‹ Histoire générale de la Champagne et de la Brie depuis les temps les plus reculés jusqu'à la division de la province en départementsChapitre 76 sur 232 · POSTES. — TARIFS DES LETTRES ET PAQUETS · texte numérisé non relu

POSTES. — TARIFS DES LETTRES ET PAQUETS

« autres circonvoisins, d'establir un poste audict Lengres, qui sor- « tira deux fois la semaine pour Paris, sçavoir le dimanche matin, « afin d'y arriver le mercrcdy, et mercredy pour y estre le sab- « medy : et s'oblige de porter or, argent, lettres et papiers, et se « logera audict Paris au bout du Pont-Neuf à l'enseigne des Trois- « Pigeons, suivant qu'il a esté publié de l'autorité de Sadictc « Majesté aux places publiques et carrefours de cette dicte ville de « Lengres ledict jour du 20 septembre 1645 ' ».

Au reste, avant 1672, les villes et l'Université jouissaient généralement du privilège d'avoir leurs messagers particuliers : mais, quand le gouvernement eut concé-dé la ferme générale des messageries de France à un nommé Lazare Patin, moyennant une redevance annuelle de 1,200,000 livres, cet homme, en se substituant aux droits des maîtres -courriers, dut rembourser à ceux-ci le prix de leur charge. L'Université fit quelque difficulté de se soumettre, mais on lui accorda sur le revenu des postes une rente annuelle de 300,000 livres, et elle se tut. 11 fut dès lors interdit à tout autre qu'à Patin de transporter des lettres ou paquets de lettres, et permission lui fut donnée « de faire visiter par ses procureurs, commis « et préposés, tous coches, carrosses, litières, paniers, valises, « bateaux et magasins, pour reconnaître s'il n'y en aurait pas été « mis, caché ou recelé pour les passer en fraude ^ ».

Dès le 24 mars 1651, le Parlement avait fixé les tarifs de toutes lettres et paquets envoyés par la poste de Paris aux villes, provinces et pays mentionnés dans son arrêt, et des mêmes lieux à Paris : dans ce tarif la lettre simple i)Our la Champagne avait été taxée deux sols, la double deux sols six deniers, l'once trois sols \ l^c tarif du 31 mars 1656 soumettait les lettres simples de Paris à Chàlons à une taxe de 2 sols, les lettres doubles à celle de 3 sols, le port des

' Clèm. Macheret, I. I, p. 353. — Jean Maille fert de Reims, qui a commencé en 1G67 d'écrire ses Mémoires, dit à cette date qu'il y a cinquante ans « il n'y avait ny messager ny coche de cette ville à Paris », et qu'avant d'entreprendre ce voyage, un rémois faisait son testament « et avec plus do précaution que on feroit maintenant pour passer la « mer glaciale... » (p. 108).

2 hambert, 18 juin 1681, t. XIX, p. 271.

3 M., t. XVII, p. 238.

nS LA PUOVIiNCK DK CHAMPAGNE.

hardcs à un droit do 2 sols la livre pesant, celui de l'or et de l'argent à un demi pour cent. 11 n'était que d'un quart pour Troyes. Puis vint Louvois, qui, en sa qualité de surintendant des postes (1662-1091), fit l'aire, en J073, un nouveau tarif qui réglait la taxe des lettres suivant les distances parcourues : elle était augmentée d'un sol pour Troyes '. En 1681 (18 juin) une ordonnance de M. le lieutenant civil fixa à 150 1. le prix des valises, coffres et autres choses perdues, dont on n'aurait point fait de déclaration en détail sur le registre des carrosses et messageries -.

Le gouvernement de la Champagne comprenait les deux archevêchés de Reims et Sens, les quatre évôchés de Langres, Ghàlons, Troyes et Meaux, et quelques lieux dépendants de l'archevêché de Paris et des évêchés de Boissons, Senlis, Verdun et Toul.

De ces diverses circonscriptions ecclésiastiques, quatre appartenaient à la généralité de Ghâlons, savoir l'archevêché de Reims, les évêchés de Langres, Ghâlons et Troyes ; deux à la généralité de Paris, savoir l'archevêché de Sens et l'évêché de Meaux.

L'archevêché de Sens embrassait les élections de Sens, Mon tercau et Joigny avec une partie de celles de Goulommiers et de Rosoy. 11 avait pour suffragants, avant 1622, les évêchés de Paris, Chartres, Meaux, Orléans, Troyes, Auxerre et Nevers ; mais, depuis l'érection de l'évêché de Paris en archevêché, il ne lui restait plus que les trois derniers ; l'évêché de Meaux, en particulier, avait été subordonné à l'archevêché de Paris. L'archevêché de Sens rapportait 50,000 livres.

Celui de Reims ne valait guère plus, 55,000 livres ; encore étaitce (depuis que le roi, pour faire droit aux instances de Le Tellier, et le dédommager de la perte de Cambrai, avait joint au revenu de l'archevêché celui de Fabbaye de Saint-Thierry, qui était de 12,000

' Encore élevée pour celle ville et portée à quatre sols au commencement de 1704 (Cour talon, Topogr. hist., t. 1, p. 218).

