‹ Histoire générale de la diplomatie européenneChapitre 22 sur 73 · L« RUSSIE KT C0HSTA1ITIN0PI.E. 8S · texte numérisé non relu

L« RUSSIE KT C0HSTA1ITIN0PI.E. 8S

Les tiars, soutiens du schisme. Cause irréiuédiabiu da 1* chute future de

Tempire tore.

Au point de vue de raffermissement et delà durée de lear domination dans Tempire d'Orient, c'était on malheur pour les Turcs ottomans de m pouvoir

euibrasser le culte des vaincus, d'être liés à une religion que plus de huit cents ans de combats livrés ou soutenus rendaient irréconciliable avec rÉvangile, à une religion qui se regardait d'ailleurs comme révélée aussi bien que le judaïsme et le christianisme, et dont le fondateur était assimilé à Moïse, à Jésus même, et, qui plus est, mis au-dessus d'eux, envoyé d'en haut après eux et par un choix de prédilection, pour perfectionner, pour compléler leur œuvre, pour donner au monde le dernier mot de la science religieuse. Oui, c'était un malheur d'être attachés à cette religion, non comme les hérétiques le sont à leurs idées, par l adhésion de la raison qui, lihic et mattresse d'elle-même, peut, avec sa complaisance habituelle, changer d'avis et se plier aux circonstances, mais par les liens de la foi, qui enchatne la liberté, qui commande a la conscience de toute la supériorité de Dieu sur l homme, de i iuhni sur le fini, qui ne lait pas des sectateurs, des rationalistes, qui fait des fidèles, des croyants, des milliers de martyrs. * Oni, mieux eût valu pour les Turcs, dans l'intérêt de

la solidité de leur nouvelle puissance, être dans la

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même situation religieuse que les anciens BarlNires d'occident, que les anciens Russes eu^i-mèmes, et pouvoir faire comiiii^ lu plupart d eiiire pm\. Rien ne rapproche les lioninies et ne les porte à se mêler» à s*entendre, à s'unir ensemble, comme les affinités religieuses. La tolérance, qui laisse vivre toutes les diversités religieuses, ne conduit pas à ce résultai aussi promptemeiU ni aussi bien que la coarorniité qui les fait disparaître. Ët cela était vrai, particulièrement dansForient, berceau des religions, où toutes choses avaient élé de tout temps subordonnées aux idées religieuses, oîi l'homme de Dieu avait toujours prédominé sut* les autres hommes, où enfin la différence de culte, bien plus fôcheuselà que la différence de race, devait élever entre deux peuples un iniu de séparation plus infrauchissable qu'ailleurs. Les Turcs ne furent pas en état d*opérer cette évolution religieuse; ils ne Font pas fait depuis. G*est pour cela qu'ils ont toujours été regardés comme des étrangers dans l'Europe chrétienne, comme des intrus qu'on ne supporte qœ pour le maintien d'une idée, d'un système politique, dans un intérêt, peut-être passager, d'équilibre européen; c'est pour cela aussi qu'ils n'ont pu s'incorporer les vaincus, qu'ils sont restés isolés dans leur empire, superposés pour ainsi dire aux Grecs, planant, le sabre à la main, sur leurs têtes, mais ne se mèlanlpas avec eux, ne se fondant pas dans la race grecque, ne formant pas avec elle une seule et même nation. Le fanatisme avait fait toutes les conquêtes des Tim», et c*est lui qui faisait leur force; mais, comme tout ce qui tient à l'exaltation outrée de l'âme

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et de rima^nation, le fanalisnie n'a qu'un icuips. V oila poiii tnioi l'empire turc, édifié sur uu système religieux que le fanatisme ne soutieiil plus et que réducation de tant de Turcs en Ecu^pe, que les idées européennes appelées par les sultans eux-mêmes, viennent ('^branler chaque jour, voilà pourquoi cet empire est vite tombé en décadence» et, siTon n*y prendgarde, ira dépérissant de jouren jour davantage*

Les RuiBei deriennciit les cbefii du mondo schiamatique.

Les Hussesont été plus avisés pour le sucres de leurs espérances que ceux-ci pour la sûreté de leur possession. Ils sont devenus les chefsdu mondeschismatiqnes, et, à ce titre, les protecteurs naturels et même avoués, les lil)crateiirs attendus des llellèiicb. El cette excellente politique» qui les rend maîtres par avance dufondmémede la population derempireturc, et qui leur a été suggérée par la pcrsistanceinévitabledesOtiomans dans les idées ou 1 iitlolératice mabométanes, les Russes la suivent, non pas depuis Pierre-le-Grand, mais presque depuis la cbute des empereurs grecs.

Avant cette catastrophe, ils étaient ceux qui avaient montre la répugnance la plus invincible pour tout projet d'union avec les Latins. En l/i.77, Jean Paléol<Hi;ue , empereur de Gonstantinople, voulant obtenir le secours de Toccldent contre les Turcs, qui le serraient de trop près, s'élait^lécidé à fondre TËglise grecque dans TÉglise latine, et, dans ce but.

