‹ Histoire générale de la Champagne et de la Brie depuis les temps les plus reculés jusqu'à la division de la province en départementsChapitre 86 sur 232 · LES QUESTIONS DOGMATIQUES · texte numérisé non relu

LES QUESTIONS DOGMATIQUES

« de mal' », C'était aussi le sentiment du P. Rapin, qui trouvait qu' « il y avait trop de fêtes-». Le savetier de La Fontaine avait donc déjà reçu une ample satisfaction, quand, en 1678, il se plaignait au financier de la multitude des fêtes ; surtout il avait tort de prétendre que

Monsieur le Curé

De quelque nouveau saint charge toujours son prône,

puisque l'autorité ecclésiastique songeait plutôt à diminuer qu'à augmenter le nombre des jours fériés ^ .

Quoi qu'il en soit, la royauté qui avait conseillé ces réformes en fit une nouvelle (1694), en défendant de publier aux prônes des églises les billets d'enchères ou toute autre annonce judiciaire. Il y eut en quelques lieux; et particulièrement à Troyes, résistance de la part des curés, qui se pourvurent devant l'intendant, et l'on en vit un moment plusieurs continuer dans la chaire, au prix de deux sols, la publication des annonces, pour laquelle « le gabeleur » prenait dix sols à la porte de l'église. Mais il fallut céder * .

Les èvêques dans les qîiestions dogmatiques. — Si Louis XIV se crut le droit d'intervenir dans la discipline ecclésiastique, il eut la sagesse de se tenir à l'écart des questions dogmatiques, et de laisser aux évêques le soin de veiller à l'intégrité de la doctrine, réservant, en évoque extérieur, tout son appui pour les décisions souveraines de la papauté.

Les évêques eux-mêmes, il faut bien le dire, n'apportèrent pas tous, dans ce soin, d'égales lumières, ni une égale vigilance, comme ils ne montrèrent pas tous, dans la répression de l'erreur, la même fermeté, ni dans la soumission aux décrets du Saint-Siège le même empressement respectueux. Mais la vérité méconnue devait trouver dans la vertu éclairée de Vincent de Paul et dans legc-nie supéri(Mir de M. de Meaux une protection efficace contre ses déserteurs.

* 0. Coq., p. 522.

« Id., t. m, p. 387.

3 Cette autorité n'était pas d'ailleurs le euro. On sont ici un léger soufllc de l'esprit moderne.

^ Boufiot, t. lY, p. 489.

248 LA PROVINCI^: DK CHAMPAGNK.

Le Jansénisme. — Il no saurait entrer dans notre pensive de refaire l'histoire du jansénisme, de celle doctrine qui, enseignant que le Christ n'est morl que pour les jjrédesliiu-s, et en prétendant que la grâce nécessite au bien, quoi qu'on lasse ou qu'on ne lasse pas, entraîne comme conséquence pratique le désespoir ou le libertinage, ou tous les deux à la fois, en même temps qu'elle ruine les sacrements et la religion, en rendant les œuvres inutiles par la certitude de la damnation ou la loi au salut. Toutefois les progrès que fit cette hérésie dans la Champagne à la faveur de la piété peu éclairée de quelques pasteurs, et l'ignorance générale où sont aujourd'hui les esprits de tout ce qui s'y rapporte, nous paraissent demander ici un certain exposé des agissements obstinés de la secte.

Nous devons d'ailleurs remarquer que, par une contradiction flagrante avec son principe, et comme un hommage rendu à la justice et à la rigueur divine, aussi bien que comme une opposition éclatante avec la morale soi-disant relâchée des Jésuites, le jansénisme affectait un rigorisme d'enseignements et de mœurs qui lui avait fait une sorte de popularité et gagné tout un parti parmi les princes, la noblesse, les femmes brillantes et la fraction la plus active du clergé. L'ambitieux pouvait trouver là des alliés de tous rangs prêts à le servir, pourvu qu'il sût gagner chacun par l'espérance de son triomphe personnel. Paul de Gondi le comprit, et en représentant le gouvernement de Mazarin comme un obstacle presque universel à toute sorte de bien, qu'il convenait aux hommes de cœur de combattre avec l'autorité de leur nom, de leur influence et de leurs ressources, cet esprit remuant et brouillon mena si habilement l'intrigue qu'il intéressa les sectaires au succès de la Fronde ' . Aussi Mazarin, une fois vainqueur des ennemis du gouvernement, conibattra-t-il les progrès du jansénisme avec autant de fermeté que Louis XIV devait mettre d'acharnement à poursuivre les auteurs et jusqu'aux souvenirs de la Fronde.

Née en 1640 avec VAîigustinus de Jansenius, la nouvelle hérésie avait si rapidement grandi que, pour arrêter son développement,

' On peut voir dans VHistoire de Louis XIV, de Gaillardin, t. Il, p. 181, l'appui coupable qu'il reçut de l'évêque de Châlons pendant sa VÎB vagabonde hors de France et dans le royaume.

Page 1