‹ Histoire générale de la Champagne et de la Brie depuis les temps les plus reculés jusqu'à la division de la province en départementsChapitre 7 sur 232 · ARRESTATION DE CONDÉ. — TURENNE A STENAY · texte numérisé non relu

ARRESTATION DE CONDÉ. — TURENNE A STENAY

rentré, le 18 août, à Paris, aux acclamations des habitants, « exces- « sifs en leur joie comme... en leur inconstance ' )>. Mais Condé, enivré des flatteries d'une noblesse frivole ^, et séduit parla duchesse de Longueville, sa sœur, qui le berce des plus ambitieuses illusions, ne met plus de bornes à son avidité. Il avait demandé l'amirauté, et on lui avait donné Stenay en échange^; peu satisfait, il tyrannise le gouvernement dans l'intérêt de ses amis comme dans le sien propre ; il entend qu'on ne donne aucun emploi sans son consentement, et insulte brutalement Mazarin et la régente elle-même.

Ses emportements, ses hauteurs n'aboutissent qu'à rapprocher de la cour la Fronde parlementaire. Certain de la neutralité de la magistrature, Mazarin se décide à frapper un grand coup. Le 18 janvier 1650, Condé est arrêté avec le prince de Conti, son frère, et le duc de Longueville, leur beau-frère. M. de la Vieuville et le roi en ont donné avis à la province de Champagne : « De dire la « joie du peuple... est inutile ». Il n'y a point eu de réjouissance publique, le temps ne le permettait pas : « mais chacun privéraent « a remercié Dieu de ce coup » : ce « boutte-feux », ce « corsaire », qui faisait notre mal, est donc désormais réduit à l'impuissance de nuire ; la Champagne va pouvoir enfin respirer ! Espoir trompeur ! la captivité des princes a, dès la fin de janvier, provoqué dans le Bassigny des rassemblements de leurs partisans qui battent le pays, en y commettant mille indignes pillcries ; ils ne se retirent, pour gagner la Bourgogne (11 février), qu'en apprenant la publication à Langres (10 février) d'un ordre royal de leur courir sus *.

D'un autre côté, tandis que le roi est descendu en Bourgogne pour y contraindre à l'obéissance le gouverneur de Bellegarde ^, Turenne, qui, après l'arrestation de Condé, avait couru s'enfermer dans Stenay, s'y est fortifié ". De là, il frappe de réquisitions de vivres et

1 Oiid. Coq., p. G8.

2 De jeunes seigneurs surnommés les jietits-maîtres.

3 Mémoires de Va duchesse de Nemours.

* Journal de Cl. Macheret, p. 27, et sq.

^ Partisan du prince de Condé, gouverneur de Bourgogne.

'' Mazarin eûl bien voulu l'avoir entre les mains : il eût donné pour « un « coup si important à l'Etat telle somme d'argent ou telle récompense » (pi'on eût voulue; ainsi eu écrivait-il àFabert le 23 février. {Le maréchal de Fabert,[. 1", p. 329.)

ao LA PROVINCE DE CHAMPAGNE. icso.

d'argent tout le pays qui s'étend jusqu'à l'Aisne. 11 a, pour le seconder dans CCS exploits, des rrgimcnis wallons et allemands que l'Espagne lui a prêtés et dont Jont paitie des Croates d'une cruauté inouïe ; car « un de leurs plus grands plaisirs », écrit Fabert le 20 mars, « est celui de brûler les enfants dans les maisons où ils « mettent le l'eu ' ». Bientôt (;20 avril), ïurenne et M""^ de Longueville oseront traiter, dans la ville de Marche, avec l'Espagnol sous l'obligation réciproque de ne point s'accommoder, que les princes n'aient recouvré la liberté, et que l'on n'ait établi « une paix juste, « égale et sûre entre les deux couronnes ^ ».

Mais le roi revient victorieux de sa campagne, dans laquelle Langres l'a particulièrement soutenu de son artillerie et de ses prières^. Il est à Troyes, le 28 avril, où, reçu magnifiquement avec la reine, il demeure jusqu'au 30 * : de là il se rend à Paris et y rentre le 2 mai. Le 16, après que Turenne eut osé renvoyer au roi le bâton de maréchal de France, que lui avaient valu ses victoires et sa fidélité passée, la cour faisait enregistrer au Parlement une déclaration de lèse-majesté contre la duchesse de Longueville, les ducs de Bouillon et de la Rochefoucauld, et le maréchal de Turenne. La lutte allait recommencer, et cette fois elle devait avoir pour théâtre la Champagne, où déjà elle a ramené les bandes d'Erlach.

1 Le maréchal de Fabert, t. 1", p. 33L

2 L'Espagne devait fournir à Turenne 200,000 écus pour la levée des troupes, 300,000 pour leur entretien, et 6,000 1. par an à partager entre le maréchal, M™* de Longueville et leurs principaux adhérents. Elle s'engageait en outre à placer sous les ordres de Turenne o,000 Espagnols, dont 3,000 de cavalerie.

3 L'évêque avait ordonné, le 7 mars, « prière générale de quarante « heures en toutes les églises de la ville ». — Le 26, on envoya à Bellegarde plusieurs pièces de canon, dont quatre de batterie et un mortier. (CL Macheret, p. 32-3o.)

■^ Voir le détail des fêtes dans Boutiot, p. 447, 448. Incident curieux : comme le maire et deux échevins s'étaient rendus jusqu'à Bar-sur-Seine au-devaot du roi, ils furent mis en état d'arrestation, parce que la ville devait au commandant du régiment de PIcssis Praslin une somme de six cents livres pour l'ustensile du dernier quartier de 1649, et ils ne furent rendus à la liberté que sur la demande de M"® de Montpensier et l'assurance qu'ils donnèrent de la fidélité des Troyens.

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