HISTOIRE GÉNFKALE DE I.A CHINE
d'un de ses plus fermes soutiens, victime des intrigues du prince héritier, se retira à la 2® lune, le pouvoir passant aux mains incapables de l'eunuque Papouhoua et de Chose kien, qui ne songeaient qu'à s'enrichir.
D'ailleurs les Mongols étaient en proie à des luttes intestines. Tchahan Timour trouvait dans le Chan Si un rival dans Polo Timour ; Alouhouei Timour, descendant d'Ogotaï, créait des troubles en Tartarie, mais il fut livré à T'ai P'ing et remis par celui-ci au gouvernement impérial, qui le fit mettre à mort.
Tchou Youen-tchang engage la guerre contre l'assassin de Siu Cheou-houei, Tch'en Yeou-leang, qui est battu, près de Kieou Kiang et obligé de fuir avec sa famille à Wou Tch'ang; le vainqueur conquiert Kieou Kiang et Loung Hing dont il change le nom en Houng Tou, et il reçoit la soumission des gouverneurs de Kien Tchang, de Jao Tcheou, de Youen Tcheou, au Kiang Si, ainsi que de ceux de Ning Tcheou et de Ki Ngan (1362).
Tchahan Timour, qui avait fait rentrer le Ho Nan sous la dépendance des Mongols, se prépara à reprendre le Chan Toung; il passa le Houang Ho à Moung Tsin, reprit Kouan Tcheou et Toung Tchang au Chan Toung et poursuivit la campagne, aidé par son fils Koukou Timour. Après trois mois de siège (1361) Tchahan Timour s'emparait de Tsi Nan et investissait Yi Tou, la seule place qui restât aux rebelles au Chan Toung, mais il est traitreusement assassiné par Wang Se-tch'eng et Tien Foung qui se prétendaient ses amis et avaient fait leur soumission (1362). K'ouk'ou Timour, ayant succédé à son père, poussa avec vigueur le siège de Yi Tou dont il s'empara et il fit exécuter les deux traîtres. Cette même année (1362), à la troisième lune, un officier j adis envoyé parSiu Cheou-houei au Se Tch'ouan,Ming Yu-tcheng se révolta au Yun Nan et entreprit de venger son ancien maître; ayant capturé Koue Kouan, il prit le titre de prince de Loung Chou ; ses troupes s'emparèrent de Loung Tcheou, mais il fut battu par le commandant des troupes du Chen Si, le général Tcheli Timour, passa au Se Tch'ouan dont il prit la capitale et se proclama empereur de Hia (1362).
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En 1362, rempereur, poussé par l'impératrice, voulut imposer à la Corée pour remplacer le roi qui lui déplaisait, le prince Tok heung Hye, mais les Coréens qui connaissaient la faiblesse des Mongols, se préparèrent à résister; en 1364, une armée mongole de 10.000 hommes franchit le Ya Lou et assiégea ICui tjyou; les Coréens furent mis en déroute, mais ils prenaient leur revanche peu après et le général Yi obligeait ce qui restait de l'armée mongole à repasser le fleuve.
Au commencement de 1363, les rebelles TchangChe-tch'eng et Liu Tchen réussirent à prendre Ngan Foung et firent mourir Lieou Fou-t'oung. Outré de ce crime, Tchou Youentchang marche contre les assassins, défait Liu Tchen et remet le commandement de ses troupes au général Su ta pour faire le siège de HiuTcheou; les Mongols profitent de ces luttes entre les Chinois pour reprendre Ngan Foung.
Ayant perdu le Kiang Si, Tch'en Yeou-leang va mettre le siège devant Nan Tch'ang, capitale de cette province; Tchou Youen-tchang prévenu à Kien K'ang équipe une flotte considérable qu'il embosse à Hou K'eou à l'entrée du lac P'o Yang. Tch'en Yeou-leang se rend au devant de son adversaire qu'il rencontre à la montagne Kang Lang, à l'ouest de Jao Tcheou ; après une bataille de plusieurs jours, Tch'en Yeou-leang est tué d'une flèche à l'œil et son fils Tch'en Chan-eul est fait prisonnier. Le général Tchang Ting-pien fuit à Wou Tch'ang avec le corps de Tch'en Yeou-leang, dont il fait reconnaître le second fils Tch'en Li comme empereur, mais les troupes de Tchou Youentchang s'emparent de la ville et le nouveau souverain est contraint de se rendre (1363).
On peut dire que l'empire était en pleine dissolution; de tous côtés surgissaient des rebelles qui entamaient toutes les frontières, ébranlaient la confiance des habitants dans la force du conquérant et rendaient douteuse leur fidélité, tandis que les Mongols eux-mêmes par leurs divisions intestines, les querelles personnelles, l'incapacité et la faiblesse de leur empereur, aidaient leurs ennemis dans l'œuvre d'anéantissement de leur propre puissance. Endormi dans
une trompeuse sécurité, amolli par son séjour à la Cour, oublieux de la rude vie des camps, le Grand Khan n'était même plus une pâle image de Tchinguiz Khan ou de K'oublaï Khan. Après l'assassinat de Tchahan Timour, son ennemi Polo Timour chercha à s'emparer du pays de Tsin ki, mais il fut défait à Che Ling kouan par K'ouk'ou Timour et oblige de mettre un frein à ses projets ambitieux.
