‹ Histoire générale de la Champagne et de la Brie depuis les temps les plus reculés jusqu'à la division de la province en départementsChapitre 94 sur 232 · LEUR CONDUITE ENVERS LES PROTESTANTS · texte numérisé non relu

LEUR CONDUITE ENVERS LES PROTESTANTS

d'un collèf/e, cl cette maison ', placée sons la direction des religieux de l'ordre de Jésus, n'avait pas tardé à faire une redoutable concurrence à l'académie. Celle-ci ayant été supprimée par arrêt du 9 juillet 1C81, les bâtiments en lurent, cinq ans après (5 novembre 1686), concédés aux Jésuites, qui en jouirent jusqu'à la suppression de leur ordre en France (1762). La dissolution de l'académie avait laissé libre une rente de 3,000 livres. Le Tellier obtint que cette somme lut affectée à la fondation et à l'entretien d'un séminaire catholique. S'étant ensuite rendu à Sedan au mois d'octobre 1682, il dressa les règlements de la nouvelle maison, et la remit aux mains des Lazaristes, qui ne devaient y enseigner que la philosophie " .

Ces divers établissements, par les fruits qu'ils portèrent, changèrent complètement la face de l'ancienne principauté. « Les treize « exercices sont tous supprimés, reprend Le Tellier d'un air « triomphant, tellement que je n'aurai plus dans toute l'étendue de « mon archevêché, qui est, comme vous le savez, très grand, que « le temple qu'on va bâtir dans le faubourg du rivage de Sedan ; « et de douze mille huguenots que j'avais dans mon diocèse, il ne « m'en reste plus guère que la moitié^». 11 devait travailler à affermir dans la foi les nouveaux convertis et à éclairer ceux qui chancelaient encore, en leur envoyant pendant sept mois des missionnaires instruits, et en répandant parmi eux V E.rposilion de la doctrine de VEglise sur les matières de controverse, « ouvrage « excellent » sorti de la plume de; Bossuet, alors qu'il était évêque de Condom, et dont l'apparition avait jeté le trouble parmi les ministres protestants*.

Les écoles fournissaient du reste à tous les évêques un puissant moyen de faire pénétrer la vérité avec les premières connaissances dans l'esprit des enfants ; car la déclaration royale du 13 décembre l()î)8 non-seulement confirmait l'article de l'édil d'avril 1695 en ce

* Les bâlimciils fiiroiil coiislniils cii 1(>77.

- Après deux aiiiièos (1(^ |)liiI()S()|)lii(', les élèves riaiciil Ir.iiisl'rrès à Riùins pour loiirs ètiidos tlièologùiiuïs.

3 Mahilloii, il»i(l. — Disons ;\ co siijot (pic le prêrlu' d'Ay fui sui>piiniè le ;U mars l()8f;.

^ Lctlic do Le Tellier, ap. Gillel, p. i^'o, 12().

^2GS LA PROVINCK DK CHAMPAGNE.

qui touchait la juridiction ecclésiastique, mais encore voulait « que « l'on établît autant qu'il sera possible des maîtres et des maîtresses u dans toutes les paroisses où il n'y en avait point, pour instruire « tous les enfants, et nommément ceux dont les prres et mères ont « fait profession de la religion prétendue réformée.... » (Art. 9). Elle prescrivait aussi aux familles d'envoyer leurs enfants auxdites écoles et au catéchisme jusqu'à l'âge de quatorze? ans, sous peine « d'amende ou de plus grande peine, suivant l'exigence des cas » (art. 10)' .

Les troubles de la Fronde, qui éprouvèrent si cruellement la Champagne, n'y avaient pas causé tant de maux sans relâcher dans les écoles les liens de la discipline, ni énervé les éludes, sans menacer de ruines les édifices eux-mêmes, dont ils paralysaient l'entretien. Aussi le recteur de l'université rémoise, Thomas Mercier, n'eut-il rien de plus pressé, après la paix des Pyrénées, que de faire réparer les bâtiments du collège et de mander de Paris quatre commissaires, afin de dresser avec eux des statuts pour les quatre facultés. Ces statuts, rédigés en 1660, furent enregistrés en 1662 par le Parlement^ . Ceux de la faculté de médecine limitaient à dix le nombre des médecins, pour éviter à la ville les inconvénients d'une concurrence excessive, ne 2(rhs ipsa vhnia nicdicorum turha graoelur (§ 24). Quant au règlement de la faculté des arts et du collège des Bons-Enfants qui en faisait partie, il défendait d'apprendre l'escrime et d'accueillir dans la maison des musiciens, saltimbanques, histrions et toutes gens capables de distraire des études (§ 85). Il obligeait les professeurs de rhétorique et de seconde à faire déclamer leurs élèves tous les samedis et à prononcer eux-mêmes deux discours chaque année (§ 6). Défense expresse d'user de la langue vulgaire en classe et dans les récréations : on ne tolérait que l'usage du latin ou du grec, et les fautes contre la grammaire étaient punies (§ 84 et 118). Ce règlement, le premier du collège dont on ait connaissance, devra être, en 1692, expliqué et commenté par un autre en vingt articles, que

' Isambert, t. XX, p. .317, et, pour redit d'avri!, p. Sol.

2 Ils présentent Ht articles pour le collège et la faculté des arts ; 50 pour la faculté de théologie ; 38 pour celle de droit, et 30 pour celle de médecine. (Variu, Arch. admin. de Reims, Statuts, t. II, p. 629 et sq.)

