‹ Histoire générale de la Champagne et de la Brie depuis les temps les plus reculés jusqu'à la division de la province en départementsChapitre 93 sur 232 · SOLLICITUDE DES EVEQUES POUR LE SALUT DU PEUPLE · texte numérisé non relu

SOLLICITUDE DES EVEQUES POUR LE SALUT DU PEUPLE

tion individuelle, sur lequel il repose, tendait à ruiner l'autorité des docteurs de la secte comme de l'Ecriture', mais elle était réclamée par les esprits les plus modérés, jaloux de rendre au royaume, avec l'uniformité de croyance, l'union des cœurs et la paix dont la Reforme l'avait privé sans profit sérieux pour sa prospérité. Aussi applaudit-on Bossuet exaltant, dans l'oraison funèbre de Michel Le Tellier (25 juin 1686), la piété du roi, nouveau Constantin, nouveau Théodose, nouveau Marcien. Les arts comme les lettres rendaient hommage au zèle de Louis XIV : quand, à l'occasion de l'inauguration de la statue du prince, œuvre de François Mignot, qui orne la façade de l'hôtel de ville, le sculpteur Girardon vint offrir à sa ville natale le célèbre médaillon du roi qui décore le salon de cet hôtel, Troyes accueillit l'artiste et son œuvre (3 septembre 1687) par des acclamations enthousiastes, et au bruit de l'artillerie et des cloches : le médaillon était consacré au pieux triomphateur toujours auguste qui a éteint l'hérésie : Pio triumphatori semper Augusto cxtincta Jueresi'^.

Toutefois il est juste de reconnaître que les évêques de la Champagne usèrent avec modération de la puissance que leur donnaient la révocation de Tédit de Nantes et le sentiment public : c'était sur le terrain de la doctrine et de la morale qu'ils entendaient soutenir la lutte avec les réformés, c'était à la persuasion qu'ils voulaient

' 11 faut entendre ce que dit sur ce point le ministre Jurieu, cinq ans même après la révocation de l'cdit de Nantes : « Les princes et les magis- « trats sont les oints de Dieu et ses lieutenants sur terre... Mais ce sont « d'étranges lienlenanls de Dieu, s'ils ne sont obligés à aucun devoir par « rapport à Dieu on laiil (|ue magistrats.... », conmie « d'empét lier la « révolte coiilro ce Dieu, alin ((uc le peuple n'en choisisse \\\\ autre, ou « ne serve le vrai Dieu autrement qu'il ne veut être servi ». Jurieu, en consé(piencc, invite les princes à géncr, à bannir les hérétiques ; il permet même « ([u'on procède jusqu'à la peine de mort, lorsqu'il y a des « preuves suffisantes de malignité, de mauvaise foi, de dessein de troubler « l'Eglise et l'Etat conjoint avec audace, impudence et mé[)ris des lois » (Bossuel, Sixième avertissement aux protestants, III" partie). A quoi iiossuct, tout (Ml Jusiifiaiit par ces aveux protestants la conduite des l>riiiccs ealli()lii|uos, ;ijoul:iil : « Le droit est certain, mais la modération « n'en est |ias moins nécessaire » [Hist. des Variations, liv. X).

-' Courlalon, t. l^-", p. 207 à 209.

m) LA PUOVINCK l)\i CHAMPAGNE

demander la victoire. Telle fut en particulier la conduite dcBossuet à l'égard des protestants. « Par une circonstance singulière, le « dio- « cèse doMeaux, qui avait été le berceau du calvinisme en France « en l'ut aussi le tombeau» ; car, si la ville de Meaux fut la première où la Réforme éleva un temple (1546) ', ce fut à Lisy, dans le diocèse, que se tint, au mois d'août 108.3, le dernier synode national assemblé avec l'autorisation du gouvernement. Ce synode tint une session de près de trois semaines, d'ailleurs assez stérile ; il était composé de 54 ministres et présidé par Alix, le plus accrédité' des minisires de Charenton^ La Ferté-sous-Jouarre, qui, après Meaux, comptait le plus d'hérétiques, fut dans le même temps l'objet d'une mission spéciale qui dura tout l'avent, et dont Bossuet se plut à encourager le succès par sa fréquente présence et ses sages avis. L'édit de Nantes révoqué, Bossuet ouvrait dans la chapelle de son palais des conférences régulières pour les nouveaux convertis, qu'il admit ensuite à des entretiens particuliers pour éviter l'éclat et le tumulte des discussions publiques, plutôt faites pour exalter les amours-propres que pour convaincre et pacifier les esprits.

Dans le diocèse de Reims, c'était surtout la ville et le pays de Sedan qui appelaient l'attention de Le Tellier. En prenant le gouvernement de ce diocèse, le prélat y avait trouvé, comme il l'écrivait en 1693 à Mabillon, treize eooercices de la religion prétendue réformée, et une académie fameuse ^, établie à Sedan, où les hérétiques enseignaient les humanités, la philosophie et la théologie ' . Grâce « à la protection que le roi donnait à l'Eglise », les catholiques, par suite de la réunion de la Souveraineté sédanaise à la couronne (1641), avaientobtenu pour leurs enfants (1663) la création

' Lettre pastorale, en date du 24 mars 1686 (Bansset, p. 182).

•^ Bausset, t. Vil, § 16.

3 Cette académie Jeta, en effet, pendant un temps un assez vif éclat. Au nombre de ses derniers professeurs était le célèlire Bayle, qui, en sa qualité de relaps et en vertu des lois du royaume, aurait dû être exclu de renseignement public, et qui, pour échapper, tlit-on, à toute recherche, eut soin de changer l'ortographe de son nom, écrivant Bcle au lieu de Bayle, ainsi que le témoignent les registres de l'acadcmie. A la suppression de celle-ci, il se retira en Hollande.

■* Mabillon, Œuvres posthumes, t. I, p. 481 .

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