SUPPRESSION DE DIVERSES FÊTES
le curé de l'un des conjoints, et en présence de deux témoins. Ces dispositions n'entraient que lentement dans la pratique, et sous l'influence de cet esprit d'indépendance qu'avait soufflé la Réforme, il n'était pas rare de voir des personnes, tout en prétendant contracter mariage devant l'Eglise, s'affranchir de ses lois sur la réception de ce sacrement. Elle dut donc, pour les faire passer dans les mœurs chrétiennes, déployer une grande vigilance et parfois une rigoureuse fermeté. Il est intéressant de voir la façon dont en usa Le Tellier envers le directeur du grenier à sel de Rethel et une Jeune fille de la ville, qui, s'étant rendus à Paris,' y avaient fait bénir leur union par le curé de Saint-Gervais. Après avoir obtenu du Parlement un arrêt qui cassait le mariage et remettait les conjoints à sa discrétion, le prélat ordonne qu'ils soient séparés, et qu'après avoir reçu dispense pour la publication des bans, ils se rendent le dimanche suivant à la messe de paroisse. Là, à genoux et un cierge allumé à la main, ils écouleront la lecture, qui leur sera faite publiquement, des lois de l'Eglise sur le mariage, et demanderont pardon au peuple, en donnant pour les pauvres une aumône de 20 livres. Après quoi, ils pourront obtenir de leur curé légitime la consécration de leur union.
Moins régulière, semble-t-il, fut la liberté que prit l'épiscopat de retrancher de lui-même et sans souci de l'autorité du Saint- Siège, quelques-unes des fétcs établies'. (Jue celles-ci ruinassent en quelque sorte l'artisan, on n'en pouvait douter, encore bien que ce fût, moins par le repos plus ou moins prolongé qu'elles lui imposaient, que par l'abus qu'il en faisait au cabaret '-. Aussi le mal
' Clément IX en marquait son élonncmerit, au cominencemcnt de janvier 16G8, au jeune Le Tellier, menaeaul de défaire ee «[u'avaicnl fait les évéques, si d'eux-mêmes ils ne défaisaient ce (ju'il disait « avoir été fait « sans raison. » Lettre du 17 janvier adressée de Rome par Le Tellier à son père (Gillet, ibid., p. IG). 11 faut dire cependant qu'Urbain VIII. par la Itullc Vniversa per orbem, avait, en septembre 1()(»!2, inipiicilemenl apiu-ouvé les motifs de ces cliangemeids, en lixaul le noml)n' des fêtes ol)li-,'atoires (Cl. Mach., t. I, p. 238 et sq.).
* En raison de la dépravation du peupb' « de nos jours », dil C(»quaiMl <'ii mai IGfi?, « plusieurs fêles ne servent (|ue à la dél)auclie ((ui enirelient « les |)euplcs à leur ruine et grand scandale » (p. oi\). Ces fêtes n'cxi-
engendré par l'oisiveté parut-il à Louis XIV une raison suffisante d'engager l'archcYt^que de Paris à donner l'exemple de la réforme. Docile à l'inspiration du roi, Harlay de Champvallon, sur les i4 ff'-tes inscrites au calendrier, en retrancha 17, au grand déplaisir du Parlement(20 octobre 1G()6), et ces retranchements se reproduisirent dans les diocèses en nomi)re variable selon le jugement et la prudence de chaque évoque. Félix Vialart, dés le 21 février 164(5, ayant égard à la misère du temps, avait pris soin d'autoriser le travail en certains jours de fête ; puis, voyant plus de zèle et de ferveur, il avait cru pouvoir en rétablir l'interdiction ; mais comme, aiguillonnés par le besoin, bien des ouvriers négligeaient encore ces fêtes, il prit le parti (il août 1673) d'en remettre au dimanche la célébration. De son côté, « Léonor d'Estampes, archevêque de « Reims, ôta Ja Saint-Marc, la Madeleine, les Innocents et les deux « Sainte-Croix h) • Le Tcllier, après lui, en supprima également quatre (1677). A Troyes, MM. Bouthillier (1688) et de Chavigny (1706) modifièrent à leur tour le nombre des fêtes dans leur diocèse. Mais ce fut en mai 1667 que le chapitre de Reims, profitant de la vacance du siège, ^, paraît avoir fait aux intérêts de l'industrie et de la religion elle-même le plus large sacrifice ; car, outre qu'il abolit les fêtes de saint Barnahé, de saint Nicaise partout ailleurs qu'à Reims, de saint Martin, de sai7it Michel et toutes les fêtes de paroisses autres que celle du patron, il transféra au dimanche qui suit la dédicace de la cathédrale, la célébration de toutes les dédicaces des églises, et aux dimanches suivants les fêtes de saint Barthélémy et de saint Thomas^ ; le jour de la Saint-Laurent on pouvait travailler « jusques à la messe à 7 heures du matin * ». Ces réformes étaient, dit 0. Coquault, « une chose désirée de tous et utile au « bien du peuple et du royaume, quiôtera beaucoup de scandale et
geaient pas toutes d'ailleurs ua repos absolu ; pour un certain nombre le travail était permis après la messe.
1 Oiid. Coq. p. 521.
^ 11 était réellement vacant « depuis 1651, depuis la mort de Léonor <r d'Estampes » (0. Coq., p. 523).
3 Cette dernière fut rétablie par l'archevêque Antoine Barberin (0. Coq., p. 527).
* ld.,p. 521.