LES COLLÈGES PLUS NOMBREUX ALORS QU'AUJOURD'HUL
Après bien des vicissitudes, le collège de Provins avait été remis aux soins des Oratoricns(1670), qui le conservèrent jusqu'à la Révolution, aux applaudissements de tous.
A Meaux, le collège était tout à fait tombé, en 1647, quand l'évêque, Dominique Séguier, frère du chancelier, l'unit au séminaire et lui rendit ainsi sa première prospérité. Les professeurs paraissent avoir toujours été des prêtres séculiers sous la direction du supérieur du séminaire.
A Paris, après avoir subi des alternatives de succès et de revers, le collège de Sens ou des Grassùts se voyait menacé de ruine par l'imprudence d'un de ses administrateurs. Le principal, François Framerv, avait pensé alléger les charges de sa maison, en y associant (22 mars 1696) le collège des Lombards, qui, depuis environ quinze ans, servait d'asile à de jeunes étudiants irlandais. Il n'avait fait que les aggraver, et le parlement dut, par un arrêt du 4 mai 1710, rétablir les choses en l'état primitif, en ordonnant la disjonction des deux établissements, et en interdisant soit au procureur du collège des Grassins de faire aucune dépense extraordinaire au-dessus de 300 livres sans le consentement écrit du principal et du plus ancien boursier théologien, soit aux principaux de « faire « à l'avenir aucun contrat que par l'autorité de la cour ' ».
Ainsi, au milieu d'incidents divers, les collèges de la Champagne que nous avons vus naître, poursuivaient le cours de leurs destinées. Ces établissements étaient d'ailleurs plus nombreux qu'ils ne le sont aujourd'hui. Dans la seule « portion du département de « l'Aube qui dépendait de l'intendance de Champagne, et qui « possède aujourd'hui un collège [Bar-sur-Aube], et un lycée « [Troyes], il y avait six collèges, ceux de Troyes, lîar-sur-Aube, « Brienne, Ghaourcc, Mussy-sur-Seine, Vendeuvre ; dans la partie « du département qui dc'pendait des intendances de Paris et de « Dijon, et qui n'a anjounriiui ni lycée ni collège, il y avait trois « collèges, ceux de Nogent-sur-Seine, d'Ervy et de Bar-sur-Seine -w : neuf collèges au commencement du XVIII* siècle pour un collège et un lycée au XIX^
Si le clergé n'avait pas fondé tous ces établissements, il en avait
^ Biizy, Notice historique sur le collège des Grassins, p. 1,{ à :2I . "•' L'Administration des Intendants, p. 108.
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partout favorisé la crc'alion, et partent il avait concouru à leur prosporitr. Aiusi lit-il pour les ('colcs de l'cnlancc. L'Kglise avait voulu (pic celle-ci y reçût rinsiructiou gratuit»^, et après le concile do Trente^ les l'itals d'Orléans avaient consacré cett(! obligation '.
Un prêtre se trouva qui, pris d'un vil' amour de la jeunesse pauvre, et appelé à recueillir l'héritage du saint fondateur de l'ordre de l'Enlant-Jésus, qu'il avait secondé dans l'accomplissement de son œuvre, allait, en travaillant à faire pour les garçons de sa ville natale ce qu'avait fait pour les filles le vénérable Nicolas Roland-, devenir le père d'une congrégation vouée à l'éducation des enfants pauvres et prête à répandre son zèle par le monde entier. J.-B. de La Salle, né à Reims le 3U avril 1G51, y avait fait à l'Université de brillantes études^ , à la suite desquelles il avait obtenu avec éclat le titre de maître es arts (1669). Puis, élève du séminaire de Saint- Sulpice, il y étudiait depuis deux ans en Sorbonne, quand la mort de ses parents vint le rappeler à Reims. La nécessité oîi il fut de prendre la direction de la maison paternelle au milieu de nombreuses difficultés, ne le détourna point de ses études théologiques, et sur les conseils de M. Roland, le futur éducateur des enfants du pauvre recevait, le 9 avril 1678, l'ordination sacerdotale des mêmes mains qui, huit ans auparavant, avaient sacré Bossuet, l'éducateur des rois. Quelques jours après, la mort lui enlevait son guide; mais celui-ci lui avait légué deux aides puissants dans une noble dame de Reims, nommée Maillefer, qui de l'horreur de la pauvreté et de la maladie s'était tout-à-coup portée par un mouvement céleste vers le soin des malades et des pauvres, et dans l'amiénois Nicolas Barré qui remplissait chez les Minimes de Rouen la double charge de prédicateur et de professeur de théologie. Tous deux envoyèrent à La Salle, pour remplacer auprès de lui M. Roland, un homme également zélé pour l'instruction des enfants et habile à former des maîtres.
1 Concile de Trente, 5^ session (1546). — Grande ordonnance d'Orléans (janvier 1560), art. 9 et 10. Isamljert, t. XiV, p. 67.
^ Chanoine de Notre-Dame.
■^ Il fut. tonsuré à 11 ans, admis à 15 ans au nombre des chanoines de la cathédrale, reçu licencié en théologie en 1675 et docteur en théologie en 1681 .