‹ Histoire générale de la Champagne et de la Brie depuis les temps les plus reculés jusqu'à la division de la province en départementsChapitre 78 sur 232 · LES ÉVÈQUES SEIGNEURS TEMPORELS · texte numérisé non relu

LES ÉVÈQUES SEIGNEURS TEMPORELS

loin ; car, en confirmation des statuts du synode de 1680 contre les écreignes ou veilleries d'hiver, qui étaient souvent un sujet de scandale, il rendit, le 20 octobre 1686. une ordonnance qui défendait aux garçons, sous peine d'excommunication, de prendre part à ces veilleries et d'y pénétrer par violence. Les curés devaient signaler les coupables à l'évèché, et leur donner pour pénitence d'entendre la messe un dimanche à genoux, un cierge à la main, sous le crucifix ou près des fonts ^.

Nos prélats ne bornent pas à la moralité de leur troupeau leur sollicitude pastorale ; ils le secourent dans ses besoins, ils s'intéressent et travaillent à son bien-être. On avait vu M. Yialart, dans une disette causée par les malheurs qui affligèrent la minorité du roi, employer une partie des pauvres de Châlons à planter les jardins du château de -Sarry, pour les occuper utilement, en leur assurant avec une paye convenable la nourriture. Son successeur, Louis-Antoine de Noailles (1680-1695), devait inaugurer son épiscopal en abandonnant à la ville, en échange d'un fonds de terre, le Jard ou Jardin de l'évêgue, qui fait, depuis ce temps, les délices de la population \

Mais c'est à Reims qu'investi de la police de la ville, Le Tellier multiplie les bienfaits de son administration. Il pourvoit tout d'abord à la propreté de la ville, à la facilité et à la sécurité de la circulation.

Comme celles de la plupart des villes champenoises, « les rues « de la cité étaient tortueuses, étroites, mal pavées, traversées par « de larges ruisseaux qu'infectaient, trop souvent, les eaux des « habitations particulières et des mille industries locales. Les « maisons, de hauteurs inégales, étaient construites, en grande « partie, de bois : les incendies s'y déclaraient facilement, sans que « l'on eût toujours sous la main l'eau nécessaire pour arrêter le

^ Courtalon, Topogr. histor . de Troyes, t. I*"", p. 452.

* Vie de Yialart, p. 59. — Recueil des principaux faits des évêques de Châlons, par Garnier, curé de Fôrcbriangcs, qui le composa en 1736. — C'est aussitôt après cette cession, cpio l'inlendant de Miromesuil (it détruire en 1G81, la chaire de saint Bernard. Le Jard n'avait pas <hi reste à cette è})()quc l'aspect qu'il présente aujourd'hui. C'est à l'inlcndant Rouillé •rOrfeuil qu'est due la transformation cju'il a subie en 1770.

224 LA PROVINCK DK CHAMPAGNE'.

« fléau. Sur le devant do ces maisons irrégulièrement alignées, les « inaicliaiuls, pour allircr sur leurs denrées les regards des pas- « sants, l'aisaicnt construire des l'enôtres abattantes qui surplomc( baient la rue ; des avant-toits prolongés dominaient ces étalages, « ou formaient galerie au-dessus de la porte des bourgeois. A a travers ces constructions inégales, les voituriers s'embarrassaient, « se heurtaient au milieu d'un tumulte indescriptible. Puis, la « nuit, ces avenues étroites et mal éclairées se transformaient en « autant de coupe-gorge qui étaient toute sécurité ' w.

Les avant-toits et les fenêtres abattantes durent disparaître, les maisons nouvelles s'élever sur un alignement donné, et les riverains entretenir la propreté des rues ; défense fut faite aux charretiers de conduire leurs chevaux autrement qu'à pied ; à toutes personnes, de quelque qualité qu'elle fût, de rôder, la nuit, par la ville, et de troubler le repos des habitants ; à tous autres qu'aux nobles de porter des armes sans permission. Depuis l'édit de janvier 1G97, deux cent cinquante lanternes éclairaient les rues; l'adjudication s'en était faite par devant M. Larchcr, pour l'année 1698, à la somme de 3,712 liv. 10 s.; mais, à partir de 1699, il y était procédé annuellement par les soins du bailli de l'archevêché ?. Le roi ne s'était d'ailleurs intéressé à l'éclairage des rues que pour avoir le droit d'imposer les lanternes. Aussi demanda-t-il à Troyes, en 1699, la somme de 70,000 livres pour une taxe sur l'éclairage ; mais Troyes n'avait pas encore de lanternes et ne devait pas en avoir avant 1766 ; elle dut solliciter une décharge, qu'elle obtint par l'entremise de M. de Bouthillier, son évoque ^

Quant aux incendies, l'ordonnance de Le Tellier prescrit aux habitants « de tenir dans leurs maisons des cuveaux ou autres vais- « seaux pleins d'eau jusques à trois seaux au moins » : mais on ne voit pas que cette eau doive servir à alimenter des 'pompes : il s'en construisait cependant déjà à Ghàlons, et Vitry en achetait une dans cette ville, en 1706, au prix de 250 livres *.

• Gillet, Etude sur Ch.-M''^ Le Tellier. ■ ^ Arck. législ., Statuts, t. !«'', p. o03, note. 3 Bontiot, t. IV, p. 526. Cliâloiis n'eut de lanternes qu'en J772. "^ Valentin. Passages de Louis XIV à Vitry, p. 49. Troyes fit venir de Strasbourg, en 1720, les trois premières dont elle se servit (Boutiot,

Page 1