CHAPITRE XX
Les Mongols (suite).
APRÈS la mort de K'oublaï, un kouriltaî fut tenu à Chang Tou, à la 4^ lune de 1294; le fils du Grand Khan Tchen Kin, dont la fin prématurée avait causé tant de douleur à son père, avait laissé trois fils, Canmala, Talamapola, (Tarmapala), mort de bonne heure, et Timour ; c'est ce dernier qui avait été désigné pour son héritier par K'oublaï; grâce à l'appui du général Bayan, ce choix fut ratifié par l'assemblée et Canmala se soumit immédiatement à sa décision; ce pi'ince, nommé Gouverneur général de la Mongolie, avec résidence à Kara Koroum, ne vécut que peu d'années ; il mourut à la i^^ i^^e de 1302 ; les beauxfrères de Timour, Gueukjou et Keurgueuz, reçurent le commandement des troupes opérant contre Kaïdou et Doua; son cousin, Ananda, fils de Mangala, troisième fils de K'oublaï, wang ou prince de Ngan Si, qui comprenait King Tchao ou^^Si Ngan fou, fut maintenu dans ce peste. Bayan survécut peu à son ancien maître K'oublaï, car il mourut en janvier 1295, âgé de cinquante-neuf ans.
Timour, qui s'était corrigé des habitudes d'ivrognerie de sa jeunesse, se montra un excellent prince; il fit la paix avec le Ngan Nan, ouvrit les communications avec l'Inde et termina les affaires de Mien. Il fut moins heureux en entreprenant une campagne contre le lointain royaume laotien de Xieng Mai ou Muong Yong. habité par lesPa-pe Si-fu ou Bât-bâ T'uc-phu, qui se nomment eux-mêmes Thaï niai ou grand Thaï. « L'an 1300, un des généraux des troupes représenta que le royaume de Papesifou ne voulait pas recevoir le calendrier de l'empire, et priait l'Empereur de lui permettre d'aller avec des troupes forcer ce royaume à suivre la forme d'année chinoise et à comp-
ter les lunes, comme les sujets de l'Empereur. Un des ministres, appelle Wen Tseu, regarda cette afiaire comme sérieuse et persuada à l'empereur, à la 12® lune de l'an 1300, d'attaquer le royaume de Papesifou. Alahasun s'opposa à cette résolution, et soutint que les peuples qu'on voulait attaquer étaient des barbares, qu'on pouvait instruire si on voulait, mais à qui il serait inutile et dangereux de faire la guerre. L'empereur ne dit rien au ministre Alahasun, mais, contre sa coutume, il s'emporta contre un autre mandarin qui voulut faire des représentations. 20,000 hommes furent commandés pour attaquer Papesifou. Lieou Chen qui, le premier, conseilla cette guerre, fut nommé général de l'armée 1 ».
Ce fut un désastre : la faim décima les troupes harcelées par les tribus de la frontière qui se livrèrent au pillage; on fut obligé d'appeler des troupes du Hou Kouang, du Chen si, du Se Tch'ouan et du Yun Nan; cette guerre malheureuse ne fut terminée qu'en 1303; Lieou Chen, qui en était la cause eut la tête tranchée.
Timour termina également la lutte contre Kaïdou et Doua, ainsi que nous l'avons déjà dit; ce prince mourut à la i'"^ lune de 1307, âgé de 42 ans, sans avoir désigné d'héritier et ne laissant aucune postérité : son fils unique Te Cheou, après avoir été déclaré prince héritier à la 6^ lune de 1305, était mort la même année à la 12® lune.
La veuve de Timour, Bouloughan, que Gaubil appelle Pe yaou, exerça la régence. Voulant écarter du trône les fils de Tarmapala, fils de Tchen kin, Kaïchax et Ayour balibatra, dont elle avait fait exiler la mère à Houai king fou, dans le Ho Nan, où vivait cette princesse avec son second fils, Bouloughan, soutenue par le ministre Agoutai, était favorable à la candidature d'Ananda, qu'elle fit prévenir secrètement de l'état de santé de Timour. Ananda, roi du Ngan Si, était fils de Mangala, mort en 1280; à la mort de Tchen kin {1285), il porta le titre de prince impérial-héritier jusqu'en 1293, date où le troisième fils de Tchen kin, Timour, fut désigné officiellement