‹ Histoire générale de la Champagne et de la Brie depuis les temps les plus reculés jusqu'à la division de la province en départementsChapitre 68 sur 232 · LA GABELLE · texte numérisé non relu

LA GABELLE

« tire pas moins pourtant, et qui jouissent d'une liberté à cet égard « qui fait regarder avec raison les autres comme étant dans la plus « arbitraire servitudes de tous ces fripons de gabeleurs qui ne vivent « et ne s'enrichissent que de leurs rapines' ». Aussi n'est-il pas surprenant qu'à la faveur des guerres une multitude de fauxsauniers aient, en 1706, couru la campagne avec des voitures chargées de sel, et contraint les paysans d'en prendre à un prix fort modique, ainsi que d'autres marchandises de contrebande. Leur audace était encore accrue par le nombre des criminels, qui, redoutant la justice, se joignaient à eux et se dispersaient dans les villages par troupes de 40 ou de 50 hommes. Comme ils étaient bien douze mille, et qu'ils avaient, disait-on, des magasins d'armes dans les bois, les fermiers généraux durent solliciter main forte pour les disperser. Des troupes furent envoyées, qui, leur livrant bataille à Villethierri/ et à Montmîrail,en tuèrent ou en arrêtèrent un certain nombre. La justice fit ensuite son œuvre, et le supplice de la pendaison ou l'exportation dans les Iles arrêtèrent pour un temps le progrès du faux saunage. Des rapports particuliers faits à l'intendant lui avaient représenté les huguenots comme ayant la main dans ces mouvements tumultueux; mais il n'y a rien à craindre de ce côté, dit M. Harouys : « les huguenots sont présentece ment en hiev petit nombre en Champagne^ et ceux qui y restent « n'ont ni le pouvoir, ni, je crois, la volonté de remuer -».

Le prix du sel dans les neuf greniers champenois de la généralité de Paris était, en 1700, de 4o livres le minot 3, et comme ils consommaient 405 muids, ils rapportaient plus d'un million de livres.

< Mémoires, t. XIV, p. 303. Saint-Simon avait en conséquence pensé supprimer la gabelle (1718) et « rendre le sel libre et marchand » ; mais l'administration des finances fit rejeter son projet.

- Corresp. des contrôleurs généraux avec les intendants, t. il, p. 328, mai, juin et août. — Topogr. hist. de la ville de Troyes, par Courtalon, t. l^^p. 220.

3 Dans celui de Tonnerre, en particulier, il était de 47 iiv. Les huit autres greniers étaient ceux de Meaux, Provins, Nogent, Montereau, Sens, Joigny, Saint-FIorenlln et Vézelay. — Le minot valait cent livres pesant ; il eu fallait (juatre pour faire un scticr, 48 pour un muid. (Cf. Baugier, t. II, p. 28o.) — Sur le pied de 45 livres le minot, la livre de sel coûtait 9 sols.

Dans la généralité de Châlons, la direcUon de Châlons comptait également ncul" greniers iï sel, siivoir (jualre de vente volontaire, Ciiàlons, Keims, h^pernay et Sézaime, et cinq d'impôt, Sainte- Aleneliould, Yilry, Saint-lJizier, Joinville et Cliâteau-Porcien, dont la vente totale montait à environ 556 muids. — La direction de Troyes avait le même nombre de greniers, dont six de vente volontaire, savoir, Troyes, Nogcnt , Bar-sur-Aube, Arcis-sur-Aube, Montmorency, Mussy-l'Evôque ; et trois d'impôt, Langres, Chaumont et Monsaugeon. Le total de la vente de ces greniers était d'environ 369 muids. — La direction de Sedan ne possédait que quatre greniers à sel, dans lesquels le sel se vendait à bon marché, savoir : Rethel, où il se vendait deux sols six deniers la livre ; Mézières, deux sols un denier ; Donchcry, deux sols trois deniers. A Rocroy, où le sel n'était pas blanc, il ne valait qu'un sol six deniers ; mais, lorsqu'on en voulait plus de trois livres, il fallait en prendre un quart de minot sur le pied de 7 livres le minot.

Le produit de la vente du sel dans la généralité fut, en 1697,

pour la première direction, de 1,230,000 1.

pour la seconde direction, de 811,180

pour la troisième direction, de 84,000

En totalité de 2,125,180 1.

Les cinq grosses fermes. — Frappé du tort immense que faisaient aux transactions commerciales la multiplicité et la diversité des droits de douane {traites foraines), lesquels étaient perçus, dans la seule direction de Chàlons, par 35 bureaux tant généraux que particuliers, Colbcrt avait songé à abattre les barrières qui séparaient les provinces, et, en reportant à la frontière du royaume leurs bureaux de douane intérieure, à soumettre les droits d'entrée et de sortie des marchandises à un tarif uniforme . Ce fut le but principal de l'édit de septembre 1664. Mais Colbert n'avait point entendu imposer sa volonté, et douze provinces seulement, dites les cmq grosses fermes ^, souscrivant au tarif proposé, consentirent à ouvrir

1 Les douze provinces unies étaient l'Ile de France, la Normandie, la Champagne, la Bourgogne, la Bresse et le Bugey, le Bourbonnais, le Poitou, l'Aunis, l'Anjou, le Maine et la Touraine.

Elles étaient nommées les cinq grosses fermes à raison des droits des

LES CliNQ GROSSES FERMES. — LES AIDES. 191

entre elles de libres communications et à former une sorte de

zollverein comme celui qui de nos jours s'est constitué pour une

Page 1