Le prince héritier intriguait de son côté, Cho se kien intriguait d'un autre et ChouenTi, abruti, résistait mollement à l'un et à l'autre. On voulut disgracier Toukien Timour, ami de Polo Timour; il fut cassé de son commandement qu'il refusa de quitter; K'ouk'ou Timour fut chargé de le réduire, mais Toukien Timour, incité par Polo Timour, s'empare de Kiu Young kouan et bat les troupes commandées par Ye Sou et Poulanhi, envoyées contre lui; le prince héritier fuit en Tartarie par Kou Pe K'eou. Toukien Timour se fait Uvrer les traîtres Cho se kien et Papoukoua et rétablit Polo Timour dans sa charge de général.
Le prince héritier rappelé à la Cour par l'empereur veut attaquer Polo Timour, mais il est abandonné de ses soldats. Polo Timour entre dans Pe King et explique sa conduite à l'empereur qui le nomme généralissime et premier ministre. Tout est incohérence dans la conduite du misérable souverain. Polo Timour, peu reconnaissant d'ailleurs, fait mourir Tolo Timour, compagnon de débauche de Chouen Ti, et nettoie le palais des lamas et d'un grand nombre d'eunuques. Le prince héritier réunit à T'ai Youen une armée pour combattre Polo Timour, qui est défait par Ye Sou; mais d'un autre côté Toukien Timour prend Chang Tou et bat les troupes du prince héritier. Toutefois Polo Timour s'était rendu odieux à tout le monde et il est massacré alors qu'il se rendait au Palais. Peu de temps après, Toukien Timour abandonné par ses officiers est mis à mort; le prince héritier rentre alors à la Cour avec K'ou K'ou Timour.
A la troisième lune de 1366, mourait Ming Yu-tcheng, qui avait pris le titre d'empereur des Hia à Tch'eng Tou (1362) ; son fils Ming Tcheng, âgé de dix ans, lui succéda; la mère du nouveau souverain, Poung Che, fut chargée de l'administra-
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tion. Le mois suivant (4« lune, 1366), Tchou Youcn-tchang, maître du Hou Kouang et du Kiang Si, envahit le Houai Nan où les villes de Kao Yeou, Hao Tcheou (Foung Yang), Se Tcheou, Pe Siu Tclieou et Ying Tcheou lui ouvrent leurs portes. Restant à Kien K'ang, Tchou Youen-tchang prépare l'administration de si-s conquêtes en suivant scrupuleusement les anciennes traditions chinoises et les exemples laissés par les grands empereurs, tandis qu'il abandonne à ses généraux le soin de continuer la campagne. C'est maintenant la conquête du Tclu- Kiang et la lutte contre Tchang Ghe-tch'eng et Fan Koue-tchen infidèle à Tchou Youentchang, alhé au nord avec Koukou Timour et au midi avec Tchen Yeou-ting, maître d'une partie du Fou Kien, qui sont le but poursuivi. A la septième lune, Tchou Youen-tchang plaçait à la tête d'une armée de 250.000 hommes Su Ta et Tch'ang Yu-tch'ouen, chargés d'opérer contre le premier qui était maître d'une partie du Tche Kiang et du Kiang Nan. Après une défaite à Tsao Lin, Tchang Che-tch'eng est fait prisonnier et conduit à Kien K'ang où il se pend au pont de bambou, Tchou k'iao, et tout son territoire est conquis (1367); Tang Ho s'empare de Wen Tcheou, T'ai Tcheou et King Youen, c'est-à-dire la région maritime, mais Fang Koue-tchen réussit à fuir par mer au Fou Kien, puis dans une île ; il se décide enfin à se rendre avec les siens à Tang Ho, qui l'envoie à Kien K'ang.
Malgré ses victoires, Tchou Youen-tchang ne veut pas encore prendre le titre d'empereur et se contente de celui de Prince de Wou (Wou Kouo Koung, 7^ lune 1356). Pendant ce tempsle prince héritier se brouillait avec K'ouk'ouTimour que fempereur envoie en disgrâce à Ju Tcheou, tandis que son frère Toyn Timour est relégué au Ho Nan.
Le Prince de Wou prépare la conquête des provinces méridionales de Fou Kien, de Kouang Toung et de Kouang Si. Hou TiNX-CHOUEi avec les troupes de Ngan ki et de Ning koue est chargé de s'emparer des deux premières provinces; Yang King avec les troupes de King Tcheou et de Siang Tcheou doit opérer au Kouang Si. Ces opérations s'accomphssent sans difficultés : les populations de ces régions.
impatientes du joug étranger, se rendent avec empressement aux chefs chinois qui se présentent devant leurs villes. Tout le Kouang Toung et le Kouang Si étaient soumis à la 7e lune (1368).
