‹ Histoire générale de la Champagne et de la Brie depuis les temps les plus reculés jusqu'à la division de la province en départementsChapitre 61 sur 232 · RECHERCHES DES FINANCIERS INFIDELES · texte numérisé non relu

RECHERCHES DES FINANCIERS INFIDELES

au milieu des huées du peuple, qui demandait à grands cris sa moit '.

Trois mois plus tard (iO décembre 1664), devait, après trois années d'angoisses^, se terminer le procès du surintendant Fouquet, que les origines de sa fortune semblent avoir bien moins désigné à la vindicte de ses accusateurs, que la façon dont il en usait. Aussi l'envie qui s'acharna contre sa personne en avait-elle fait pour tous les hommes de cœur et d'esprit un objet de compassion. Quoi qu'il en soit, a. c'est une chose étonnante », dit notre chroniqueur rémois, « que.... les excès de dépenses qu'il a faits, les pen- « sionnaires qu'il avait pour étendre et soutenir son crédit dedans (( et hors la France, la correspondance qu'il entretenait par toutes « les provinces du royaume, la pension qu'il donnait pour cela^ ». Les Jésuites de Reims n'avaient pas seuls éprouvé ses libéralités; l'oncle de La Fontaine, Jannart, ami et substitut de Fouquet dans la charge de procureur au parlement de Paris, lui avait présenté son neveu, et le jeune poëte avait été honoré de ses bienfaits. L'éclatante disgrâce du ministre fut pour lui un coup terrible, et après avoir exhalé sa douleur dans sa belle élégie aux Nymphes de Vaux^ La Fontaine voulut partager l'exil de son oncle à Limoges, où les avait précédés M'"^ Fouquet.

Dès l'arrestation du surintendant, le roi s'était occupé de rechercher tous ceux qui, depuis 1635, avaient manié les finances, et pour cette recherche il avait, en novembre 1661, constitué une chamhre de Justice chargée d'examiner leurs comptes et de punir leurs malversations. Mais la mesure ne devait point aboutir au gré du pouvoir : « toutes ces personnes sont si rusées en leur pratique ! » Ajoutons que le mal était devenu si général, et le vol tellement « en usage », qu'on croyait pouvoir s'y livrer « sans scrupule de « conscience ». Rebuté du nombre et de la lenteur des procédures, dont quelques-unes, du reste, avaient abouti à des condamnations capitales, le roi prit le parti d'amnistier le passé, sauf à taxer les gens de finances a selon leur degré et leur puissance ». Le i)rocédé reçut sans doute quelques applications violentes, et plusieurs lurent

' Oiid. Coq., p. \m-W6.

^ Foiuiuet avait ('té arrrtc le 1*"" sopteiiibre KJGl.

^U. Coq., p. 481.

180 LA PHOVLNCi!: DE CHAMPAGNE.

frappés qui n'avaient point mal l'ait. « Mais mal l'ait ou non, tu as « géré k'S l'inanccs, esté l'eiinier, gouverné la gahclle, tu paieras la « taxe ». Ce l'ut ce qui arriva à Raoul Thierry, de Keims, que la chambre de justice poursuivit et taxa à mille livres pour avoir été receveur' . Aussi bien, dit 0. Coquault, avec une philosophie i'ort dédaigneuse du sort des financiers, est-il « impossible aux hommes « de faire la justice véritable et égale ; ceci n'appartient qu'à Dieu « seul qui connaît les cœurs et la vérité'^ ».

Les premiers obstacles ainsi franchis, Colbert avait pu, libre de toute entrave, imprimer à tous les rouages de l'administration une activité féconde, sans cesser de faire aux abus une guerre implacable. Contrôleur général des finances, il les réforma si bien qu'en moins de vingt années, le produit des impôts s'accrut de 32 millions, s'étant élevé de 84 millions, avec 5 millions de déficit, à 116 millions. Sa mort fut malheureusement, comme on a déjà pu en juger, suivie d'une rapide décadence de la prospérité financière de la France ; mais l'abus qui se fit alors des ressources du pays n'altéra point le mécanisme de l'administration, et c'est cette organisation, simplifiée par l'habile et honnête ministre, que nous avons maintenant à présenter pour la province de Champagne, avec les résultats que nous en offrent les mémoires des intendants de Paris et de Châlons.

Sans parler des domaines royaux, les revenus de la couronne en Champagne consistaient dans le produit des impôts que nous appelons aujourd'hui contributions directes et contributions indirectes.

Aux impôts directs se rapportaient la taille, la capitation et le dixième.

La taille, spécialement consacrée à l'entretien de l'armée, était le plus ancien des impôts directs de la monarchie. D'extraordinaire qu'elle était à l'origine, elle était devenue, depuis 1444, impôt ordinaire, et se percevait régulièrement chaque année. Elle était réelle ou 'personnelle : réelle, quand elle frappait les propriétés, comme dans les généralités de Grenoble, Montauban et Auch, et dans les élections d'Agen et de Condom de la généralité de Bordeaux ;

' Le conseil députa vers M. Colbert pour le faire décharger de cette condamnation. (Conclus, du 13 octobre 1666.) 2 0. Coq., p. 480-482 et oOO

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