FABERT TRAVAILLE A L'ALLEGER
« Dauphiné ; mais Von n'osa jamais le proposer, le. ne doute même « nullement que. . . le peuple n'en soit tellement soulagé en cette « frontière, qu'aux autres élections l'on ne demande qu'il en soit lait « ainsi ; et cela établi dans la Champagne, le peuple le requérant, « il sera bien aisé de l'établir ailleurs sans autre contrainte. Présence tement il sera reçu comme une grâce, pour ôter les surcharges « que donnent les élus ou pour affranchir les paysans de ce qu'ils « en exigent : un village taxé à une place a baillé à un élu 600 « livres, et il y a des lieux taxés à 4000 livres qui ne sauraient « payer le quart, cela fait à dessein d'aller se cotiser envers les élus « pour les quartiers d'hiver à venir »,
Fabert avait pour l'exécution de -la mesure un officier capable, M. Téruel, qui la fit agréer à Mazarin d'autant plus aisément qu'elle avait pour elle l'appui de M. Voisin, intendant de la généralité. Le projet est mis à l'épreuve, et il réussit si bien dans les élections de Reims, Rethel et Sainte-Menehould \ que le gouverneur de la Capelle demande « que le sieur Téruel y aille faire a comme il a fait ailleurs^ Téruel croit^ que, l'an qui vient (1659), « l'on peut. . . soulager le peuple de Champagne et augmenter la « taille de 300,000 livres et de 500,000 l'année 1650 ». Mais il a
^ L'élection de Reims comptait 240 paroisses, celle de Rethel 226 et celle de Sainte-Meiiehould 120. Ce sont les chiffres donnés par Téruel ; il ne sera pas sans intérêt de les comparer à ceux que donne l'intendant Le Pelletier (V. ci-dessus, p. 101). Le maréchal de Fabert, l. 11, p. loi, note.
2 Lettre de Fabert du 29 avril 1().")7.
Voici la « forme observée par Téruel dans la visite dos paroisses \)n\\v « réclaircissemcnt de l'état présent des villages. « Savoir :
« L'étendue du terroir labourable, à peu près, et la fertilité, la rpiantité « des près, les vignobles, bois, aisances ou usages conununs, ce qui est « affermé ou en propre aux habitants ;
« Le noiid)re de cliarrucs ;
« Le nombre d'habitants et ménages pleins ou à demi, leur commerce, « c<' (pi'ils payent aux ennemis ;
« Le tout afiirmé par sermeut et signé |iar deux ou trois baliilants.» {Le rnarcchal de Fabert, t. Il, p. 149 et Appendice.)
3 Lettre du 24 mars 16o8.
18't I.A PROVINCE DE CHAMPAGNE.
besoin d'iino commission pour connaître la force des villages, et il reçoit cette commission, sign(''e du roi le 10 avril Hi'iS, laquelle lui prescrit de ré[)artir la taille « le plus également et éqtiitablemcnt « qu'il se pourrait » et « sans aucune grâce, exemption ni laveur », lui enjoignant en outre d'assurer le maintien de l'ordre et de la discipline dans les (juartiers d'hiver et de passer des revues des corps et des compagnies, pour en vérifier les effectifs réglementaires. Néanmoins le mandat de Téruel ne recevra point sa complète exécution. Mazarin, en d(''[)il des efforts de Fabert pour en assurer le succès, faiblira devant l'opposition que suscitait la réforme, et l'œuvre de Téruel, que le cardinal se plaisait à considérer comme celle d'un « ange, tant il a de Inmières et de bonnes intentions '' », viendra malheureusement échouer, avec la juste répartition des charges qu'avait en vue le gouverneur de Sedan, devant des coalitions d'intérêts froissés.
Mais la Champagne n'en sera pas moins reconnaissante à Fabert de son zèle pour le soulagement de la misère publique, et lorsqu'il sera promu au suprême honneur du commandement des armées (28 juin 1658), elle ne sera pas la dernière à s'en réjouir et à lui témoigner sa joie ^.
On continuera donc à suivre le même train que par le passé. « Pour payer dix mil livres, il en faudra lever vingt mil, le « double. . . , pour payer les commis et le proffict des fermiers » de l'impôt. C'est un « désordre » qui « s'est glissé en France et en toutes
' Lettre de Mazarin à Fabert du 30 mars 1638. (V. La Misère au temps de la Fronde^ p. o32 à oil, et Le Maréchal de Fabert , t. II, passun).
* On sait que la ville de Metz envoya à Sedan une députation de quatre membres chargés de porter au nouveau maréchal de France le tribut de félicitations qu'elle lui devait comme à l'un de ses plus illustres enfants. Le délégué du clergé à qui fut en cette circonstance dévolu l'honneur de présider la mission, n'était autre que Bossuet, fils d'an conseiller au parlement de Metz, et grand archidiacre du chapitre de cette ville, en qui la vertu, la science et l'éloquence n'avaient pas attendu le nombre des années, car il n'avait pas encore trente-et-un an.
Fabert ne devait pas jouir longtemps du maréchalat, étant mort le 18 mai 1662. Il s'était étroitement attaché à la Champagne en aclietaut à Pierre Larcher, vers la fin de 16oo, la seigneurie (VEsternay (élection de Sézanne), érigée deux ans auparavant en marquisat.