ENCOURAGRMRNTS AUX LETTRES PAR LA MLLE DE RELMS
de fiel à distiller contre la compagnie de Jésus. Ne prétendent-ils pas être incorporés à l'Université, en «'appuyant sur un décret qu'ils auraient obtenu de Henri IV en 1600, et jouir, en conséquence, de l'avantage de faire soutenir des thèses en leur collège et par leurs écoliers en présence des examinateurs de l'Université, de délivrer des certificats d'études et de prendre rang, dans les processions de l'Université, immédiatement après le collège des Bons- Enfants? En vain, le 3 septembre 1G17, Louis XIII a-t-il confirmé le droit des Jésuites ; en vain, répondant à la prétention du recteur Mercier de les en priver (16(î0), divers arrêts ^ les ont-ils maintenus dans leur possession : l'Université en appelle à Louis XIY (août 1(564). Suivant elle, ces arrêts, comme le décret d'agrégation luimême, ont été obtenus par surprise, et il ne pouvait en être autrement ; car, dit-elle au roi, c'est une « maxime indubitable que Votre « Majesté n'est en façon quelconque, ni pour telle cause que ce « soit, sujète aux censures de cour de Rome, et les Jésuites ne veu- « lent point y souscrire ». L'argument ouvrira-t-il les yeux au roi? « Chacun dit que le roi ne devrait souffrir tels gens en son royaume. « Le roi le sait aussi bien que ceux qui en parlent, et aussi nos « seigneurs de son conseil. Mais la manique de cette secte de Jésuites « est si puissante qu'il faut que le roi le dissimule ». « On ne « croit donc pas que la requête sera reçue. Mais, reçue ou « non, ils seront toujours harcelés et troublés pour leur incorpo- « ration ; et telle cliose que fassent leurs écoliers, il ne leur sera. « donné de degrés par VUniversité'^ ». La requête ne fut point reçue, et l'opposition s'assoupit, jusqu'à ce que le recteur Le Roux s'avisa, en 1G95, de ne point inviter les Jésuites à la procession annuelle. Grande émotion de leur parti : l'alfaire est déférée à Le Tellier, et l'archevêque, croyant mettre tout le monde d'accord, supprime les processions. Mais cette mesure n'élait point une solution : la question de droit demeurait toujours ; aussi le litige se réveillera-t-il en 1724, pour passer par diverses phases jusqu'à la suppression de l'ordre des Jésuites (1762).
* ArrGls du 31 octobre cl du 11 décombrc 1663, du ^t) avril et du 8 juillet
^ Oiid. Co([, j). 448-453, 47ii, 474. Les dispositions passionnées dont il se l'ait rinlerprète sont à méditer.
tn LA PROVINCE DK CHAMPAGNR.
Le véritable crime des J«''suites (Mail le siicers do leur enseignement ; car, à dire vrai, « ce serait perdre le temps, dit Marlot, que « de marquer les signal(''S personnages [de leur ordre] qui ont « enseigné les lettres [dans le diocèse de Reims] ; leurs noms ne se « peuvent trier, puisqu'ils égalent le nombre des religieux qui y « ont vécu jusqu'ici ' ». Ainsi, à Paris même, la prospérité de leur collège de Clermont^ devait-elle précipiter la ruine du collège de Reims. En vain l'archevêque de Reims, qui était proviseur de ce dernier, essaya-t-il d'améliorer la situation, en rétablissant l'équilibre entre les recettes et les dépenses : les elTorts de Le Tellier demeurèrent impuissants, et la maison finit par n'avoir plus qu'une existence précaire.
Epernay voyait décliner son collège : un legs de Georges Fagnicr, lieutenant du bailli, vint, en 1683, contribuer à le relever ^.
Rcthel avait perdu le sien, détruit par les ennemis. Grâce à la donation d'un revenu de 000 livres, faite par un bourgeois nommé Jacques Râtonnier, la ville put en ouvrir un nouveau, qu'elle installa dans une maison voisine de celle où pendait l'enseigne du Cigne, et le doter d'un règlement le !2:2 septembre 16ot)*.
Ainsi Jean Réchet, bourgeois de Paris, avait-il, en 1653, gratifié l'hospice de Mouzon de plus de 300,000 livres pour assurer l'instruction gratuite des enfants de la ville. Deux professeurs leur donnaient des leçons de latin depuis la sixième jusqu'à la rhétorique exclusivement. Ainsi Philippe de Croy, prince de Chimay, avait-il, en 1640, établi à Revin un couvent de Dominicains qui
* D. Marlot, t. IV, liasse lo des Jésuites.
^ Le collège Louis-le-Grand, à partir de 1682. invité en 1674, à une distribution de prix, Louis XIV s'en était montré enchanté, et les Jésuites exploitant habilement la satisfaction du roi, avaient, dans la nuit même qui suivit, remplacé leur vieille inscription
Collegiuiit Claremontanum Societatis Jesu par celle-ci :
Colleghiiii Ludovici Magni.
Mais ce fut en 1682 que ce titre fut oftîciellement reconnu par Louis.
3 Le legs fut présenté au conseil, le 23 décembre 1683, par M. Thierry Fagnier, seigneur de Vienne et des Conardins, qui le grossit d'un don de 89 livres (Fiévet, Hist. d'Epernay, p. 239).
* Rethel et Gerson, par Chéri Pauftin, p. 137.