, Verzy et Verzenay, dévastant tout sur leur passage et traitant inhumainement jusqu'à la noblesse, qui n'est « pas seulement pillée, mais dépouil- « lée, excédée et battue » . Toute la montagne se sauve comme elle peut à Reims -, où l'alarme est telle qu'on y résoud de ne point sonner les cloches le saint jour de Pâques (4 avril), et de faire à six heures du matin, au lieu de quatre heures, la procession de Notre-Dame, Les « pauvres laboureurs des faubourgs ne peuvent « plus aller aux champs qu'en troupe et l'arquebuse au dos^». Ceux du dehors qui se sont réfugiés à Reims avec leur bétail sont contraints de sortir chaque soir, pour aller, au risque de la vie, chercher les fourrages et l'herbe nécessaires à leurs malheureux troupeaux ; ils rentrent le matin à l'ouverture des portes. D'ailleurs, écrit d'Alincourt, « il y a fort peu de grains sur terre, et les Herlacs « commencent à les manger. Ces Allemands disent tout haut qu'on « leur a donné la Champagne en paye et en proye ; on ne peut pas « s'imaginer ce qui s'y passe et les cruautés que l'on y exerce * ». « C'est la tragédie du règne de l'ante-Ghrist », écrit de son côté Gervaise ^.

Un moment les « cruels barbares » se sont éloignés, et l'on commençait à respirer, quand, du l*^"" mai au 12, ils sont revenus à leur premiers postes ; de là nouvelle retraite à Reims des paysans du voisinage. Pour les habitants de la montagne, depuis Rilly jusques à Villers-Marmery, ils « tiennent les bois avec leur bétail ». Mais l'éloignement des populations n'a fait qu'aiguiser la rage du soldat étranger, et il ne se passe pas de jour qu'il ne commette d'horribles

* La Champagne désolée par l'armée d'Erlach (Paris, 1649, petit iQ-4° de huit pages). V. Mém. d'Oud. Coq., Appendice XII.

« Oud. Coq., p. 33.

Ud.,p. 44.

* Lettre du 6 mai [La Champagne désolée par V armée d'Erlach, 1649]. 5 Lettre du 6 mai, ihid. — Les prêtres paraissent être un des principaux

objets de leurs fureurs. Un de leurs jeux est de les dépouiller, et de leur attacher des chats sur le dos et sur le ventre.

1649. LE FAUX-SAUNAGE. 17

excès par incendies, meurtres ', violemenls, profanation des églises et sacrilèges accompagnés de «blasphèmes exécrables». On ne peut songer à venger de tels forfaits, qu'en s'exposant soi-même aux plus terribles vengeances : ainsi Prunay, Beaumont, Saint-Liénard sont livrés aux flammes. On conçoit qu'en ces circonstances la foire de Couture n'ait pu s'ouvrir à Pâques ; remise au lendemain des fêles de la Pentecôte, elle n'en fut pas meilleure ^

Enfin le torrent s'est écoulé en Picardie, pour aller grossir l'armée du roi qui opère contre l'Espagnol ; « on n'y pense plus », pas plus qu' « on ne s'informe sy le voisin souffre ». Maison n'est pas pour cela sur un lit de roses. Les gouverneurs des places frontières de l'un et de l'autre parti s'entendent entre eux pour faire des courses, « sous prétexte de guerre », les Français sur les terres espagnoles, les Espagnols en France, et pour mettre à contribution les communes. Ils en auront de part et d'autre 100 à 120, ainsi frappées d'une double taille : à ce prix, les pauvresgens sont libres ; sinon, malheur à eux, si « le Iroupeau de vaches ou de moutons, les chevaux du « général ou du particulier » sont surpris : c< tout est de bonne « prise, même les hommes et garçons au-dessus de dix-huit à vingt « ans, qu'on rançonne durement, et que menacent la prison et la « servitude, s'ils ne sont rachetés. Ainsi en est-il jusques à la (( rivière d'Aixne, à commencer à Montois et aux environs pour « ceulx de Luxembourg, et tout le long jusques au Neufchàtel pour « ceulx de Mons et Landrecy ^ ». Ne faut-il pas que « ces écornif leurs « de guerriers » fassent leur fortune ?

D'un autre côté, l'anarchie, en entravant la perception des impôts, avait mis le désordre dans les finances. La vente du sel, en particulier, qui constituait un des principaux revenus publics, avait,

' Oud. Coq,, p. S?t : « Le nombre des mciirlrcs commis en ce pays « depuis la rivière d'Aixne jusques icy va, de la façon qu'on en parle, à « cent cinquante personnes innocentes ».

- Oud. Go({., p. 52-6^. 11 y avait alors à Ay et Louvois uu autre corps d'Allemands conmiandé par un certain colonel Binel, (jui battait la campagne, tandis que le régiment de Conti occupait FaveroUes et Villedommangc. C'est sans doute sous la menace de la visite de cette soldatesque ([ue les dames d'Avenay se relirèrenl en leur prieuré de Cliâlons ou dans leurs maisons de Reims.

5 Oud. Co([.. p. (J9 et 70.

18 LA PROVLXCh: 1)H CIlAMPAGMi. 1649.

dès 1646, diminué on Champagne « de plus de la moitié », par la contrebande qu'en faisaient « à main armée les gens de guerre de a toutes conditions, les gentilshommes et la plupart des liabitants « des frontières ^ ». En 1649, on ne vend plus de sel, tout le commerce s'en fait par faux-saunage ; ces « méventes » ruinent, avec le trésor, les renies de l'Hôtel de Ville de Paris établies sur la ferme des Gabelles. Afin de remédier au désordre, le roi lève quatre cents hommes à cheval « pour courre sus aux faux-sauniers, visiter « les villes, châteaux, places » ; il institue deux conseillers des aides comme commissaires pour se transporter à la tête de ces cavaliers partout oîi besoin sera et faire le procès aux coupables « souverai- « nement et en dernier ressort », s'en saisir, même par le canon, mines et autres moyens qu'ils jugeront nécessaires ^. Le 4 novembre, la Gazette apprenait que 120 contrebandiers de la Capelle et d'Hirson, s'étant retirés avec du sel près de Château-Thierry, avaient été attaqués dans les trois maisons où ils s'étaient retranchés, et qu'après six heures de résistance, ils avaient dû se rendre contraints par le feu : soixante chevaux, quatre-vingts minots de sel avaient été saisis, et vingt-six prisonniers devaient être fustigés, envoyés aux galères ou pendus^ Il faudra, bon gré, mal gré, acheter le sel du fisc, qui le vend au « poids de l'or », et achever de se ruiner pour ne point tomber sous la main des fermiers.

Pour comble de misère, a le seigle est monté à dix livres et plus, « le froment jusques à 17 livres», et la vigne n'a pas répondu aux espérances qu'elle avait données, outre que le vin, « à cause de la « guerre », n'a pu sortir librement pour les Pays-Bas qui l'achètent. Aussi la ruine du vigneron est-elle complète et celle de ses créanciers ; car la vente de toute la montagne de Reims, avec tout ce qui en dépend de bâtiments, ne suffirait pas à payer les dettes de ses habitants *. Tel est l'état misérable du pays rémois et du nord de la Champagne.

Cependant, grâce à l'accord de Condé avec Mazarin, le roi est

' Ordonnance du lo octobre 1646, ap. Feillet, La Misère au temps de la Fronde, p. 6o de l'édit. iii-i2.

2 Ordonn. du 6 juillet 1649, indiquée par Feillet, p. 162.

3 Gazette de France, n° 133, ann. 1649. * Oud. Coq., p. 73, 74.

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