‹ Histoire générale de la Champagne et de la Brie depuis les temps les plus reculés jusqu'à la division de la province en départementsChapitre 73 sur 232 · COMMERCE · texte numérisé non relu

COMMERCE

laines poignées d'Angleterre. Mais les drapiers drapans ne se tiennent pas pour battus ; ils multiplient les remontrances et les démarches, et finissent par obtenir, le 8 novembre, une sentence favorable à leurs intérêts.

En même temps qu'il travaillait à affranchir le commerce de ses principales entraves, Colbert s'était efforcé de lui ouvrir au dehors des voies nouvelles, en favorisant la création de grandes compagnies coloniales.

Mais, si le roi avait approuvé, en 1663, celle d'une Compagnie des Indes orientales, il n'avait pas trouvé en Champagne et particulièrement chez les marchands de Reims un grand empressement à souscrire à l'entreprise. Une assemblée convoquée le 16 avril n'avait rien produit. Le 24, Monsieur le lieutenant 2iXii?i\\ài(t six vingts habitans « en l'hôtel de ville, auxquels, suivant l'intention de Sa Majesté, « il a proposé l'affaire. Plusieurs la goûtent, et comme il y a peu « d'affaires en cette ville, ilsvoudraient bien s'y intéresser ; mais ils « attendent pour voir quelle route et bon pied une si grande entrece prise pourra prendre ». En vain, à l'instigation de Colbert, les assemblées se multiplient-elles « au sujet de ce commerce », et dans l'intérêt des manufactures rémoises ; en vain la ville a-t-elle offert, le 29 avril, au moins 20,UÛ0 livres : les particuliers hésitent à s'engager'. «Chacun d'eux, dit Floquebert, cherche un exemple et « attend ce qu'un autre fera, et en balançant de cette sorte, rien ne « réussit ' ». Ce qui les arrêta surtout, ce fut « l'exemple du lieute- « nant, qui ne contribua en rien ».

D'un autre côté, les foires de la Champagne sont bien déchues. Celles de ïroyes spécialement, « par suite de la création des foires « de Lyon et des troubles des guerres de religion ^ », sont tout à fait tombées. A la prière des habitants de cette ville, Louis XiV, jiar arrêt du 27 août 1697, lui accorda deux foires franches, de huit jours chacune, s'ouvrant, l'une le second lundi de carême, et l'autre le premier septembre. Prorogées de neuf années en neuf années jusqu'en 1716, elles devaient être enfin à cette ('poque confirmées à

' 0. Coq., p. 417 et note 2. — Mené Bourgeois.

2 Ccyrresp. admin., 1. Jll, p. 733.

^ Mém. de rinlondaul de la Lcéuéralilé do Cluilons.

pcrpHnlW'.. Une procession générale et une messe du Saint-Esprit inaiigurrrenl, le 25 lévrier 1098, la première de ces foires, à laquelle se rendirent bcaiiconp de .luils et d'autres marchands '.

« Il faudrait, dit Larclier en 1G1J7 même, il faudrait, pour relever « ces foires, rendre la Seine navigable jusqu'à Troyes. On y tra- « vaille toujours -, ajoute-t-il, et si l'argent ne manque, l'entreprise « pourrait être achevée dans trois ans». Quel avantage, en effet, de pouvoir, ainsi que l'espérait le duc de Roannès, un des grands promoteurs de cette navigation, « faire monter de Rouen, la marée, « le sucre, l'épicerie, les pierres à fusil, les sels pour les greniers, « et autres marchandises dont les provinces voisines pourraient « avoir besoin » ! On avait, à cet effet, ouvert, en 1097, « une « souscription, où le célèbre Nicole eut une action de 3,o00 livres « sous le nom de Nainvilliers ». Grâce à l'activité déployée, les travaux étaient conduits, en 1700, jusqu'à la porte Saint-Jacques, et le 20 septembre de cette année les entrepreneurs faisaient l'ouverture de toutes les portes en présence d'une foule nombreuse, à la tète de laquelle brillait M. Bouthillier, ancien évêquede Troyes. Deux ans plus tard, après qu'on eut perfectionné les premiers travaux, l'eau fut enfin mise dans le canal le 24 octobre 1702, et, le 16 janvier 1703, deux bateaux chargés partaient, au son des trompettes et des tambours, pour la capitale, où ils arrivèrent le 18. On établit alors un coche, qui fit son premier voyage à Paris le 24 octobre 1703 ; mais ses départs n'eurent d'abord rien de fixe, et ce ne fut qu'en 1705 qu'ils furent arrêtés, de Troyes pour Paris, au jeudi de chaque semaine, et de Paris pour Troyes, au mardi. Toutefois le succès de l'entreprise ne devait pas répondre « aux soins qu'on ce s'était donnés, ni aux dépenses qu'on avait faites. Ne pouvant plus « soutenir la navigation de la Seine qu'à des conditions très oné- « reuses, les intéressés la quittèrent en 1707, et l'hiver 1709 la leur

^ Courtalon, Topogr. hist. de la ville de Troyes, t. I, p. 213, et t. II, p. 423.

2 Une compagnie de grands seigneurs, qui, sous le nom d'Hector Bouterouc, s'était formée en 1655 pour reprendre l'œuvre interrompue, avait déjà rendu la Seine navigable de Nogent à Méry, et le privilège exclusif qui lui avait été accordé, pour 20 années, avait été renouvelé au mois d'octobre 1676, pour une nouvelle période (Courtalon, p. 26).

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