‹ Histoire générale de la diplomatie européenneChapitre 37 sur 73 · DE PIERR · texte numérisé non relu

DE PIERR

Dojn aigniGcatif qui exprimait la premieie et la plus ancienne ambition des Moscovites. Ce vaisseau avait descend» le Volga jusqu'à Astrakan, et il étaif destiné à protéger sur la nier Caspienne le connnerce de soie entre les iiusses et les Perses ; il était aussi un commencement de marine. Le Cosaque Stenkc-Radiin Tavait incendié; mais* à Favénement de Pierre 1*** beaucoup de Russes se souvenaient de l*avoir vu et admiré, et l'habile constructeur à qui on le devait, quoique ne travaiilaat plus pour le compte de l'État, n*était pourtant pas oublié. Sous Féodor Roma-* now, fils atnéet successeur d* Alexis, sous la princesse Sophie etson frère germain Ivan V, autre filsd' Alexis, un ministre, déjà nommé, qiû était tout, qui gouvernait tout au nom de ces divers princes, Galitzin, avait donné plus d*activité encoreà ce courant de migration des Européens en Russie, llainiail, il protégeait tant les étrangers, que ceux-ci lui avaient donné le nom de Grand (i) . Ils formaient son entourage, sa société habituelle ; avec eux, disait-il, il voulait transformer la Russie; et à la cour il n'était question que de cette transformation, que de cette métamorphose de la Russie en un État européen.

Pierre I" élevé tu milieu d*Eon>péene. Pian à Pétrobr^eoekL

C'est dans ces idées et au milieu de cette attente ou de ces vœux, qu'avait été élevé Pierre i""'; c'est là

(1) Léve«iiie, i« IV, p. i27.

i9& LIVKE QrATaiÈMfii

que, dès Tàge de oeuf ans, il avait pris du goût pour les arts de l'Europe et du penchaot pour ces heureux

Européens qui en avaient le dép6t et le secret, et dont son insliiicl ou plutôt son j^récoco ^énio, plus encore que la vue des honneurs qu'on leur rendait, lui révélait la supériorité. Conseillé par sa mère Nathalie, qui favorisait en lui ses tendances, sans s*y livrer démesurément elle-même, il ne se plaisait qu auprès des étrangers. Lefort, altaclié dès lors à sa personne, était principalement celui qu*il voulait toujours entendre et voir. Génie pratique avant tout, il recher-* chail les arts utiles et dédaignait tous les autres. A peine lui avait-on enseigné une tiiéorie quMl en voulait voir aussitôt Tapplication. Les récits de liCfort, qui avait servi en France et en Hollande et avait observé beaucoup, enflammaient sa jeune imagination et lui faisaient, a un àge'si rapproché de l'enfance, exprimer le désir de tout voir par lui-même, de contempler de ses propres yeux ce que son roattre et son ami avait contemplé le premier.

Mais c'est surtout Fart de la guerre et Tart maritime tels qu'on les entendait en Europe, qui pi* qnaient sa curiosité et excitaient son intérêt. Pendant que Sophie, avec son frère Ivan Y et son favori (ialt(7,iu gouvf ruait à Moscou , Ini, retiré avec sa mère dans sa maison de campagne de Tetrobrajenski, et entouré, outre Lefort, de plusieurs autres étrangers de distinction, Gordon, Timermann, son maftre de fortification, rolTicier allemand Gheiu, etc., il foi^iait le noyau même de Tarmée nouvelle des Russes, par la création du régiment des Poteschnoî ou des Cama-

BÊrORMES DE PI£RBK-LE*GB AND.

rades, ou, comme disait la cour de Sophie, de ses divûrtweurs. Ce régiment s' était lormc, comme T histoire nous apprend que se formèrent dans Fantiquité, et le corps d*éllte du pharaon Sésostris, et le corps des Compac:iions du père d'Alcxandrc-ie-Grand. Il se coDiposa, dans le principe, de cinquante jeunes boyards de l'âge de Pierre 1'' ou à peu près, et recevant comme lui et auprès de sa personne, sous les auspices de Lefort, une éducation toute militaire, à la vérité, mais tout européenne. Celui qui fut plus tard le fameux Meuchikoir, pauvre apprenti pâtissier dans son enlknce, figurait des premiers sur les cadres de cette troupe choisie, qui portaiton peutdireen ses mains l avenir de la Russie. Lefort eu était capitaine ; Pierre I" y servait eu qualité de simple soldat, en attendant que, par son mérite, il eût successivement conquis tous les grades, depuis celui de tambour jusqu'à celui de général. C'est ainsi qu'il se soumettait lui-même à la loi sur l'avancement par ordrede mérite, établie par Féodor Romanow à la place des rangs héréditaires. Conformément au goût de Pierre I*% on faisait surtout, dans ce régiment, de l'application. Avait-on appris un peu comment on s'y prenait en Europe pour défendre ou attaquer une place, aussitôt une citadelle était construite d'après les plans deHroermann;le8Poteschnoîse chargeaient, les uns delà défense, les autresde Fattaque; Pierre se confondait dans leurs rangs ; Lefort dirigeait l'entreprise, au risque d'être blessé par quelqu'un de ses disciples inexpérimentés, comme cela lui arriva une fois, selon Voiiaire, et une action sérieuse commençait, où cha-

i9Ô tlTEE QtfAI RIÈIIE.

(Min élait appelé à faire prouve de son snvoir-faire. Ce premierréginiCDts'accruipeuàpcu prodigieusement : par une émulation qui faisait le plus grand plaisir à Pierre, tout le monde bientôt voulut en être ; aussi les cinquante Poteschnoiprimilils se virent-ils. en 1688, centuplés. On donna à ce régiment le nom du lieu 011 il avait été créé, celui de Pétrobrajensid. Lefort en organisa promptement un autre, qui, d'une autre localité siluéi' aussi dans le voisinage de Moscou, fut appelé le régiment de Séméuowski. Ils formèrent les fameux régiments des gardes, et Pierre les desti* naît à remplacer les Strélitz, qui lui préféraient pour le gouvernement, Ivan V, malgré sa faible capacité, et la princesse Sophie, et qiiî dt\jà, j)ar une ou deux révoltes, avaient fait éclater leur mécontentement.

Pierre 1*' s'empare du pouroir. Ses réformes militaire».

En possession d*une année organisée et disciplinée à r européen ne, il s'en servit en 4689 pour appuyer une conjuration dont Lefort avait disposé tous les fils et qui aboutit au renversement du gouvernement de Sophie et à Télévation de Pierre 1" cmme seul et unique czar. Alors, ayantappris que Louis XlVt en i rance, avait révoqué Tédit de Nantes, il piil)lia, en i689f un ukase pour olfrir aux réformés français un asile en Russie (1); et, en même temps, pour

<l) Schœll, seci. m, p. 150, t. XXXV.

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