2 Bibliothèque de Reims, N° 2808 du Catalogue des sciences pliilosoijhiques et sociales.

aRCONSCRIPTlONS ECCLÉSIASTIQUES. 219

livres (lOOrji) . Mais il avait encore pour suffragants, après l'érection de l'évêché de Cainbrai en archevêché et la distraction des évêchés de Tournay, Saint-Omeret Arras, les évêchés de Ghâlons, Soissons, Laon, Amiens, Senlis et Boulogne. D'ailleurs, dit Mazarin, « c'est la « plus belle dignité et la première qui soit en France, tenue par de « grands princes et cardinaux ; c'est le premier duché. Le titulaire « sacre le roi, a séance dans le parlement et trente mille livres de « rente '^ ». Aussi ce siège est-il convoité. Il serait fort à la convenance de l'abbé de La Rivière, cet ancien régent au collège du Plessis, qui avait su s'emparer de l'esprit de Gaston, duc d'Orléans, et que Mazarin tenait à ménager à cause de l'ascendant qu'il avait sur ce prince. « Il est venu me prier, dit le cardinal, de demander « à la Reine Tarchevêché de Reims pour lui avec des exagérations « et sa réthorique ordinaire, et dans le discours il m'a dit qu'il « n'était ni ambitieux, ni intéressé.... Il a cent cinquante mille « livres de rentes ; il a deux millions d'argent comptant.... ». En vérité cet homme est insouffrable. « Et néanmoins.... il faut dissi- « muler...; car autrement S. A. R. prendrait de mauvaises résoluce tions... ' ».

Par un funeste effet des grands biens qu'ils possèdent, et de la faveur dont ils jouissent à la cour, les seigneurs élevés à la prélature songent bien moins, s'il faut en croire Oud. Goquault, à rcm-

' Le brevet du roi autorisant l'union de la mense abl)atiale de Saint- Thierry à l'archevêché de Reims est du 2 avril ; la bulle du pape Innocent XII, contenant suppression à perpétuité du titre de l'abbaye de Saint-Thierry, et union des droits et revenus de la mense al)hatiale à l'archevêché de Reims, (hi 13 septembre IGOti ; l'acte de la prise de possession par Maurice Le Tellicr des droits et revenus de ladite meusc du 10 novendire ; l'acte de sa renonciation de mélropoHtain à tous droits sur l'archevêché de Cambrai et les évêchés d'Arras, Tournay, Sainl-Omor et Ypres, du 14 novembre. {Arcli. dcp. transférées aux arch. de Reims, série G 151).

2 Carnets, NM3, p. 4.

3 Carnets. — Ce fut un neveu du pape Urbain VIH, Antoine Barberlni, qui fut nommé. On fit La Rivière évêquc-duc de Lang;res et pair de France. Ce (jui fit dire à Boileau, dans sa première satire, que. . .

Le sort burU^sque, en ce siècle de fer, D'un pédant, ([uand il veut, sait l'aire un duc et pair.

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plir les devoirs de leur ininislfTe, « parce qu'ils n'en ont pas l'esprit « et n'y sont appelés par Dieu », qu'à grossir la foule des courtisans. Qu'iraient-ils ïa'wr « dans la vill(^ de leur év('îclié? Il n'y a a personne de leur qualil*' pour leur faire passer le temps. Ils sont « incompatibles la plupart à leur chapitre, qu'ils voudraient gour- « mander et commander... Ils s'y rendront quelques mois en « l'année aux jours solennels, et puis adieu ; le reste du spirituel a est gouverné par leur grand vicaire ». Tel a été, ajoute le chroni- *Iueur rémois, le sort ordinaire de notre archevêché depuis le concordat de Léon X et du roi François. Léonor d'I'^stampes, en particulier, n'a-t-il pas, dès l'année 1649, « déguerpi le pays », parce que, « n'y pouvant plus vivre avec son luxe et dépense ordinaire », il avait souci d'échapper à ses créanciers. Aussi bien y a-t-il « peu (( de ces prélats qui ne soient endettés » ; et comment en serait-il autrement ? « Ils sont meublés et logés comme princes, non en la « simplicité de l'Eglise, habillés de même de soie, lin et des plus « belles étoffes ; tiennent chevaux, carosse, page, laquais vêtus de « leurs couleurs, comme courtisans ou gentilshommes, maîtres « d'hôtel; et encore bien souvent sont chasseurs, pour cela ont « chiens et chevaux. Bref... de la plupart leur maison est très mal « conduite ; et qui ne sait conduire sa maison, qvomodo regel « Ecclesiam Dei ' ? » C'est pourquoi bien des ecclésiastiques et des curés de villages suivent leur exemple « à proportion >-, péchant par « luxe et mauvais ménage », quand ils ne tombent pas dans un autre défaut, celui d'avarice. Il en est sans doute qui savent éviter l'une et l'autre « de ces extrémités », et qui sont pour leur troupeau un sujet d'édification, « mais peu- ».

La plupart des prélats de la Champagne qui vécurent sous Louis XV comptent heureusement parmi les exceptions. Si, géné-

1 Comment conduira-t-il l'Eglise?

- Oiid, Coq., ann. 1664, p. 433 à 459. Et Oiulart, en parlant ainsi, se défend de vouloir blâmer le clergé. Il se borne à écrire, débiteur qu'il est « à la postérité de lui faire connaître l'état de chacune chose à me- « sure que le sujet le permet » (p. 459). — Oiid . Coq,, mort en mars 1671, n'a pu connaître Le Tellier archevêque (3 août 1671), et depuis un an il avait cessé d'écrire, quand le jeune coadjuteur de Langres fut appelé à 4a coadjuforerie de Reims.

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