‹ Histoire générale de la Champagne et de la Brie depuis les temps les plus reculés jusqu'à la division de la province en départementsChapitre 54 sur 232 · PLACES FORTES ET TRAVAUX DE FORTIFICATION · texte numérisé non relu

PLACES FORTES ET TRAVAUX DE FORTIFICATION

employés aux fortifications de Stenay, moyennant 12 sous par jour ; tantôt des ouvriers libres, que Colbert préférait à la corvée, « parce « que cette manière de travailler était fort à charge aux peuples et « avançait médiocrement les travaux. II n'était en effet point de « paye capable de retenir les corvéables, quand arrivait la mois- « son : ils désertaient alors en masse, quoi qu'il pût arriver' ».

Reims n'avait pas de gouverneur, mais seulement un capitaine des portes commandant pour le roi, depuis l'édit du mois d'août 1696, qui avait créé des gouverneurs héréditaires dans toutes les villes « dont les gouverneurs n'avaient point d'appointements dans « l'Etat du Roy ». Celle-ci n'avait pas manqué de racheter la charge, et elle continuait d'être maîtresse chez elle. Aussi l'entretien de ses fortifications, désormais d'ailleurs assez inutiles, lui incombait-il entièrement "^ Elle y convoquait les habitants, comme elle fit en 16o0 ; mais, quand l'urgence n'y était ou ne semblait y être, ce l'un y envoyait un homme, l'autre un enfant, l'autre une c( servante, et l'autre y venait en personne, de sorte que l'un faisait « beaucoup et l'autre rien...; pourquoi... Messieurs du conseil de « ville y mettaient des pauvres gens qui y allaient volontai- « rement pour gagner six sols par jour ^ ». « Le seul entretien des a ponts et fortifications» était en ce môme temps, pour Reims, « de c( plus de quarante mille livres par an », charge énorme, et qui, pour le remarquer en passant, pèse d'autant plus au cœur de notre chroniqueur rémois, que les religieux et les religieuses, qui « sont, « dit-il, à la protection de nous et de nos remparts..., ne paient « rien ny de toute aultrc chose ■'' ».

' Clt'iineul, ibid.

^ « Nous les entretenons à nos clespends », dit 0. Coq., p. 99.

^Oud. Coq., t. l^"", p. 134. — On avait autcefois requis jusqu'aux paysans, comme le témoigne, entre autres, la conclusion du conseil du 5 août 1537, constatant qu'il est difficile de faire travailler les habitants par corvées, « comme y travaillent déjà ceux des villages », et décidant qu'il sera donné 12 d. par jour aux gens des villages qui travaillent à corvées, et (|u'on loiiora 20 deniers ceux qui voudront travailler ])our ceux de la ville. [Aï-ch. de Reims, Statuts, i. l"-''", p. 887.) Les reiiqvvris des places fortes n'étaient-ils pas pour le paysan uu abri, un refuge ?

*0. Coq,, p. 99.

Ce qu'étaient les armées avant l'avènement des Colbert et des Louvois au minislrre, ou a déjà pu en ju{,'er par l'exposé des faits militaires. Mais il faut encore entendre sur ce sujet les lamentations d'Oudart Coquault en HVtd. Les violences de l'armée de Condé sont telles que personne ne peut se flatter d'avoir du pain ; car ce prince, « quoiqu'il ait toutes les finances de l'Etat à sa dévotion, ne paie « personne », donnant à ses gens pour paiement « toute licence de « voler soit sur les grands chemins, soit sur leurs hôtes ; permisce sion de prendre tous chevaux, vaches, bétail, grain, vin ; et tel de « ces pendards a enlevé d'un logis de son hôte une cuvée de vin a entière et Ta fait conduire en sa maison publiquement comme « s'il l'eût acheté ». De tous leurs excès d'ailleurs « point de (( justice, et qui la veut avoir la faut faire soi-même, et pour « ce faire, faut avoir la force ». Ils ont « carte blanche de loger « partout, et des blancs signés pour remplir tel village que bon leur « semble ». Ils ne le quitteront point qu'ils n'aient, selon son importance, extorqué des habitants vingt, trente, quarante ou cinquante pistoles plus ou moins, ce qui n'empêche pas les particuliers qui les ont en leur logis de leur donner encore, pour éviter tout vol au départ, a deux, trois ou quatre pistoles selon qu'ils ont gros « ménage ». Le régiment est à peine parti, que souvent un autre survient; à cette vue, le pauvre villageois sort, emportant ce qu'il peut ; il s'en va de village en village, de château en château ou dans les villes, pour sauver sa vie et son chétif avoir '.

Mais Condé n'est pas seul coupable. Les autres généraux ou chefs de corps ne se comportent pas mieux, ainsi que nous l'avons vu en plus d'un endroit et que l'éprouva particulièrement, en 1654, le sieur Langlois. De la Mothe, lieutenant et aide-major du régiment de Gesvre, était venu se loger à Chevigny sans ordre, et, sommé par Langlois de se retirer, s'y refusait obstinément, si bien que Langlois dut lui céder la place. A peine celui-ci a-t-il quitté Chevigny que de la Mothe vient avec plusieurs cavaliers devant sa maison : il fait sonner la charge avec trompette et tymbale, ni plus ni moins qne s'il s'agissait d'attaquer une forteresse ennemie, et faisant irruption dans la maison, il la met à sac -. Tous

' 0. Coq., p. 2 et sq.

^ Arch. départ, de la Marne, G 2113.

Page 1