‹ Histoire générale de la Champagne et de la Brie depuis les temps les plus reculés jusqu'à la division de la province en départementsChapitre 75 sur 232 · ROUTES RÉPARÉKS OU OUVERTES. — INGÉNIEURS CRÉÉS · texte numérisé non relu

ROUTES RÉPARÉKS OU OUVERTES. — INGÉNIEURS CRÉÉS

tions introduites par Golbert dans l'état des chemins. Ainsi, dans la Brie, sur près de cent ponts il n'y en avait pas moins de 28 en ruine ou en mauvais état, et, outre que l'entretien du plus grand nombre était à la charge du gouvernement, phisieurs étaient indispensables aux relations commerciales de la Brie avec Paris ou la Bourgogne. L'élection la plus maltraitée à cet égard n'était pas celle de Provins, bien que de ses six ponts elle en eiit quatre rompus ou ruinés : l'élection de Yézelay, qui avait autrefois quatre ponts sur l'Yonne, n'en possédait plus un seul ; depuis 50 à 60 ans, ils étaient si complètement détruits que c'était à peine si on en apercevait les vestiges, quand les eaux étaient basses. Un cinquième pont, jeté sur la rivière de Cure à Saint-Père, était également en ruine : « C'était, « dit l'Intendant, un grand passage pour la communication des « provinces de Bourgogne, du Berri, du Nivernais et de la Cham- « pagne », d'où vient aujourd'hui que les voituriers sont obligés de faire un long détour, et que les habitants qui ont des propriétés au-delà de la rivière, ne peuvent y aborder sans peine, « la Cure « étant profonde et rapide' ».

Les grands chemins n'étaient pas moins négligés que les ponts. Très mauvais étaient ceux qui conduisaient de Coulommiers à Meaux et à Provins ; très mauvais celui qui, allant de Provins à Bray, servait au commerce de la Brie avec la Bourgogne. Ceux des élections de Montereau et de Saint-Florentin, ceux qui de Joigny menaient à Paris ou à Auxerre n'étaient pas en meilleur état. On peut juger par là de celui des autres chemins, et des entraves multipliées que rencontrait le commerce.

Nous n'avons pas sur la viabilité de la généralité de Chàlons les mêmes renseignements : Baugier, l'auteur du MémotrcdiQ rinlendant, a sans doute trouvé plus commode de passer ce sujet sous silence qu(i de présenter de la situation un tableau lamentable. Il est, en effet, facile de comprendre que, continuellement sillomu-e en tous sens par les troupes, la Champagne n'a pu échapper aux conséquences de ces mouvements, et que la nature de ses terres a dû exposer les voies parcourues par les armées à de profondes dégradations 2. Ce qui est certain, c'est que, lorsque les abords des

' Mém . de l'Intendant de la généralité de Paris, p. 3()8.

* On voit, par exemple, Colbcrt donner, le 1(5 avril KiOo, au sieur Cba-

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grandes villes devenaient impralicahles, celles-ci mellaienl en réquisition les paysans des communes voisines ; mais, en dehors de la sphère de leur action, que devenaient les chaussées? Si l'historien de la ville de Troyes a pu dire que de l'ensemble des documents passés sous ses yeux il résulte que la grande viabilité de la région était dans un état déporable', on peut également l'affirmer des autres parties de la généralité. Ce fut l'effet des cruelles épreuves qui affligèrent le royaume à la fin du XVfl^ siècle, comme au commencement du XVIlI"eldu désordre financier (ju'ellesentrainèrenl. Les relations commerciales reçurent du moins, comme toutes les autres, un précieux encouragement de l'établissement des postes. Si, dans leur propagation, la royauté consultait avant tout l'inl/Tèt de l'Étal, elle ne négligeait pas non plus celui des particuliers. Ainsi voyons-nous, par exemple, le roi, frappé de « la briefveté des « chemins qui se rencontrent au climat Lengrois pour tirer en « Allemagne et en Suisse, et même pour l'Italie et pour Rome », donner l'a ordre au sieur des Gonneau, général des postes establis « aux provinces de Champagne, Brie, Lorraine et paiis Messin et

mois, ingénieur, l'ordre de visiter les ponts de Meaux, de Bar, Vitry, Cliâlons, Fismes), et de dresser les devis des réparations à y faire. Ces réparations furent-elles exécutées ? Il y a lieu de le penser. Mais comment le furent-elles ? La lettre de Col])ert du 23 février 1681, en réponse à une communication de l'intendant, M. de Miromesnil, regarde-t-elle les travaux entrepris sur les points indiqués ? Nous ne savons : mais elle nous donne occasion de remarquer avec quelle négligence étaient souvent conduits les ouvrages faits pour l'Etat ; car nous voyons que ceux don t il s'agit n'avaient point été reçus depuis 1663 qu'ils avaient été faits • aussi Colbert commande-t-il à M. de Miromesnil de faire poursuivre les entrepreneurs, et de les contraindre à mettre les ouvrages en l'état de perfection auquel ils étaient obligés par les marchés [Lettres de Colbert, t. IVJ. On remarquera qu'il s'agit de travaux importants, comme les ponts qui pouvaient en être l'objet. Que devait-il se passer ailleurs? A cette occasion, rapprochons de ce qui regarde la généralité de Châlons ce que dit M. Phelippeaux du pont de Marcy, dans l'élection de V^ézela)"-, que, « reJ)âti depuis quelques années, il est retombé en ruines » (p. 368), et des ponts de l'élection de Provins qu'ils avaient été construits aux dépens du roi (p. 364).

• Boutiot, t. IV, p. 514.

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