GRATUITÉ DE L'ENSEIGNEMENT. —EXERCICES LITTÉRAIRES
testants cet esprit de modération et de douceur qui était rame de leur institution, quand plusieurs de ces jeunes gens, poussés par leur parti, vinrent au collège (16 février 1669) armés de bâtons, de baïonnettes, de pistolets, et y firent irruption. Effrayés de leur attitude, les régents quittent la place et se réfugient à l'hôtel de ville. Les officiers municipaux prennent alors avec eux des hommes d'armes, font arrêter les mutins et leur infligent des châtiments sévères. Comme les Pères étaient, quelques jours après, insultés dans la rue, de nouvelles rigueurs frappent les séditieux. « Les pro- « testants comprirent enfin que la ville était décidée à protéger et « à maintenir ses régents : ils ne renouvelèrent plus leurs inutiles « tentatives ' ».
Presque partout l'enseignement était gratuit. Il le fut d'abord à Ti'oyes ; mais le collège de Pithoa {Trœcopitheanum) ayant pris sous lesOratoriens un développement considérable, il arriva que les besoins s'accrurent bien au-delà des ressources, et les Pères furent autorisés à percevoir successivement un écu, deux écus, sur les élèves, sauf les théologiens, les physiciens et les élèves pauvres; les logiciens ne payaient qu'un écu - . Comme chez les Jésuites, le programme des études comprenait des exercices litttéraires à différentes époques de l'année, et l'année scolaire se terminait par la représentation d'un drame, qui était l'œuvre du professeur de rhétorique. Or il advint, en 1659, qu'on devait jouer la tragédie de Rosemonde, fille de Cunimond, roi des Gépides. Le théâtre était dressé au tripot ^ du Bracque, les bancs étaient préparés pour les spectateurs, tm marclie-picd pour le corps de ville, quand le bailli, blessé de voir les officiers royaux relégués au second rang, s'avisa que le programme contenait des vers injurieux pour la mémoire do nos rois, et, sur la demande du procureur du roi, interdit la représentation. Les préparatifs n'en continuèrent pas moins; mais, quand, au jour fixé, l'échevinage se présenta, il trouva close la porte
' Hist. du collège de Yitry, par Hérollo, p. I à IG.
* En 1694, les ressources anmicllos étaient de 3,786 livres ; et les dépenses ol)ligaloires s'élevaient à 4,868 livres. Les Pères, au nombre de onze, don! un suppléant, recevaient chacun 300 livres ; deu\ frères et le portier, cliacuii 200 livres, et un valet loO livres.
•* On désignai! ainsi le lieu aiït?clé au jeu de [laume.
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du jeu (le paiituc. I^a faire voler m ('-elals el entrer tiioinplialement dans la salle en commandant aux trompettes de sonner, aux Oratoriens de faire commencer la représentation, fut pour le maire un coup d'autorité fort applaudi de la foule. Cependant le bruit des trompettes n'avait pas inipunément retenti aux oreilles du procureur du roi. Ce magistrat accourt avec un conseiller, et fait appréhender l'un des musiciens, qu'un huissier conduit sur le champ aux prisons, tandis que les autres continuent de jouer. Le maire intervient, et apiès un échange d'explications 1res vives, l'échevinage, qui se trouvait sur son terrain, l'ait mettre dehors lés deux officiers. L'assistance allait enfin jouir du spectacle annoncé : les élèves-acteurs entrent en scène; mais on s'aperçoit que l'un d'eux l'ait défaut : Rosemonde avait été traîtreusement saisie et enfermée par M. Le Bé. 11 y eut grand tumulte, mais il fallut se retirer (22 août). Décrétés le lendemain de prise de corps par le bailliage, les échevins en appellent au Parlement et n'ont aucune peine à se faire décharger de toute poursuite (20 août). Mais le bailliage avait rendu une sentence aux termes de laquelle les Pères de l'Oratoire devraient « communiquer à l'avenir le programme de « leurs tragédies et actions publiques aux officiers du roi, coynme « de coutume ». Les PP. s'adressèrent à l'intendant, et à la suite d'une sévère admonestation que fit M. Voysin à MM. du présidiai, ceux-ci annulèrent avec la clause la sentence qui avait été rendue contre les PP. Trois ans plus tard (1()72), dans une circonstance semblable, une nouvelle scène de violence, suscitée par les ombrageuses susceptibilités du même tribunal, amena le supérieur du collège à faire appel au pailement, et le parlement se contenta de condamner les PP. à réserver aux officiers du roi le rang de sièges qui leur appartenait.
On peut croire que la cité troyennc, aussi attachée aux Oratoriens qu'elle était hostile aux Jésuites, ne répudia pas les principes des directeurs de son collège, et que l'esprit de Port-Royal, dont ceuxci étaient animés, s'infiltra quelque peu dans le sang de la population. Il est certain que les relations qu'on entretenait avec les solitaires de Port-Royal furent pour le timide et craintif Nicole un puissant encouragement à venir à Troyes, et, comme nous le verrons tout à l'heure, à doter la ville d'une institution vouée à l'enseignement.