‹ Histoire générale de la Champagne et de la Brie depuis les temps les plus reculés jusqu'à la division de la province en départementsChapitre 56 sur 232 · LE CASERNEMENT COMMENCE A S'ETABLIR · texte numérisé non relu

LE CASERNEMENT COMMENCE A S'ETABLIR

pour le soldat ' , se comprend assez par les insultes auxquelles ils étaient exposés.

Des casernes eussent bien soulagé le peuple. Le roi en fit construire à Paris en 1692, et il semblait que son ordonnance du 14 juillet dût porter les villes à l'imiter ; mais le casernement répugnait au soldat, et l'institution ne s'introduisit en Champagne que dans les premières années du règne de Louis XV ; encore ne l'appliquat-on d'abord qu'aux recrues - . Toutefois nous voyons, dès 1692, Châlons adopter dans une certaine mesure les vues du gouvernement ; car, le 23 août, le nouveau procureur du roi représente au conseil que, depuis qu'il a ouvert une maison aux gens de guerre do passage, « les pauvres gens sont bien soulagés, parce qu'ils ne « logent plus si souvent » ; et comme il ajoute que « les autres « habitants le seraient également, si on avait quelques chambres « distinctes des autres pour les officiers, et une écurie pour leurs (( chevaux », le conseil s'empresse de déférer au vœu qui lui est exprimée Ainsi la ville de Reims paraît-elle avoir ouvert, dès 1691, une caserne au profit de ceux qui, à cause de leur grand âge, de leurs infirmités, ou pour tout autre motif valable, ne pouvaient recevoir les soldats chez eux. Le concierge de la caserne fournissait le bois, la chandelle, etc., etc., et on lui allouait deux sols 6 deniers par soldat \ Le casernement ne devait recevoir un caractère général et obligatoire qu'au commencement du XYIII^ siècle, sans cependant que les ordonnances de 1716 et 1719 eussent la vertu d'y contraindre toutes les villes désignées pour recevoir des casernes.

A la veille de la guerre si coûteuse de 1689, le roi, faisant de nouvelles levées, avait fait écrire aux intendants de chercher des gentilshommes ou des officiers sans emploi pour recruter des compagnies. « Sa Majesté donne, dit un Intendant, cinq mille « deux cent cinquante livres pour mettre sur pied une compagnie « de trente cinq maîtres (cavalerie) et, pour mettre une compa- « gnie d'infanterie de quarante-cinq soldats, neuf cents livres

' Février 1667.

- Arch. Icgisl. de Reims, Statuts, 1. 111, p. 16;^.

•* Conclus, du Conseil.

* Arch. Jègisl. de Reims, Statuts, t. l"'", p. 460.

160 LA PROVlNChl DE CHAMPAGNE.

« et les armes. C'est co que m'a «'crit M. do Louvois, le 31 « août 1688 i«.

Mais la gravilr de la situation commandait de nouveaux ei'i'orts. Il ne sullit nirmc pas de convoquer le ban etl'arriôre-ban, composés des nobles et des possesseurs de fiels en état de porter les armes. La noblesse ne se souciait plus de guerroyer et n'avait cure des mandements du roi. En 1()74, sur deux cent quatre-vingts possesseurs de fiefs, convoqués dans le bailliage de Troyes, quarantequatre seulement avaient jugé bon de répondre à son appel ; en 1675 il n'en était venu que vingt-quatre. Comme au XVI" siècle déjà, ils invoquaient leur âge, la maladie, la gêne, ou les fonctions qui les exemptaient, et les privilèges des villes dont ils étaient bourgeois. Se décidaient-ils à partir, trop souvent mal exercés, et aussi peu disciplinés qu'aguerris, les cavaliers de l'arrière-ban surtout, en se montrant plus empressés de regagner leurs châteaux - que d'en sacrifier les douceurs, nuisaient plus à l'armée qu'ils ne lui étaient utiles. Aussi l'appel de la noblesse n'était-il, la plupart du temps, qu'un moyen d'en tirer de l'argent, et voyons-nous que les taxes prélevées sur elle dans le bailliage de Troyes s'élevèrent, en 1692, à la somme de 10,106 livres^. Elles devaient partir cependant, le 20 juin 1690, sous le commandement du bailli de Troyes, M. Largentier de Chapelaine, à qui revenait cet honneur ; mais combien étaientils? 29. Il importait de créer à l'armée des ressources plus assurées. Louvois fit appel, en 1688, aux roturiers des campagnes. Les milices urbaines se mouraient, elles étaient mortes : il établit

1 Journ. de Foucault, ap. Chéruel, p. 368. « Au mois de décembre 1668, « le roi a mis à 40 maîtres les compagnies de cavalerie et de dragons. ».

2 Une lettre du roi du 7 octobre 1655 au conseil de ville de Châlons lui prescrivait, pour arrêter les désertions de la noblesse, de veiller sur ceux qui passent, d'arrêter ceux qui quittent l'armée sans congé, de leur prendre leurs chevaux et leurs armes pour être confiés à la garde d'un notable bourgeois, et de donner leur argent et équipement à ceux qui les auraient arrêtés [Arch. de la ville déposées à la bibliothèque de Châlons).

3 Boutiot, p. 460. — Le vieux guidon de la noblesse de Champagne, déposé dans l'église collégiale de Saint-Etienne à Troyes, était, paraît-il, composé de deux pièces de damas, l'un bleu aux armes de France, l'autre rouge à celles de Champagne

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