LUTTES ENTRE LES VILLES ET LES OFFICIERS ROYAUX
seigneuriale, celle-ci sur la justice des maires. Nous avons vu la lutte que l'échevinagc de Reims eut à soutenir contre le bailliage de la duché-pairie et d'où il sortit amoindri. A Chàlons, l'échevinage, dont la justice était composée d'un prévôt, de sept échevins, d'un procureur fiscal et d'un greffier, connaissait seul, depuis un temps immémorial, « des cas civils, personnels, réels, criminels et ({ de police entre toutes sortes de personnes, à l'exception de ceux « du domaine de l'évêché », quand Jean V'' lui intenta plusieurs procès sur le fait de sa juridiction. Une sentence arbitrale du mois de juin 1288 confirma les franchises de l'échevinagc, mais Tévêque n'en revint pas moins, quelques années après, à l'attaque, et la ville, qui avait intérêt à s'assurer la jouissance de ses privilèges, dut, pour obtenir une nouvelle ratification de la sentence, donner à Jean une somme de*deux mille livres. Toutefois le temps devait favoriser de nouvelles entreprises du bailliage, et celui-ci en vint à dérober aux échevins la juridiction sur les arts et métiers, qui est, sans contredit, remarque Baugier, une partie des plus importantes et des plus essentielles de la police.
Les officiers de la justice de l'échevinagc recevaient tous leurs provisions de l'évêque ; mais, tandis qu'il appartenait au prélat de nommer le prévôt, le procureur fiscal et le greffier, si l'un des échevins venait à mourir ou à donner sa démission, les survivants avaient le droit d'en choisir un autre, qu'ils présentaient ensuite à l'évêque, pour que celui-ci lui conférât ses pouvoirs et reçût son serment. Bien plus, ces échevins n'avaient point à solliciter une nouvelle investiture des nouveaux évoques, pas plus que les officiers royaux d'un nouveau roi. C'était, au contraire, le premier échevin qui, à la tête du corps entier, recevait le serment du nouveau prélat. A Langres, le bailliage de la duché-pairie partageait avec la ville la connaissance des faits de police, et les jugeait conjointement avec quatre habitants élus.
Les villes ne tenaient pas seulement à leurs justices comme à un patrimoine qu'il est naturel d'avoir à cœur de conserver, comme à une précieuse liberté dont il devait leur être dur de se voir dépouillées; elles y tenaient encore, surtout au milieu des cruelles épreuves de la vie et des étranges procédés financiers de la royauté, parce qu'elles leur coûtaient moins cher et qu'elles étaient plus expéditives ; moins d'officiers et d'abus, moins de
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délais et de frais, c'élaicnt là pour elles des avantages d'un prix inestimable ^
Mais plus le pouvoir royal grandissait, plus le corps judiciaire se montrait entreprenant et mettait d'ardeur à disputer aux municipalités « des vains honneurs du pas le frivole avantage. » Bientôt, à Troyes par exemple, il ne lui suffit plus d'avoir obtenu par arrêt du j)arlement (2(5 avril 1580) que quatre chaises à la droite du chœur lui seraient réservées dans les cérémonies publiques, et que le maire et le premier échevin occuperaient deux hautes chaises de gauche. Il en vint à faire publier dans les rues et places publiques la célébration de certaines cérémonies religieuses, comme celle du vœu de Louis XIII, et à indiquer les reliques et le luminaire qui y seraient pt)rtés ; puis à fixer le commencement des offices, à occuper et à garder les portes du chœur pendant le service, contrairement à l'usage et aux droits du chapitre.
De telles prétentions, jointes à celle de ne point laisser les représentants de la ville prendre place au chœur avant son arrivée, devaient unir dans une même résistance l'autorité religieuse et le corps municipal. Aussi vit-on le chapitre, aux vigiles du service funèbre de Louis XIII (24 mai 1643), s'empresser, quand ils se présentèrent, de faire ouvrir au maire et au premier échevin les portes du chœur ; mais le lieutenant général avait fait occuper celles-ci par des sergents, et même introduit dans le chœur d'autres sergents avec un trompette, sonnant de son retentissant instrument ; la milice bourgeoise dut forcer les entrées, et l'un des sergents du bailliage fut tellement battu, qu'il faillit perdre la vie.
Pour prévenir des luttes aussi regrettables, le chapitre prend alors la résolution de ne plus souffrir dans le chœur aucune autre autorité que la sienne : le corps de ville même en sera exclu. C'était risquer cette fois d'avoir à combattre les deux corps habituellement rivaux, et ce fut ce qui arriva, en 1645, le jour de l'ouverture du jubilé (1^'' avril). Au retour de la procession, à peine rentrés au chœur avec l'évêque. M-'' Mallier, les chanoines en font fermer la grande porte ; mais elle est forcée, et les places autrefois réservées à l'échevinage et au baillage emportées d'assaut, non sans un scan-
' Voir plus haut (p. HO) la tactique do la ville de Reims dans sa lutte avec l'archevêque.