‹ Histoire générale de la Champagne et de la Brie depuis les temps les plus reculés jusqu'à la division de la province en départementsChapitre 53 sur 232 · PERNICIEUX EXEMPLE QU'ELLE DONNE · texte numérisé non relu

PERNICIEUX EXEMPLE QU'ELLE DONNE

détachement de 5 à 6,000 cavaliers commandés par M. de Coigni, et Growestein ne l'ignorait pas ; mais le détachement semblait prendre son temps, et ne devait arriver à Sainte-Menehould que plusieurs jours après le passage du major hollandais. Celui-ci s'était hâté de gagner la Lorraine, et le 16 juin il entrait dans le pays messin, où il allait échouer devant Metz. Ce fut pour les otages de Sainte-Menehould une occasion favorable de s'évader, et ils la saisirent heureusement. Mais à peine étaient-ils de retour qu'une lettre de Growestein venait les réclamer, en leur indiquant pour lieu de rendez-vous la ville de Douai. Ils hésitèrent naturellement à partir, mais Growestein menaçait de revenir : sur l'ordre de l'intendant, M. Lescalopier, qui leur remit des passeports, ils se décidèrent à se rendre à Guise, d'où une escorte devait les conduire à Douai. Ils n'allèrent point jusque-là, et rentrèrent à Sainte-Menehould le 9 août : Villars venait de sauver la France à Denain, et l'on n'entendit plus parler de Growestein ni de ses contributions ' . Mais le souvenir de son excursion ne devait point périr. Comme elle avait frappé de stupeur une province dont les victoires et la politique jalouse du grand roi avaient facilement déshabitué les populations du soin de se protéger, et qu'on avait presque autant souffert de l'humiliation d'une telle surprise de l'ennemi que des excès auxquels il s'était livré, on garda de Growestein une mémoire odieuse, et les anciens des bords de la Suippe ou de l'Aisne plus d'une fois épouvantèrent l'imagination de leurs enfants du récit, devenu bientôt légendaire, des exploits de Vogi-e hollandais.

Le succès de son invasion fut du reste d'un pernicieux exemple, et l'on vit à sa suite bon nombre de gens sans aveu, parfois même des gentilshommes campagnards, désoler la province par leurs brigandages. « Il me semblait, dit Valentin Duval, témoin des souf- « frances et des effrois du paysan, que rien n'était plus facile que « de réprimer de pareilles invasions. — Que ne portez-vous vos « plaintes au roi ? disais-je aux Victimes ; vous êtes ses sujets ; il « doit vous défendre et empêcher qu'on ne vous persécute, ou plu- « tôt, en prévenant ses volontés, que ne marchez-vous en corps « contre ces pirates pour les exterminer et les brûler dans leur « retraite ? Mais la gente rustique, accoutumée à èlre harcelée, se

< Buirelle, ibid.. p. 38iJ à 388.

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« contentait de déplorer son sort ot d'admirer la vivacité de mon « ressentiment, sans se nifttre en peine de prolitcr de mes con- « seils ' )). D('s l'année 1(587, le Bureau des finances de Ghâlons, pour garantir la sûreté des voyageurs et fournir d(; bois les malheureux, avait fixé la largeur des grands chemins à 40 pieds, celle des chemins de traverse, de village à village, à 30, et prescrit d'arracher les haies, arbres, épines, etc. Mais les paysans s'étaient portés à ces destructions avec un tel désordre, que le contrôleur général avait dû intervenir: « On ne peut trop soulager les peuples, « écrivait-il le 2'i mai et le 7 juin ; aussi on ne peut trop apporter « de prudence et de précaution pour ne les pas rendre trop audace cieux. Les suites en sont dangereuses- », Toutefois les vols et les assassinats qui se commettaient, en particulier aux alentours de la côte de Biesme, avaient, en 1704, amené l'administration à en faire élargir le chemin, couper et essarter les bois. Mais, en repoussant, ceux-ci formèrent un épais taillis qui rendit bientôt le passage encore plus dangereux qu'auparavant : il fallut, sur un arrêt du conseil d'Etat du roi, du 6 mars 1714. renouveler l'opération, en ayant soin de déraciner les bois et de combler les trous creusés par ce travail ^ .

Cette dernière date était précisément celle où le traité de Rastadt fait avec l'Autriche, et bientôt suivi de celui de Bade avec l'Empire (7 septembre), venait compléter le traité d'Utrecht (Il avril 1713). La paix fut natuiellement accueillie par de grandes manifestations d'allégresse : Te Deum, feux de joie la célébrèrent à l'envi, et toutes les classes de la société s'y associèrent sans réserve. 11 n'y eut pas, à Sainte-Menehould, jusqu'aux PP. Capucins qui ne voulussent se distinguer en donnant un très beau feu d'artifice. C'était le premier qu'on eût vu dans cette ville (31 décembre 1714).

