‹ Histoire générale de la Champagne et de la Brie depuis les temps les plus reculés jusqu'à la division de la province en départementsChapitre 62 sur 232 · LA TAILLE. — FAÇON DONT ELLE ETAIT LEVEE · texte numérisé non relu

LA TAILLE. — FAÇON DONT ELLE ETAIT LEVEE

personnelle, quand elle était répartie selon les facultés ordinaires et le revenu de Vindustrie des personnes^ comme dans les autres généralités, et spécialement dans celles de Châlons et de Paris. L'état général ou brevet en était dressé tous les ans, pour chaque élection, par le conseil de Sa Majesté, et un extrait de cet acte était notifié par lettres patentes du roi à l'intendant, au bureau des finances et aux élus, qui en faisaient la distribution entre les communautés, et envoyaient à chacune d'elles le mandement de répartition qui la concernait. A la réception de ce mandement , la communauté désignait les assèeurs chargés de rédiger le rôle, et, celui-ci dressé, les collecteurs, qui, depuis l'édit de mars 1600, n'étaient autres que les assèeurs, se mettaient en devoir d'en opérer le recouvrement : fonction délicate et lourde, car le collecteur était tenu de verser entre lc« mains du receveur des tailles de l'élection la totalité du montant du rôle, sans pouvoir invoquer comme excuse d'un déficit l'insolvabilité des contribuables. Aussi en viendra-t-on, en 1716, à faire aux communautés une obligation de nommer collecteur chacun des habitants à tour de rôle, suivant l'ordre d'un tableau mis tous les ans à jour.

« Les assèeurs collecteurs, dit M. d'Arbois de Jubainville, rédi- « geaient d'ailleurs leur rôle arbitrairement, sans base certaine et « sans qu'aucun travail sérieux les eût préalablement mis à même « d'apprécier d'une manière raisonnée les facultés de chaque « contribuable ' ». Cette situation était regrettable à beaucoup d'égards, car elle ouvrait la porte à de nombreuses difficultés, et exposait à la ruine les habitants indûment surchargés. Joignez à cela que la « corruption » était « extrême parmi les officiers établis « pour les tailles ». Fabcrt, que le roi avait, le 16 novembre 16oii, investi du commandement des troupes destinées à hiverner dans la généralité do Châlons et sur la frontière, connaissait bien ces gens de finances, quand il écrivait à Mazarin, dès le 9 décembre 1656, qu'ils « ont trouvé moyen de continuer leurs vols, donnant « des mémoires faux de la force des lieux, prenant argent de ceux « qu'ils ont fait taxer bas, et cela avec tant d'insolence qu'ils ne le

' Admin. des Intendants, p. 28, et pour co ([ui prccèdo p. 25-28. Cf., Mè)n. de V Intendant de Paris. Appendice, p. 488.

(( nient pas », et ('levant au plus haut les taxes de ceux qui ne paraissaient point les considérer.

« Celte manirred'af,Mr des «'■lus, ajoutait Fabert, met les élections « de Reims, de Bel bel et de Sainle-Menehould en danger de ne « pouvoir payer ce qui leur est imposé pour le quartier d'hiver ; « car les villages bons deviennent insolvables par l'excès de leurs « taxes, et les mauvais, bien loin de se remettre, seront bientôt « déserts. Tout le pays sera aussi inculte, les gens de guerre prenant « les chevaux de labour ; étant certain qu'en ruinant, cette année, « les villages surchargés ainsi par les élus, que la prochaine année, « les autres seront ruinés par la charge trop grande qu'ils auront « à porter, ou il faudra réduire la taille à moins de la moitié, qui « serait une grande perte au roi ».

Fabert n'exagérait point. Neuf ans auparavant (1647), Clément Macheret avait occasion de déplorer l'inhumanité d'unpartisan, qui, « voyant qu'il y avait plusieurs villages de l'élection de Langres « qui étaient quasi ruinés et ne pouvaient en aucune façon satis- « faire aux sommes excessives auxquelles ils étaient cottez par le « sieur Le Camus, intendant de la justice », sollicita et obtint l'autorisation d' « en faire faire la contrainte par le grand prévôt », ce que celui-ci exécuta de point en point, commençant par les villages de Dommartin, Yarennes, les deux Coiffy, Bourbonne, Orthes et plusieurs autres jusqu'au nombre de trente, qui sont par suite réduits « comme à une forme de mendicité, Je laisse à penser, « dit-il, à une bonne et saine conscience combien un pauvre pays a est traversé et affligé, quant il y arrive un mauvais partizant ou « gabelou, lequel voudrait, après avoir emporté la substance du « pauvre peuple, en prendre encore le sang et la vie ' ».

c( Pour éviter cela, continue Fabert, il semble nécessaire de « prendre une autre voie que celle des élus pour faire la répartition « de la taille : laquelle ne peut être que d'employer un homme de « bien et habile à connaître la force de chaque lieu par la grandeur « du territoire et nombre des habitants avec les circonstances sur « ces deux choses qui seront nécessaires. Et cela est proprement le « cadastre que feu Son Eminence le cardinal de Richelieu avait « tant souhaité d établir dans les lieux de la taille, ainsi qu'il est en

' Journal de ce qui s'est passé à Langres, etc., t. P"", p. 409 et 410.

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