CONDUITE DES DE NOAILLES
soin de leur donner, sous le nom de Catéchisme ou Doctrine chrétienne, une sorte de code abrégé des lois de Dieu et de l'Eglise, contenant, dans un ordre simple et facile, les vérités essentielles de la religion ' ; mais ils firent aux curés une recommandation expresse de l'expliquer aux enfants, et d'adresser, particulièrement le dimanche, à leurs paroissiens, des instructions familières propres à les instruire et à les édifier. C'est ce que prescrivait, en 1647, Léonor d'Estampes, en renouvelant à cet égard les canons du concile de Reims, tenu en 1583. On était cependant alors exposé à toutes les fureurs de la Fronde, et l'article 24 de son ordonnance « nous montre les églises servant de remises aux bestiaux, aux « bois et aux fourrages : on y a, dit-il, organisé des chambres, des « greniers et des boutiques jusque dans les chœurs et chapelles ; « on y vend à boire et.à manger, et les hommes et les femmes y « couchent comme dans des maisons ordinaires. Le mal est si grand « que l'archevêque se borne à défendre la célébration des offices, « que tout au moins le chœur, chapelles et autels ne soient vides « et remis en V ordre requis, les pailles, bois, charbons et autres « ustensiles hors l'église^ ».
On vit même des prélats, comme Yialart, comme Bossuet, se faire un devoir d'annoncer eux-mêmes aux fidèles la parole de Dieu. Ils ne s'en tinrent pas là, et pour échauffer leur foi ils recoururent à des missions. Dès le 0 octobre 1604, l'évêque de Chàlons en entre-
' Ce fut ce que firent à Sens Octave de BeKegarde, vers 1623; à Chàlons, Vialarl, en 1660 ; à Reims, Le Tellier, en 1684, pour le petit catéchisme, et en 1692 pour le grand, emprunté comme l'autre aux diocèses d'Angers, de la Rochelle et de Luçon ; à Troyes, de Chavigny, en 1703, l>our remplacer celui de M. Mallier, dont les exemplaires étaient devenus rares et le langage suranné ; à Mcaux, Bossuet (1687), dont le Catéchisme dogmatique, chef-d'œuvre de précision et de clarté, était accompagné d'un Catéchisme historique dû à la plume de l'abbé Fleury, (pii sut y répandre un vif intérêt, et d'un exposé spécial de toulo la législation de l'Eglise sur le culte public et sur les solennités religieuses, ([iio le prélat publia dans son synode de 1686. (V. Hist. de Yialart, ]>. \±1 . — Etude sur Ch.-M. Le Tellier, p. 63. — Courlalon, tome I", p. 438. — Bausset, l. VII, §13.)
* Portagnicr. L'enseignement dans Varchidioccsc de Reims, p. 328 (Travaux de l'Académie de Reims, 1880).
264 LA PUOVINCH DK CHAMPAGNE.
prenait iino généralo dans tout son diocôso, à laquollf fiiront employés, sous la conduilc du P. Eudes, In-rc de l'historien Mézeray, quarante ecclésiastiques choisis parmi les docteurs de la Sorbonne et les prêtres de l'Oratoire. Celte mission, qui ne dura pas moins de deux ans ', et qui se termina à Chàlons par un (udoda-fc où furent livrés aux flammes un certain nomljre de mauvais livres remis aux missionnaires, avait demandé à Félix Vialart de grands sacrifices d'argent. Il dut, afin de soutenir cette dépense, vendre pour 40,000 livres de son argenterie, et comme il ne s'en était réservé que les pièces les plus indispensables, il n'usa plus, à partir de ce temps-là, que de vaisselle de faïence -.
Montpesat de Carbon, successeur de Gondrin,doinia également dans son diocèse des missions générales (1077), et il en chargea les Jésuites, pour lesquels il avait autant d'affection que son prédécesseur leur avait marqué d'éloignement ; car Gondrin ne fut pas seulement un des ennemis les plus ardents de la casuistique, mais il alla jusqu'à menacer d'excommunication quiconque s'adresserait à la société de Jésus pour la confession. La mission que donna Bossuet dans les paroisses de la ville de Meaux en prenant possession de son siège, présenta cette intéressante particularité que le prélat choisit pour coopérateurs avec des Pères de l'Oratoire l'abbé Fleury et l'abbé de Fénelon, dont il avait distingué les mérites, et dont il se plaisait à encourager le talent.
La sollicitude de nos prélats pour le salut de leur troupeau ne leur permettait pas de demeurer indifférents à celui des protestants, surtout à partir de la révocation de l'édit de Nantes. Cette mesure, réprouvée par notre siècle, n'avait point reçu de l'opinion publique en France l'accueil que nous serions tentés de supposer. Non-seulement elle répondait aux principes mêmes du protestantisme, lequel hésitait d'autant moins à réclamer le concours du bras séculier pour contraindre les consciences, que le droit d'interpréta-
^ Elle eut lieu à Vitry en 166o, où elle se termina, le 27 septembre, par une procession générale, à laquelle assistèrent to\itcs les juridictions, la compagnie de l'arquebuse et la milice bourgeoise {Recueil de M. de Ballidart, et Hist. de l'ancien et du nouveau Vitry, p. 198).
■2 Hist. de Vialart, voir p. 149 à loi.