Huit mois après (l'^'" septembre 1715), Louis XIV descendait dans la tombe. *

1 Mèm. man. de Duval (Bibliothèque de l'Arsenal, H. F,, iu-4°, n° 886, f° 21).

2 Corresp. des Contrôleurs généraux avec les Intendants, p. 103. "^ Buirelle, ibid., p. 389.

Après ce que nous avons dit plus haut du rôle et des attributions des gouverneurs de provinces, reprenons d'abord et continuons la liste de ceux de la Champagne.

A Charles de Gonzague, qui quitta la France en 1627, succèdent :

François de Gonzague, qui, reçu dès 1618 en survivance au gouvernement de Champagne, succéda, en 1628, à son père et mourut en 1631 ;

Louis de Bourbon, comte de Soissons, en 1631 ;

Le comte de Hallier, le 23 avril 1643 ^ . Il fut fait en même temps maréchal do France, et connu dès lors sous le nom de maréchal de L'Hospital ;

Louis de Bourbon, duc d'Enghien, le 16 mai 1644. Le maréchal de L'Hospital, en se démettant de sa charge en faveur de ce prince, reçut du roi, à titre de compensation, la qualité de lieutenant général de la province de Champagne (14 septembre)-, qui devait être supprimée à sa mort, survenue le 20 avril 1660 ;

Armand de Bourbon, prince de Conti, qui succède à son frère le 10 janvier 1647. Dépossédé en janvier 1649, rétabli à la suite du traité de Saint-Germain, 1" avril 1649 ; arrêté le 18 janvier 16S0, rétabli le 22 février 1654, il fut, pendant ses absences, suppléé par L'Hospital ;

Le prince Eugène-Maurice de Savoye-^, comte de Soissons, le 25 juin 1660, lequel fait son entrée solennelle àChâlons le 7 septembre 1663, et à Reims le 12^;

Louis-Victor de Rochechouart, duc de Vivonne, maréchal de France et général des galères, 14 janvier 1674^ .

' V. René Bourgeois.

^Arch. départ, de la Marne, G 2500, f° 114,

3 Et non, connue dit Bantjicr, Thomas de Savoye, son père».

■* Ond. Coij., p. 438, et René Bourgeois. — M. Cli. Lori(|uol a fait sous le tl(r(ï : Un gnnverneitr de province au XVII^ sirclc, un rècil fort inlércssanl dos diverses entrées du comte de Soissons à Reims.

^ V. sa, nominal ion aux Arc/dves départementales de la Marne, G 250^, f° 70.

François-Henri de Montmorency, duc de Luxembourg et de Pincy, maréchal de France, le i^îj septembre 1G88 ;

Le prince de Soubisc, de la maison de Hohan, le 19 octobre 1691, et le prince Hcrcule-Mériadec de Rohan, son fils, qui obtint du roi, le 9 novembre 1693, le gouvernement sur la démission qu'en donna son père en sa faveur * .

De toutes les places fortes dont la Champagne était autrefois en quelque sorte couverte, il ne restait plus que celles de Mézières, Rocroy et Sedan, dont le génie de Yauban accrut encore les fortifications. Mais les anciennes n'en conservèrent pas moins, les unes, comme Sainte-Menehould et Vitry, le gouverneur et l'état-major dont elles jouissaient auparavant ; les autres, le seul gouverneur qu'elles possédaient, comme Châlons, Troyes, Langres, Ghaumont, Saint-Dizier, Epernay, Bar-sur-Aube, Sézanne, Fismes, Yassy, Stenay, Château-Porcien et Vaucouleurs. Nous voyons même que l'entretien des murailles de quelques-unes de ces villes, de Langres, de Châlons, de Stenay par exemple, fut de la part de Colbert l'objet d'une sollicitude très vive et d'ordres multipliés ^ . Le trésor de l'Etat et les octrois des villes concouraient à couvrir les dépenses. Quant aux ouvrages, tantôt c'était le soldat qui en était chargé moyennant une certaine solde ; tantôt le paysan, indemnisé de sa corvée, selon les circonstances, soit par un pain de munition, soit par une paye régulière, comme il arriva à ceux qui, en 1676, furent

^ Baugier, Mém. hist. de Chaynimgne, t. Il, p. 249 à 251. II se trompe en assignant au 7 novembre la nomination du prince de Rohan ; on peut voir à ce sujet la lettre du roi au conseil de ville de Châlons, transcrite aux conclusions de ce conseil. — On sait que c'est Baugier qui rédigea le Mémoire de l'intendant Larcher, et que ses Mémoires historiques en sont la reproduction ou le développement. (V. la préface de ces mémoires . )

2 Clément, Eist. de Colbert, t. II, édit. in-12, p. 186, 191. « Une lettre « du 4 mai 1669 prescrit au directeur des places de Champagne et de « Picardie de surveiller les adjudications et les devis. Il doit aussi être « attentif aux friponneries des entrepreneurs, n'employer que des gens « intelligents et d'une fidélité éprouvée, être accessible à tous, particuliè- « rement aux officiers chargés de la défense des places, exiger des plans « uniformes et orientés de toutes celles qu'il visitera ». (Id., p. 193.)

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