COMPAGNIES COLONIALES. — TRAVAUX DE CANALISATION
« fit abandonner sans retour ». Ce n'était pas, comme quelquesuns se plaisaient à le dire, que l'eau manquât : ce qui faisait défaut, c'était la protection de l'Etat au milieu des malheurs publics, cause de la cessation du commerce '.
Ainsi en alla-t-il de presque tous les projets de canalisation des rivières de la Champagne, ou de construction de canaux. Il n'y eut d'exécuté que les travaux nécessaires pour rendre VOurcq navigable au moyen d'écluses. La dépense en fut faite par S. A. R. Monsieur, pour le débit des bois de la forêt de Yillers-Cotterets ^. Vainement le roi avait-il accordé, le 19 avril 1698, au marquis de Dangeau le privilège de l'établissement d'un canal à ouvrir entre Mézières et Donchery, pour joindre la Meuse à l'Aisne ', et de là par l'Oise à la Seine : les ressources ne manquèrent pas moins que la faveur des circonstances, et le projet échoua. Le commerce de bois flotté que l'élection de Vezelay fait avec Paris eût tiré un grand avantage de la canalisation de la Cure *, un des affluents de l'Yonne ; des lettres patentes de juillet 1663 avaient octroyé à une compagnie l'autorisation de l'entreprendre : l'affaire, mal conduite, dit-on, n'eut pas de suite. Il en fut à peu près de même des travaux que l'on fit, de 1669 à 1672, pour tâcher de rendre l'Aube navigable. Tout ce qu'on put obtenir avec bien de la peine, dit l'Intendant de Châlons, « a été de lui faire porter quelques trains de bois et quelce ques bateaux légers au-dessus d'Arcis-sur-Aube s ». Bar-sur-Aube, qui faisait le même commerce que Vezelay, abandonnait ses bois au courant de l'Aube. Ils descendaient ainsi la rivière jusqu'à son confluent avec la Seine, et là on les formait en trains pour les conduire à Paris.
< Courlalon, t. I", p. 27, 28.
2 Mém. de l'Intendant de la généralité de Soissons.
3 « Par la petite rivière de Bar, qui est entre deux » [Mém. de rinleiuiant de Chàlons). On se proposait de rendre l'Aisne elle-même navigable un peu an-dessus de Saintc-Menehould ; on avait, en 1697, visité le cours de la rivière, et des plans devaient être dressés ; mais ces préliminaires n'altoutiri'iit point.
■* Cette petite rivière se jette dans l'Yonne sur sa droite à Cravanl.
^ Mém. de l'Intendant. Mme la duchesse de Duras devait égalemonl échouer dans son entreprise (1701) do rendre la Vesle navigahie de Reims au contluent de VA.hnc.{Corresp. des ronlrdlcurs généraux. 2'' vol., p. 27.)
Il lui plus l'acile, sinon de construire de nouvelles routea, du moins d'entretenir et d'améliorer les anciennes, dont le mauvais état « empêchait notablement le transport des niaichandises », dit une ordonnanct^de 1(){)4 '. Sous la vigoureuse impulsion deColbcrt, les bureaux des finances de chaque généralité, investis de ce soin par l'édit de février 102(5 ', poursuivirent les réparations nécessaires, et bientôt offrirent au commerce des voies plus commodes. Le progrès devait être plus sensible encore à mesure que l'action des intendants, entreprenant en celle matière comme en tant d'autres sur celle des bureaux, réduisit leur autorité jusqu'à n'en avoir plus que le nom, et ce fut ce qui arriva vers la fin du XVII'' siècle. « C'est une chose extraordinaire que la beauté des routes », s'écriait en 1687 M"-'' de Sévigné ^... « Les intendants ont fait des « merveilles». Mais ce fut surtout quand ces fonctionnaires jouirent du précieux concours d'ingénieurs spéciaux, que les chemins, se redressant et se multipliant, commencèrent à présenter l'ensemble et l'aspect que nous admirons aujourd'hui. On ne projeta qu'à la dernière heure, pour ainsi dire, du grand règne, l'établissement d'un ingénieur des ponts et chaussées dans chaque généralité ; mais, dès le 21 novembre 1713, un arrêt du conseil prescrivait l'imposition sur la province de Champagne des appointements de celui qu'on avait le dessein de nommer dans cette généralité *.
L'institution était d'autant plus urgente qu'avaient été plus désastreuses les dernières années du règne de Louis XIV, où le génie de la guerre s'était en quelque sorte plu à ruiner toutes les améliora-
' Ane. lois françaises, t. XVIII, p. 41. — V. rordoniiance de rintendaut Machault, du 8 octobre 1664, ap. d'Arb. de Jiib.
^ Cet édit n'était qu'une conséquence de celui d'août 1621, qui avait réuni aux bureaux des finances la direction des ponts et chaussées.
3 Lettre du 20 septembre.
* Vignon, Etudes hist. sitr Vadm. des voies jiuhliques en France, t. Il, 2^ partie, p. 23, et 1" partie, p. 8. — Le premier ingénieur de la généralité de Châlons, Bérenguier, ne fut nommé que le 4 février 1716 (Id., ibid., 2° partie, p. 58); il avait le titre d'ingénieur ordinaire du roi, que portèrent ses premiers successeurs. Legendre, le 4^, devait y sidjstituer celui d'ingénieur en chef, que conservèrent après lui les deux fonctionnaires successivement chargés du service avant la Révolution. (D'Arbois de Jubainville, Adm. des Intendants, p. 83 et sq.)