RESTAURATlOiN DES ECOLES ET DES ÉTUDES. 269

donna Le Tellier, et où nous lisons (§ 9) quo, « pour seconder les « bonnes intentions de la ville de Reims, qui a donné un revenu « considérable à l'établissement, afin que l'instruction se fasse « gratuitement, il est interdit au principal d'exiger des écoliers a plus de deux sols six deniers chaque mois, et recommandé d'avoir « de la considération pour les pauvres ' ».

Ces sacrifices de la ville n'étaient pas superflus : Depuis plus de 30 ans, ditO. Coq. en 1660, notre collège « ne bat... que d'une aile ». « Mal soutenu, mal conduit par les principaux », il finira par demeurer « tout à fait sans enfants - ». Joignez à cela qu'il est tenu en échec par la faveur dont jouissent les Jésuites : chose étrange, personne n'aime « ces gens, pas même ceux qui leur confient leurs « enfants », et leur établissement regorge d'élèves. Mais aussi que n'ont-ils pas imaginé ?. C'est une de leurs inventions « de faire com- « poser les enfants es classes depuis la sixième jusques à laprec( mière, tant en grec que latin, prose et poésie, selon la portée des « classes, et donner des prix en livres à ceux qui font le mieux^». « Pour avoir l'applaudissement du peuple », la ville a dû « faire le a même pas », et finalement elle n'a qu'à s'en féliciter, car depuis l'établissement de l'Université par le cardinal de Lorraine , son collège « n'a été en la splendeur qu'il est » présentement (1666)*; mais le sacrifice est lourd. « Ces messieurs les Jésuites gouvernant « tout le monde ont toujours trouvé tous les ans et en tous leurs « collèges quelques seigneurs puissants pour donner les prix et en « faire la dépense, qui va à quatre ou cinq cents livres d'argent « qui s'emploient en beaux livres ». Mais il n'en va pas de même

^ kl., ihid., p. 645.

2 0. Coq., p. 418, 419.

3 Ce fut le P. Laynez, second général de la Compagnie de Jésus, théologien du pape au concile de Trente, et son représentant en France au colloque de Poissy, (jui, en 1564, institua les distributions de prix. La première distriijution eut lieu à Rome, au mois d'octobre, et les ouvrages décernés, chefs-d'œuvres des littératures anciennes, furent dus à la libéralité du cardinal Farnèse. Les élèves jouèrent d'abord nne pièce dramatique dont la conclusion morale était celle-ci : Les études n'ont d'autre but final que la gloire de Dieu et le service de la patrie.

* Il comptait vers la tin du siècle 437 élèves. (Ribl. nal.. m. fr., n° 20708, f- 05).

^^70 LA l'KOVI.NCI': \)K CHAMPAGNE.

pour la ville, et si, (Icpuis six ans', le Chapitre, le Pr(''si(lial et quelques puissants ont supporté cette dépense, en « HiOfi il ne « s'est présenté personne à cet effet ». Le coi'ps de ville a dû le faire, et l'a fait gracieusement, mettant dans les prix « les noms « des enfants qui les ont emportés en chacune classe », tant il « avait de zèle à détruire ceux qui voulaient faire curée de son « collège"'^ ».

Le corps de ville ne s'en est pas tenu là : il a ('-tendu ses libéralités aux professeurs de l'Université et s'est plu à encoui'ager par des récompenses leurs savants travaux ; aussi a-t-on vu ceux-ci se multiplier avec les témoignages d'intérêt dont ils étaient l'objet. Le 29 juin l()(j(), M. de Mailli avait présenté au conseil des thèses sur la bonté de l'air de la ville, et le conseil, peu content de décider qu'il lui serait fait présent de quelques volumes pour une valeur de 150 livres, s'était rendu, le 2 juillet, à l'école de médecine pour entendre ces thèses. Le 24 juillet suivant, M. Cloquet, régent de la logique, et le 20 octobre, le P. de Fournieux, augustin, font hommage des leurs au conseil. Celui-ci n'accepte cependant pas toutes les thèses qui lui sont offertes : il refuse, le 21 mai 1069, celle d'un étudiant des Cordeliers ; rejette, le 15 décembre 1072, celle d'un nommé Lepoivre : ne serait-ce pas une faute de se montrer trop complaisant? Mais, lorsque l'occasion le demande, il sait être magnifique. Invité à la soutenance des thèses que les PP. Augustins lui avaient dédiées, il s'y rend le 21 avril (1074), après avoir voté « 200 livres et un poinsson de vin » pour aider les bons religieux à faire dignement les frais de la solennité. Une autre fois, il reconnaîtra par le don de quatre pistoles l'hommage que lui fit le régent de la seconde d'un poème de sa composition ^ .

C'étaient là de précieux encouragements qui profitaient à l'enseignement de la jeunesse, et 0. Coq. devrait s'estimer heureux que la concurrence des Jésuites eût réveillé son collège de la léthargie où il était plongé ; mais, quand il s'agit do cet intérêt, notre chroniqueur ne sait plus ce que c'est que justice, et sa plume n'a pas assez

1 Depuis 1660.

2 0. Coq., p. 490, 491.

3 V. les Mémoires inédits de René Bourgeois aux dates indiquées, et 1G70 18 juillet, 1673 10 mai, elc.

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