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il se rendit au concile de Florence, que le papt» Eugène lY avait convoqué à cet effet. Le patriarche de Gonstantinophe adhérait lui-même à cette union, et, pour la faire adopter en Russie, il avait sacré métropolitain de Moscou, malgré l'opposition du chapitre, un Grec nommé Isidore, un ami du pontife romain. Tout alla comme le voulait la cour romaine : racte d'Union fut signé, t Hais, dit Scbœll (1), lors* « que, à l'c'glisp de Notre-Dame du Kremlin, Isidore, « en Hikif donna lecture de Tacte d'Union et pria « pour le pape comme chef universel de FÉglise, tons « les assistants se turent jusqu'à ce que le grand-duc, . qui ( tait alors Wasili ou Basile 111, élevant sa voix, « entrât dans une discussion théologique avec le pré- « lat, et ordonnât à un conseil composé d'évèques et « de boyards, d'examiner Tacte d'Union. Le métrou polilaiii lui déclaré traître, déposé et enfermé dans « un couvent d'où il trouva moyen de s'échapper en « iA&B, pour aller recevoir à Rome le chapeau de • cardinal et le titre de patriarche de Constanti- « nople. » Et les Russes de s'écrier, dans leur indignation, ajoute Lévesque d'après un pamphlet russe du temps, # qu'il était allé auprès de son pape, conc dint à sa perte par le diable (2). » Ainsi, Jean Paléologue avaiL bien pu accepter pour un moment l'Union; jnais Les Russes, malgré leur métropolitain et par la volonté du tzar, organe de leurs vœux, l'avaient énergiquement repoussée.

(I) Scbœll, lif.^. cb. uv, t. U.

(S) Lëresqiie, ITisf. de Ruaiff t. II, et Kmmtin» liv. viii.

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Plus tard, ea i&72, le pape Paul ii crut être plus heureux en proposant à Ifan lU la main de Marie Paléologue, qui était eatlioliqiie on du moins passait pour telle à Rome. Mais il fut troniix' dans sou attente : Ivan lii resta schismatique» et Marie Paléologne, à l'instigation deson éponx, rentra dans la reli* gîon de ses pères et quitta même le nom trop romain de Marie pour prendre lenomplusgrec de Sophie (t).

Ce ne sont pas encore là les seuls gages de fidélité que les tzars« à cette époque, donnèrent an monde Bcbisniatiqne : en i&9&, le même Ivan III ac* corda sa fille Hélène en iiiai iageà Alexandre, grandduc de Lithuanie. Comme les Lithuaniens avaient adbéré aux décrets d*union du concile de Florence, Ivan III exigea d'Alexandre qn'il ne forcerait pas sa jemie é[>ouse à mettre le pied dans une é^Vise latine, et la violation de cette promesse, à laqucUc le tzar tenait par dessus tout, devint une cause de guerre entre les denx souverains.

Quel effet ne devait pas produire une telle conduite sur Tesprit des schismatiques, et combien ceux qui gémissaient dans Tempire turc, devaient désirer d*avoir pour mattres des princes aussi fermes, aussi zélés dans une loi (jui était la 1( m ! Que durent-ils penser, lorsqu'au sein de Constantiuople, Tannée suivante, iA9ô, ils virent Pletschejeff, un Russe, un ambassadeur d^van III, refuser un repas auquel L'iuvita le sultan, ne voulant pas, lui catholique-grec,^

(i^ Scbceil, t XXI, ch. ux, liv. n.

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s^asseoir à la table de Foppresseur de ses frères (i) ?

1/ ambition uv pmn aii i)as prendre de formes pins séduisantes et |)liis adroites.

Sous Ivan IV, même fidélité obstinée au schisme grec. La plus grande imprécation contre quelqu^un fut de souhaiter qu'il uiouna soumis au pontife romain (2). Mais voici qni est plus significatif et plus fort Dans une guerre contre la Pologne, au sujet de la Livonie, ce prince avait été presque toujours battu par le valeureux roi Étienne Badiori et avait éprouvé des perles immenses. Décidé à faire la paix et voulant Tobtenir pas trop désavantageuse, il sollicita Tappui du pape, qui était naturellement plus porté pour la Pologne catholicjue que pour un État (iui ne Tétait pas. C'était l'époque où les Jésuites, avec Philippe II et le pape Pie V, avaient organisé dans Toccident la Sainte-Ligue. Les Jésuites étaient partout, semèlaieiit a loiu, étaient les agents cliplnuuniques iespius sûrs et les plus intluents des princes orthodoxes, dirigeaient enfin, dans le monde chrétien, eu Angleterre, en Suède, en Pologne, en Snîsse, dans les Pays-Bas, en Allc inaL^no. en 1 ranee, en tons lieux, lesmouvemenlsdcdéiense et d'unilé catholique. Cest par eux que Toccident catholique, représenté par la France, se trouvait sinon sauvé, du moins fortement armé; il parut hou de les cm])ioy(M' rmssi, dans l'orient scbismalique, à une restauration de l'orthodoxie romaine.

(i) De Ilamincr, Iltst. de l' Empire oUornaUf l. I, liv. \x. m Lévesqae, tvaD IV, u lit.

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