RÉFORME DE CERTAINS USAGES
clergé de Saint-Etienne, de laisser chanter l'épitre, le jour de la l'ète du patron de la paroisse, en latin et en français ; de prendre, le jeudi-saint, prétexte de la cène pour célébrer un repas après midi dans la sacristie ; de faire descendre, le dimanche dans l'octave de la Fête-Dieu, un pigeon portant une couronne de fleurs pour « mettre « sur le Saint-Sacrement, etc., etc. » '.
Banni définitivement de l'église, le drame religieux continua, dans quelques villes encore, à faire au dehors les délices du peuple. A Chaumont, par exemple, en souvenir de l'érection par Sixte IV de l'église de Saint-Jean-Baptiste en collégiale (18 décembre 1474), et pour honorer la mémoire du saint, c'était un usage de célébrer pompeusement sa nativité, quand elle tombait le dimanche '^ . On dressait, à cet effet, dans les rues dix théâtres où étaient « repré- « sentées les actions les. plus considérables et les plus augustes » de la vie de saint Jean, et même on en ajoutait un onzième, supportant « un enfer avec quantité de diables préparés pour recevoir « l'àme du cruel Hérode, qui fit mourir ledit saint Jean-Baptiste ». Ainsi en fut-il le 24 juin 1646. « Les sieurs doyen et chanoines de « l'église faisaient procession » par la ville, et, après avoir été attardés par le plaisir que les acteurs avaient pris « au festin et au « bal de la nativité du roi Hérode », ils étaient arrivés proche la « halle au devant du dernier théâtre où l'on devait décoller le « susdit vénérable saint Jean-Baptiste, ou à tout le moing faire la « cérémonie de cette décollalion », quand le théâtre, qu'à la faveur du retard, « le grand diable cupide » avait trop chargé, ro)npant tout à coup à une extrémité, « fit enlever l'autre avec une grande « violence », et précipita dans la plus effroyable confusion tous ceux qui s'y trouvaient. Pour comble de malheur, ceux qui étaient perchés sur la halle, croyant à un effondrement de celle-ci, sautèrent à terre comme pluie, tombant « parmi les planches et hommes « du théâtre », à la grande émotion du clergé et du peuple criant « miséricorde et grâce ». De « leur misérable enfer » pas n'est besoin de dire qu'il ne resta rien : « tous les diables, pensant être « vraiment aux diables, ne se relevaient de la ruine que pour
' (iillet, il)i(l., p. 53 et sq.
^ Le pape avail altaché à celte solennité un trésor niiiiiiio triuihilgences. [Bulle du 6 lien Ides de février 1475, ou 8 février).
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« s'cnriiir dans les rues comme dfs onrag«''S», cl dans VrVdi le plus piteux. Par un prodige inouï, « de tant de peuple renversé et avec « tant de violence, il n'y en (mst pas un de mort sur la place ■>•> ; mais le nombre des blessés fut considérable, ainsi que la perle ou la ruine d'une foule d'objets précieux ou curieux. Parmi ces derniers se trouvaient « deux testes de diables qui furent apportées à « Langres, et qui depuis ont esté envoyées à Paris comme choses « 1res rares ^ ». La diablerie de Chaumcnt en fut 1res ébranlée, et le clergé aidant, cette pieuse farce ne larda pas à disparailre.
A Châlons, Gaston de Noailles, qui avait, en 1()9(>, succédé à son frère Antoine, devait s'attaquer moins sagement à l'un des objets de la piété populaire les plus vénérés. Le 19 avril 1707, à sept heures du soir, le prélat se rendait à l'église Notre-Dame, se faisait présenter une relique connue sous le nom du Sajvt Nombril, s'en emparait et l'emportait malgré les instances et les protestations des personnes présentes. En vain les paroissiens de Notre-Dame, avertis, réclament-ils la précieuse relique ; en vain un procès est-il intenté à Gaston de Noailles. Les puissants protecteurs de l'évêque le protègent contre les suites de sa témérité ; mais ni le pieux sentiment qui l'avait porté, en 1697, à fonder en faveur des filles égarées l'établissement des Filles du Bon Pasteur, m Xa, charité qu'il manifesta aux infortunées victimes de l'hiver de 1709, ne lui firent pardonner l'attentat qu'il avait commis - .
Un sujet autrement grave appelait la sollicitude épiscopale. Le concile de Trente, jaloux d'assurer la stabilité et l'honneur du foyer domestique, avait décidé que le mariage ne saurait être valide, s'il n'était, après les publications régulières^, contracté par-devant
» Cl. Mach., 1. 1", p. 366 et sq.
' V. Baugier, t. 11, qui, appelé à signer le procès-verbal dressé par l'évêque, refusa de le faire. — V. aussi dans le Trésor, etc., de Carnandet, t. 11, p. 93 et sq., les Observations présentées à l'illustrissime et révérendissime évêque comte de Châlons, etc. — Consultez aussi Y Histoire manuscrite du diocèse de Châlons, par Gaguey, curé de Chancenay [Bibliothèque de Vitry-le-François) .
^ Ce fut « l'an de grâce 1637, le dimanche 7° jour du mois de janvier, » que fut prescrite à Langres la publication de trois bans avec suppression de toute dispense { CL Mach., t. 11, p. 2i29}.