Su Ta et Tch'ang Yu-tch'ouen ayant conquis le pays de Houai, franchissent le Houang Ho, pénètrent au Chan Toung, s'emparent de Yi Tcheou et les autres villes Yi Tou (Ts'ingTcheou), Lai Tcheou, etc., se rendent lesunes après les autres sans combat. Au commencement de 1368, Hou Ting chouei prend d'assaut Yen P'ing fou, tandis que, sans combattre, les gouverneurs de Hing Houa, Ts'iouen Tcheou, Tchang Tcheou et Chao Wou, font leur soumission ; Tchen Yeou-ting est fait prisonnier. Laissant Toung Tchang au Chan Toung pour assurer le calme. Hou Ting-chouei passe au Ho Nan où les villes ouvrent leurs portes sans combat, sauf T'oung kouan qui tombe entre les mains de Su Ta, lorsque celui-ci a défait Li Se-chi, défenseur de la ville. Chouen Ti, effrayé de ces succès foudroyants, rappelle K'ouk'ou Timour, alors à Tsin Ning, mais ce général, au lieu de protéger la Cour contre Su Ta, concentre une grande armée aux environs de T'ai Youen.
Le moment décisif est arrivé; rien ne s'oppose plus à l'exécution définitive du plan de Tchou Youen- tchang ; à la 7e lune (1368), le prince de Wou, à la tête d'une grande armée, quitte Kien K'ang pour remonter vers le nord; il passe le Houang Ho à Ping lun; chemin faisant, il s'empare de Wei Tcheou, Siang Tcheou, Tchang Te, Kouang P'ing, Chouen Te; c'est une marche triomphale. Il arrive enfin à T'oung Tcheou, dont il se rend maître, malgré la vigoureuse défense de Pouyen Timour qui se fait tuer. L'empereur Chouen Ti abandonna en toute hâte Ta Tou et s'enfuit à Chang Tou avec sa famille.
Le 20 de la 8^ lune, le prince de Wou arrivait à la porte Tsi Jen Men, qui fut prise le lendemain; Timour Bougha, prince de Houai, le ministre King Tsoung, et quelques autres hauts fonctionnaires, se firent tuer en défendant bravement la capitale. A la nouvelle de la chute de Yen King, Chouen Ti, se sentant menacé, quitta Chang Tcu et se
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réfugia, à Vlng Tchang fou, en Tartarie, où il devait mourir à la 4e lune de 1370, âgé de 52 ans.
Depuis 1206, date de l'avènement de Tchinguiz Khan, les Mongols avaient régné 162 ans et leur dynastie compte quatorze empereurs, dont les dix derniers furent seuls empereurs de Chine.
Le Prince de Wou étant entré à Yen King, pénétra dans le palais ; cédant à la pression du ministre Li Chan-tch'ang, il se fit proclamer empereur à la 1^^ lune de 1368 et il déclara prince héritier, son fîls aine, Piao, par Ma, fille adoptive de Kouo Tseu-hing, épousée par Houng Wou, qui la déclara impératrice. Il donna à sa dynastie le nom de MiNG et aux années de son règne (nien hao) la désignation de HouNG Wou (1368). A la 8^ lune, un décret constituait Ying T'ien, comme capitale du Sud, Nan King.
Après avoir créé en peu d'années un des plus vastes Empires que le monde ait jamais connus, les Mongols, dont la puissance s'étendait de la mer de Chine jusque dans la Russie d'Europe, le laissèrent s'effondrer avec une rapidité qui n'a d'égale que celle de sa formation. L'immensité même de cet Empire fut la cause principale de sa faiblesse. La répartition des conquêtes mongoles entre les quatre héritiers < de Tchinguiz Khan amena un premier amoindrissement de force que ne put compenser une unité fictive sous un Grand Khan dont l'autorité ne fut plus que nominale lorsqu'il cessa d'avoir le pouvoir matériel de l'imposer. Quand la Chine, qui était devenue leur principal point d'appui, les eut rejetés après les avoir efïéminés et absorbés, une fois encore les Mongols se ressaisirent sous le cruel Timour Lenk, digne émule de Tchinguiz, mais ce fut le dernier spasme de leur résistance : ils se survécurent dans la dynastie du Grand Mogol, fondée par Baber au commencement du xvi® siècle dans le nord-ouest de l'Inde, qui dura jusqu'à la grande rébellion de 1858 et dans les khanats tartares de Russie absorbés par Ivax IV en 1552 et en 1554. Cantonnés dans leurs plaines du nord de la Chine, de guerriers ils se transformèrent en pasteurs; ils devinrent conducteurs de troupeaux de bétail au lieu de guider à la victoire les hordes hu-
maines, échangeant leur ardeur militaire pour les vertus paisibles de l'agriculteur. ^
Vingtième Dynastie : Youen
Capitale : Kara Koroum, Chang Tou et Ta Tou
(Khan Baliq, Pe King).